L’accord de rapatriement existant entre l’Allemagne et la Guinée sera-t-il renouvelé? 

Il existe depuis bientôt cinq ans un accord de rapatriement entre la Guinée et l’Allemagne. Et il est signé en novembre 2018 sous l’ancien régime d’Alpha Condé

Cet accord de rapatriement qui n’a jusqu’à présent profité qu’à l’Allemagne est entré en vigueur en février 2019 et pour une validité de cinq années renouvelables au cas où l’une des parties signataire n’a pas demandé à le résilier 6 mois avant son expiration au mois de février prochain. 

Le gouvernement guinéen à travers son ministre des affaires étrangères et des guinéens de l’étranger Morissanda Kouyaté a fait savoir dans plusieurs de ses sorties publiques que son gouvernement ne soutiendrait pas le mode de rapatriement des guinéens de l’étranger voulu par les chancelleries occidentales. 

Il a pour ce faire évoqué dans ses sorties publiques la question de la réciprocité. 

Tout récemment, il a pu d’ailleurs empêcher le rapatriement de vingt citoyens guinéens en provenance de la Belgique. 

Une réciprocité quasi impossible 

Lors d’une de ses sorties médiatiques à Paris au mois de novembre 2023, le chef de la diplomatie guinéenne Dr Morissanda Kouyaté avait annoncé ceci:  « Si on rapatrie un guinéen, nous allons appliquer strictement la réciprocité». Ce qui sous-entend que, si l’Allemagne rapatrie un guinéen, les autorités guinéennes vont aussi rapatrier un allemand. 

Une réciprocité pourtant difficile à mettre en œuvre, car la plupart des occidentaux vivant en Guinée sont en situation régulière. 

Mieux un État qui sans aide, assistance financière et dettes extérieures est incapable de subvenir aux besoins primordiaux de ces citoyens n’a vraiment pas assez de marge de manœuvre en matière de souveraineté politique et économique. 

Car l’État guinéen survit malheureusement en grande partie grâce aux dettes qui lui sont accordées par des institutions financières telles que la Banque mondiale et le FMI contrôlées par les chancelleries occidentales d’une part et d’autre part grâce aux assistances financières des pays occidentaux. 

Les recettes de L’État ne servent qu’à entretenir l’élite gouvernante qui brille depuis plus de six décennies d’indépendances que par mimétisme, tricherie, corruption ambivalence, élitisme, dirigisme et népotisme. 

Et on ne doit donc pas être étonné qu’après l’expulsion du guinéen Ousmane Touré, âgé de 23 ans qui travaillait depuis 3 ans comme plongeur en CDI dans un restaurant de La Rochelle la veille de Noël vers Conakry, que le chef de la diplomatie guinéenne Dr Morissanda Kouyaté n’a pas pu appliquer sa réciprocité évoquée tant de fois. 

Or cette décision des autorités françaises ont choqué les guinéens de France, le patron d’Ousmane Touré et les associations qui cherchent à le faire revenir en France.

Les expulsions des étrangers vont augmenter en 2024

L’Allemagne fait face à une montée fulgurante du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD) partout dans le pays. 

Ce parti politique considéré comme dangereux a connu lors des dernières élections régionales en Bavière, en Hesse à l’ouest, et surtout à l’est du pays une réelle ascension. 

On fait donc face à une progression extrême de ce parti politique dans le pays, au point de figurer dans les sondages en seconde position au plan national, à 22 % derrière la CDU (27 %) mais largement devant le SPD, le parti de l’actuel chancelier Olaf Scholz. 

Il s’agit pourtant d’un parti politique islamophobe, négrophobe et anti-immigration. 

Ses débats ne se polarisent que sur le contrôle des frontières, l’arrêt de l’immigration, la criminalisation des immigrés et l’expulsion en masse des immigrés déboutés dans leur demande d’asile

Ces thèmes semblent porter leurs fruits puisque, ce parti siège depuis des années dans beaucoup de parlements régionaux et au Bundestag.

Une situation qui pousse les partis politiques traditionnels (CDU-CSU, SPD, les Verts ) à suivre aussi les pas de l’extrême droite dans la gestion de la question migratoire au niveau régional. 

Et c’est pourquoi le nombre d’expulsions dans plusieurs régions telles que la Hesse a nettement augmenté en 2023. 

Elle a expulsé cette année nettement plus de personnes que les deux années précédentes. Selon les informations du ministère de l’Intérieur 1.160 personnes ont été expulsées. Alors qu’en 2022, on parlait de 1.048 personnes au total. 

Avant la pandémie de Corona en 2019, 1.681 expulsions ont eu lieu et 818 personnes ont été rapatriées en 2020. 

Toujours selon le ministère de l’Intérieur, les expulsions comprennent aussi bien les renvois dans les pays d’origine que les transferts en vertu du règlement de Dublin III ou vers des pays tiers. 

En vertu de ce règlement, entré en vigueur au sein de l’Union européenne en 2013, stipule que les réfugiés illégaux peuvent être renvoyés dans le premier pays de l’UE où ils sont entrés, et au cas où ils y ont été enregistrés pour la première fois.

Mais la région de la Rhénanie-Nord-Westphalie où se trouve concentré le plus grand nombre de guinéens vivant en Allemagne occupe la première place en matière de rapatriement involontaire. Elle a rapatrié cette année 3118 personnes. Beaucoup de jeunes guinéens figurent sur cette liste et grâce à l’accord de rapatriement existant entre la Guinée et l’Allemagne. 

Et elle est suivie par la Bavière et le Bade-Wurtemberg qui arrivent en deuxième et troisième position avec respectivement plus de 2046 et 1650 expulsions par an. Berlin arrive en cinquième position avec 890 expulsions, malgré que cette région soit gouvernée par les partis politiques de gauche. 

Ceci dit, cette tendance ne va sans doute pas baisser. 

Car compte tenu de la situation socio-politique très volatile sur fond d’une crise économique et budgétaire actuelle en Allemagne et la polarisation du thème immigration par la droite et l’extrême droite en amont des élections fédérales de 2025, elle va plutôt augmenter. 

Beaucoup de régions suivront l’exemple de la Hesse où l’extrême droite a eu 18% des intentions de vote lors des élections régionales d’octobre 2023. 

Il faut surtout noter que les récents succès de l’AfD au niveau local soumettent les partis politiques traditionnels surtout ceux de la droite à une pression croissante. 

Or partout où l’extrême droite gagne du terrain, c’est le racisme au quotidien, les micro-agressions qui ne sont tout simplement plus supportables pour de nombreuses personnes concernées dans ce pays. 

Les réactions des migrants signifient tout simplement choc, horreur et peur.

L’accord de rapatriement guinéo-allemand sera-t-il renouvelé ou pas ? 

Désormais, les yeux sont rivés sur le ministère des affaires étrangères et des guinéens de l’étranger à Conakry. 

Et il reste à savoir si dans le contexte actuel, les autorités guinéennes en l’occurrence le chef de la diplomatie guinéenne Dr Morissanda Kouyaté va accepter de renouveler l’accord de rapatriement injuste, inhumain aux conséquences graves pour les jeunes guinéens de l’Allemagne, existant entre la Guinée et l’Allemagne et valable jusqu’au mois de février prochain. 

Ou bien s’il va plutôt opter pour son non renouvellement, avec l’ultime objectif de protéger les guinéens de l’Allemagne, du moment où le rapatriement selon le droit international doit être volontaire et non arbitraire dans le respect strict des droits et libertés individuelles des personnes concernées. 

De l’une ou l’autre, nous serons informés car l’Allemagne étant un État de droit, où la liberté d’expression et d’opinion, l’accès à internet sont reconnus comme des droits fondamentaux, le renouvellement d’un tel accord ne passera pas sous silence. 

AISSATOU CHERIF BALDE 

Un commentaire

  1. Eee ma Guinée stop au rapatriement les guinéens

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