Guinée : quand la ministre Djénabou Touré confond son poste avec celui d’une politique. 

Chronique politique de Aissatou Cherif Baldé.

La sortie de Djénabou Touré, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, à Kankan, le mercredi 14 octobre 2026, relance le débat sur la distinction entre communication politique, porte-parolat institutionnel et création de contenus sur les réseaux sociaux. À travers cette prise de position, une question mérite d’être posée : quel rôle les communicants doivent-ils jouer auprès d’un ministre, et où s’arrête leur mission ?

Entre défense de l’action publique, stratégie politique et relais d’actualités sur les réseaux sociaux, la confusion des rôles peut brouiller les responsabilités et la finalité. La sortie de Djénabou Touré, actuelle ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, au sujet du rôle de ses communicants à Kankan, ce mercredi 14 octobre 2026, remet au centre du débat la question des responsabilités en matière de communication publique. Elle soulève également une interrogation sur la distinction entre communicant politique, porte-parole institutionnel et vidéoman.

Un ministre a pour mission de diriger son département ministériel et de mettre en œuvre la politique du gouvernement dans son domaine de compétence. Sa fonction consiste avant tout à assurer la conduite de l’action publique, à appliquer les orientations gouvernementales et à répondre aux attentes liées à ses responsabilités.

Dans ce contexte, la communication ministérielle ne saurait être confondue avec une stratégie destinée à promouvoir une personnalité politique dans le cadre d’une campagne électorale ou d’un mandat électif. Un ministre n’est pas nécessairement engagé dans une compétition politique personnelle. Il représente d’abord une institution et doit rendre compte de son action à ce titre.

Ces notions sont pourtant bien distinctes, tout comme les missions et les champs d’intervention des différents acteurs de la communication.

Le communicant politique: conseiller, stratège et observateur

Le rôle d’un communicant politique ou d’un conseiller en communication politique consiste à placer la femme ou l’homme politique dans les meilleures conditions possibles, que ce soit pendant une campagne électorale ou dans le cadre de l’exercice d’un mandat électif.

Pour atteindre cet objectif, il doit être les yeux et les oreilles du responsable politique. Il lui revient de lui apporter un regard objectif sur la situation, de lui fournir les informations nécessaires et de lui donner les éléments utiles pour prendre des décisions éclairées.

Cela suppose de savoir prendre du recul face à des situations parfois complexes, de dépasser les réactions dictées par l’émotion et de mesurer les enjeux avant de proposer une réponse adaptée. Le communicant doit ainsi être capable de conseiller son interlocuteur sur les outils à mobiliser, les éléments de langage à privilégier, le moment opportun pour intervenir et la stratégie à adopter.

Son rôle ne consiste toutefois pas à décider à la place du responsable politique, qui demeure le seul à assumer la responsabilité de ses choix. Il ne lui appartient pas non plus de rechercher systématiquement la lumière ou de se placer au premier plan de la scène publique.

Pourtant, nombre de communicants politiques, qu’ils travaillent pour des partis ou pour des personnalités, semblent parfois perdre de vue cette exigence. En cherchant à occuper le devant de la scène, ils risquent de détourner l’attention de la personne qu’ils sont censés accompagner. Une telle confusion peut fragiliser une stratégie politique et compromettre les objectifs poursuivis.

La communication politique exige également de la réactivité, de l’efficacité et de la disponibilité. L’actualité impose souvent un rythme soutenu, auquel les équipes doivent pouvoir s’adapter pour accompagner les activités et les prises de parole des responsables concernés.

Le porte-parole du gouvernement : la voix officielle de l’exécutif

Le porte-parole du gouvernement remplit une mission différente. Il est chargé d’exprimer publiquement les positions et les orientations du gouvernement, notamment auprès des médias et de l’opinion publique.

Cette responsabilité prend toute son importance lorsque l’actualité soulève des questions sensibles : emprisonnement arbitraire présumé d’opposants politiques, enlèvements forcés, violences contre des opposants, violations graves des droits de l’homme, corruption, népotisme ou favoritisme au sein de l’administration publique.

Dans de telles circonstances, le porte-parole est attendu sur la position officielle du gouvernement. Sa mission consiste à informer, à expliquer les décisions prises et à répondre aux interrogations publiques, dans le respect des faits et des responsabilités institutionnelles.

Le porte-parole d’un ministère exerce une fonction comparable, mais dans un périmètre plus restreint. Il représente une institution publique précise et sert d’interface entre le ministre, l’administration ministérielle, les médias et le grand public.

Sa mission est de donner un visage et une voix à une organisation dont le fonctionnement peut sembler abstrait aux citoyens. Il lui revient de transmettre les décisions, les positions officielles et les réactions du ministère face à l’actualité.

Pour remplir cette fonction, il doit maîtriser les techniques de communication, connaître les dossiers relevant de son département et savoir répondre aux sollicitations des médias. Il contribue ainsi à expliquer l’action ministérielle, à clarifier les décisions publiques et à désamorcer les polémiques lorsque les circonstances l’exigent.

Le vidéoman : entre création de contenus et relais de l’actualité

Le vidéoman, quant à lui, intervient dans un registre différent. Créateur de contenus et relais d’informations sur les réseaux sociaux, il partage régulièrement des actualités, des exclusivités et des images des coulisses du pouvoir.

Son activité peut contribuer à diffuser rapidement des informations auprès d’un large public. Toutefois, la création de contenus ne se confond pas avec le conseil stratégique en communication politique ni avec la représentation officielle d’une institution.

Dans certains contextes politiques, notamment sous des régimes militaires comme celui de Conakry, ces créateurs de contenus peuvent être utilisés comme des relais pour attaquer des adversaires politiques sur les réseaux sociaux. Les publications peuvent alors prendre la forme d’invectives, d’injures ou de propos diffamatoires.

Lorsqu’ils se prêtent à de telles pratiques, ces acteurs s’éloignent de la simple diffusion d’informations pour devenir des instruments de confrontation politique. Les assimiler à des communicants professionnels revient alors à confondre des fonctions dont les objectifs, les méthodes et les responsabilités diffèrent.

Le communicant politique conseille et élabore une stratégie. Le porte-parole exprime la position officielle d’une institution. Le vidéoman produit et diffuse des contenus. Ces fonctions peuvent parfois se croiser, mais elles ne sont pas interchangeables.

Madame la ministre, chaque fonction a ses responsabilités

La question posée par la sortie de Djénabou Touré dépasse finalement le seul cas de ses collaborateurs. Elle renvoie à la place que doit occuper la communication dans l’exercice des responsabilités publiques en Guinée.

La communication d’un ministère ne devrait pas être réduite à la promotion personnelle de son responsable, pas plus qu’elle ne devrait servir de prétexte aux attaques contre les adversaires politiques. Elle doit permettre aux citoyens de comprendre les décisions prises, les politiques mises en œuvre et les résultats obtenus.

Un ministre est avant tout responsable de son département. Les personnes chargées de sa communication doivent donc connaître les limites de leurs missions et agir en conséquence. La visibilité personnelle ne saurait remplacer le travail institutionnel, et la confrontation sur les réseaux sociaux ne saurait tenir lieu de communication publique.

Madame la ministre, il vous appartient de jouer pleinement votre rôle et d’assumer les responsabilités attachées à votre fonction. La distinction entre communication politique, porte-parolat institutionnel et création de contenus n’est pas un simple détail de vocabulaire. Elle touche directement à la crédibilité de l’action publique et à la manière dont les citoyens perçoivent leurs institutions.

Au-delà des personnes, c’est bien la conception de la fonction ministérielle et de la communication publique qui mérite d’être interrogée.

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