Guinée :le changement pour Mamady Doumbouya signifie on change tout dans la continuité.

En  effet pour lui le changement prôné serait de dire au chauffeur de tourner tout droit

Et c’est pourquoi il est dans la ferveur de la spoliation des domaines privés des pauvres guinéens et aussi dans la ferveur de la terreur et des tueries des petits enfants de l’axe. 

Après avoir refusé de déclarer aux guinéens ses biens et en violation flagrante des lois de la République, il se donne le droit d’en acquérir d’autres. 

Et après avoir accusé le gouvernement déchu de M Alpha Condé de tous les maux,  il reste indifférent aux tueries orchestrées des enfants sur l’axe. 

Depuis fin juillet dernier, treize civils ont été tués dans des manifestations organisées par le FNDC, mouvement dissous début août par les autorités de la transition. 

Et parmis ces victimes se trouvent plusieurs adolescents qui ont l’âge des enfants de Mamady Doumbouya. 

Mais comme nous sommes dans l’ère des lâches, des profiteurs d’occasions, des opportunistes, tout passe. 

Donc rien de surprenant puisque Mamady Doumbouya est dans le filet de ceux qui ont mis ce pays à genoux. 

Et il a fait depuis longtemps son choix.. Il agit comme ces acteurs étatiques que décrivent Ahmadou Kourouma dans Soleil des indépendances, et il dira que pour ceux-ci “La politique n’a ni yeux, ni oreilles, ni cœur; en politique le vrai et le mensonge portent le même pagne, le juste et l’injuste marchent de pair, le bien et le mal s’achètent ou se vendent au même prix. (p.164 / éd. du seuil, 1970). 

Alors le colonel putschiste est dans cette logique, il ne veut plus créer de grands récits.

On sent que l’ancien légionnaire français se trouve dans un faux-semblant et qu’il n’a plus la maîtrise de la situation. 

Et ce faux-semblant se traduit dans la phrase suivante qu’il a tenue lors de la réception de la commission technique de la CEDEAO ce week-end.

Il dira ceci « le panafricanisme pour nous n’est pas dogmatique, mais pragmatique. Et c’est pourquoi lorsque le peuple malien, ivoirien sont injustement attaqués,on intervient».

On se demande bien évidemment ce que le panafricanisme vient chercher dans cette histoire de calendrier de la transition politique. 

En  tout état de cause, le héros en lui s’est évanoui, ou tué par son arrogance, par son choix porté sur les escrocs de la République reconvertis en conseillers politiques. 

Mamady Doumbouya est finalement séduit par les mécanismes du pouvoir des idiots et porte désormais le costume taillé sur mesure des dirigeants guinéens. 

Un costume aux couleurs du cynisme, d’indifférence, de la fourberie, de l’arrogance, du mépris, de la démagogie dans un système de kakistocratie, ce pouvoir des pires. 

Dans ce monde de Mamady Doumbouya et son clan, beaucoup entendent traiter les opposants politiques de façon indigne tout en exigeant d’eux, sous peine de leur haine, assez de sens pour ne pas les en empêcher et assez d’aveuglement pour ignorer leur propre indignité.

Pour eux, il n’y a que les autres qui méritent cet excès d’humiliation, de terreur, d’indignité. 

Le plus effarant est le fait qu’ils ont en face d’eux une partie de l’opposition politique guinéenne qui croit naïvement qu’en  continuant de faire la même chose, avec le même résultat, c’est-à-dire avec le même décompte macabre habituel, qu’ils peuvent inverser la donne.

Ou bien c’est lorsqu’elle continue de croire inlassablement que l’institution ouest-africaine, la CEDEAO, l’antichambre de l’impérialisme mélanophobe se rangera du côté du peuple de Guinée qu’elle va obtenir le résultat escompté.

Or elle se trompe sur toute la ligne. 

Le résultat d’une évaluation technique du calendrier de la transition par un panel d’experts de la CEDEAO en visite de travail à Conakry exigeant que la période de transition politique se déroule sur deux ans (24 mois) prouve que la Cédéao marche pour les présidents des pays membres. 

Donc cette période de deux ans acceptée par le régime militaire qui sera sans doute approuvée par les chefs d’États membres de l’institution sous-entend que la junte militaire guinéenne en se référant à la date du coup d’État militaire le 05 septembre 2021 peut en effet être trois ans au pouvoir. 

Mais l’opposition politique guinéenne ne voit bien évidemment pas les choses de cette façon. Elle refuse de compter sur sa force de mobilisation à l’intérieur du pays pour peser dans les négociations depuis 2010. 

Et elle refuse surtout d’accepter qu’elle se trompe depuis longtemps. Elle prend le plus souvent le moyen pour le but et verse dans un excès d’activité comme celle de manifester contre tout et rien qui lui fait tout manquer ou produit le contraire de ce qu’elle attendait. 

Mieux, elle est surtout insensible aux critiques et croit que ceux qui la critique se trompent de chemin, lorsqu’ils ne les suivent pas. 

Pourtant en politique, il faut éviter de chercher séparément la cause et l’effet qui forment toutes deux un phénomène indivisible. Celui qui a la maîtrise de la vérité de ce principe est bien prêt de la vraie méthode. 

Mamady Doumbouya étant le résultat de la déliquescence du régime déchu de l’opposant historique Alpha Condé, le changement dans la continuité est manifeste. 

Aucune des orientations de Mamady Doumbouya n’empêchent la déconstruction de l’Etat guinéen. 

Il les accentue plutôt, en leur donnant une tournure plus dramatique.

Aissatou Cherif Balde

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