Mamadi Doumbouya : ça sert à quoi d’être le premier d’un État qui rapetisse ses citoyens ?

CHRONIQUE POLITIQUE-GUINÉE

Dans cette tribune au ton incisif, Aissatou Chérif interpelle directement le président Mamadi Doumbouya sur le sens de son accession au pouvoir dans une Guinée confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales. De la précarité des services publics à la gouvernance néopatrimoniale, en passant par la dépendance à l’égard des puissances étrangères et la persistance des inégalités. L’auteure interroge les finalités du pouvoir politique lorsque celui-ci ne parvient pas à améliorer les conditions de vie des citoyens. Une réflexion sur la responsabilité des dirigeants, la personnalisation et la personnification du pouvoir, la souveraineté nationale et la place du peuple dans la construction de l’État.

Par Aissatou Chérif Baldé 


À quoi ça sert d’être le premier dans un État miséreux, incapable d’élever la condition humaine de son peuple, d’assurer par ses moyens puissants le développement harmonieux de sa population, de créer un environnement réellement propice au développement dans lequel il peut évoluer?

Et pourquoi faire un putsch militaire et finir par être le premier d’un État miné par les maux économiques et sociaux tels que corruption, détournement de deniers publics, blanchiment d’argent, trafic de drogue, manque d’eau, d’électricité, d’écoles, d’hôpitaux ; insécurité, violence d’État, avec une capitale inondée de tas d’ordures qui tuent les citoyens guinéens, une jeunesse livrée au chômage, à l’immigration mortelle, une « politique de demi-mesure » dans la lutte contre la corruption, l’insécurité, les violations graves des droits humains tels que les enlèvements devenus récurrents ou jugée insuffisante dans ses résultats réels, des maux dont notre société est affligée et qui ne font que s’empirer ?

Alors Mamadi Doumbouya, à quoi ça sert vraiment d’être le premier d’un État où vous avez tout sacrifié, où rien n’aboutit, un État qui rapetisse ses citoyens pour en faire des instruments dociles, qui refuse le droit au développement à son peuple, qui encourage l’intolérance au savoir, pour ainsi célébrer les médiocres, l’idiocratie, la Françafrique et faire en sorte que les richesses du pays ne profitent pas au peuple, tout en favorisant la naissance d’une société qui n’est pas fondée sur des valeurs communes de solidarité, de justice sociale et de respect des droits de l’homme ?

Car vous conviendrez avec moi que la Guinée est dans cet état de retard par suite du manque de personnel patriote et intègre pour la développer et qu’elle ne manque pas d’électricité ou d’eau par manque de centrales hydrauliques ou hydroélectriques par exemple.

Mieux, les raisons les plus profondes du retard économique de ce pays tout comme les symptômes de son sous-développement se trouvent à l’intérieur et bien évidemment en vous M. Mamadi Doumbouya.

Car vous avez en cinq ans fait le choix d’encourager la production de la pauvreté et le maintien des populations guinéennes dans les conditions de servitude les plus inimaginables en érigeant un système néopatrimonial basé sur : une extrême personnification et personnalisation de votre pouvoir, sur un système fort de clientélisme et de patronage, et sur une mauvaise utilisation et répartition des ressources de l’État.

Et étant une fabrique de la France, vous avez fait le choix de nous imposer la Françafrique, ce système de domination néocolonialiste, c’est-à-dire : « un système fondé sur une alliance stratégique et asymétrique entre une partie de l’élite française et une partie de ses homologues africaines ».

Cependant, il faut retenir que la construction de nouvelles centrales hydrauliques ou hydroélectriques ne pourra pas mettre fin à la problématique d’électricité et d’eau en Guinée.

Tout comme la distribution de l’argent du contribuable guinéen et des biens publics à vos militants. Mieux, ce n’est pas votre pacte avec les puissances néocolonialistes qui feront de vous un homme d’État.

Car la valeur d’une nation repose sur les individus qui la composent et avec un État comme le vôtre composé de petits hommes, ces esclaves volontaires, ces satrapes comme Morisandan Kouyaté, Djiba Diakite, Balla Samoura, Amara Camara, rien de grand ne saurait être accompli.

Et dans ce cas, je préfèrerai de loin être le millionième d’un ensemble solide, puissant, riche, écoutée dans le monde, respectée dans le monde, seule capable d’assurer par ses moyens puissants le développement harmonieux de la société guinéenne, seule capable d’élever la condition humaine des Guinéens, que d’être la première dans un État miséreux, incapable de donner l’électricité et l’eau à son peuple, incapable de protéger sa diaspora, incapable de défendre l’Afrique des libertés.

Mais croyez-moi, M. Mamadi Doumbouya :

« De la même manière que la flamme d’une bougie brille de sa lumière la plus vive avant de s’éteindre », nous voulons croire que nous assistons aux derniers soubresauts d’une période historique qui se meurt, celle d’une Guinée piétinée par ses enfants».

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