Allemagne : reprise des identifications de ressortissants guinéens déboutés de l’asile, la diaspora en colère. 

AISSATOU CHERIF BALDÉ

Journaliste | African Panorama

Après la suspension des expulsions de ressortissants guinéens par les autorités de Conakry en février dernier, sous la pression de l’opinion publique, la trêve aura été de courte durée.

Selon nos informations, une délégation guinéenne est déjà présente en Allemagne pour reprendre les opérations d’identification des ressortissants guinéens déboutés de leur demande d’asile, en prélude à de nouvelles expulsions. Une reprise qui suscite l’indignation au sein de la diaspora guinéenne et ravive les inquiétudes autour du sort des personnes concernées.

Une reprise des identifications qui ravive les tensions

Après la suspension des expulsions de ressortissants guinéens depuis l’Allemagne, annoncée par les autorités de Conakry au mois de février dernier sur fond de forte pression de l’opinion publique, la trêve n’aura finalement été que de courte durée.

Selon nos recherches, une délégation des autorités guinéennes, composée d’agents du ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, du ministère de la Protection civile ainsi que de l’ambassade de Guinée à Berlin, est déjà présente en Allemagne pour reprendre les opérations d’identification des ressortissants guinéens déboutés de leur demande d’asile. Ces opérations s’inscrivent dans la perspective de nouvelles expulsions vers la Guinée.

Cette annonce provoque l’ire de la diaspora guinéenne en Allemagne, qui se retrouve une nouvelle fois plongée dans une situation traumatisante, après les espoirs suscités par la suspension des expulsions.

Les procédures d’asile et les expulsions au cœur du débat parlementaire allemand

La question des procédures d’asile et des expulsions en Allemagne fait également l’objet de démarches parlementaires. Un document publié sur le portail officiel du Bundestag, sous la référence Drucksache 21/4242, porte sur les procédures d’asile et les expulsions en Allemagne.

Ce document parlementaire constitue une référence documentaire pour approfondir le sujet dans le contexte allemand. Il convient toutefois de distinguer les informations générales relatives aux procédures d’asile et aux expulsions des éléments spécifiques concernant la reprise des identifications de ressortissants guinéens.

Consulter le document parlementaire sur le portail officiel du Bundestag :

https://dip.bundestag.de/vorgang/asylverfahren-und-abschiebungen-beim-herkunftsland-guinea/331582

Morissanda Kouyaté face aux pressions allemandes et européennes

Ce revirement soulève des interrogations sur la capacité du ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Morissanda Kouyaté, à résister aux pressions exercées par l’Allemagne et l’Union européenne. Le ministre est notamment associé à la prorogation, jusqu’en 2029, de l’accord relatif aux expulsions.

Les sanctions imposées à la Guinée par l’Union européenne depuis la suspension des expulsions, notamment celles touchant les agents de l’État guinéen dans le cadre de l’obtention de visas, auraient pesé dans la décision de reprendre les opérations d’identification sur fond d’expulsions.

Le volet financier au cœur des interrogations

Le volet financier, révélé par nos recherches, aurait également contribué à écourter cette suspension.

Nos enquêtes ont mis en évidence l’existence de plusieurs structures affiliées au ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, notamment le Fonds d’assistance aux personnes expulsées. Son financement serait assuré par Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, ainsi que par les régions allemandes.

Selon les informations recueillies, toute personne expulsée devrait recevoir une assistance financière afin de faciliter sa réinsertion dans son pays d’origine.

Pour l’heure, nos enquêtes révèlent qu’aucune personne expulsée d’Allemagne n’aurait bénéficié d’une assistance financière de la part des autorités de Conakry.

La question est de savoir où partent ces fonds d’assistance aux personnes expulsées.

Environ 169 Guinéens expulsés en 2025, sans assistance financière

Pour l’année 2025, les autorités guinéennes auraient fait expulser environ 169 ressortissants guinéens. Pourtant, selon les résultats de nos enquêtes, aucun d’entre eux n’aurait reçu d’assistance financière de la part des autorités de Conakry, malgré le dispositif de réinsertion évoqué.

Cette situation soulève des questions sur la gestion des fonds destinés à accompagner les personnes expulsées, mais également sur le respect des engagements pris en matière de réinsertion.

Alors que les opérations d’identification reprennent en Allemagne, une question demeure : combien de ressortissants guinéens seront à nouveau expulsés vers Conakry, et bénéficieront-ils effectivement de l’aide financière annoncée pour faciliter leur réinsertion ?

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