Par Aïssatou Chérif Baldé
Les forums économiques organisés en Europe, notamment en Allemagne, sont régulièrement présentés comme des occasions de rapprocher les entreprises étrangères du marché guinéen.
Sur le papier, la démarche paraît légitime : présenter les opportunités d’affaires, attirer des capitaux privés et nouer des partenariats avec des entreprises capables de contribuer à la transformation économique du pays.
Mais derrière les discours officiels, une question mérite d’être posée : à quoi servent ces opérations de promotion si les conditions nécessaires à la concrétisation des investissements ne sont pas réunies en Guinée ?
Corruption, insécurité juridique et gouvernance: les obstacles à éliminer
Les investisseurs ne prennent pas leurs décisions uniquement en fonction de la richesse naturelle d’un pays. Ils évaluent aussi les risques auxquels leur capital sera exposé.
En Guinée, la lutte contre la corruption, la transparence dans l’attribution des marchés publics, la sécurité juridique, l’indépendance de la justice commerciale et la stabilité des règles fiscales constituent des enjeux déterminants.
Une entreprise qui envisage d’investir sur plusieurs années doit pouvoir obtenir les autorisations nécessaires dans des délais raisonnables et compter sur des mécanismes de règlement des différends qui fonctionnent.
Lorsque les décisions administratives paraissent imprévisibles, lentes et que les règles changent sans concertation ou que les rapports entre les entreprises et les pouvoirs publics manquent de transparence, les risques d’échec augmentent . Les investisseurs peuvent alors exiger une rentabilité supérieure, réduire leurs engagements ou privilégier d’autres marchés.
Les entreprises allemandes veulent bien investir en Guinée. Mais les décisions des entreprises dépendent également de la rentabilité des projets, de la concurrence internationale, des infrastructures disponibles et des perspectives commerciales.
Un pays qui souhaite attirer davantage de capitaux privés ne peut pas faire l’économie de réformes institutionnelles profondes.
Réformer l’État avant de multiplier les forums à l’étranger
La Guinée dispose d’atouts considérables. Ses ressources minières, son potentiel hydroélectrique, ses terres agricoles et sa position géographique pourraient lui permettre de développer une économie plus productive et de renforcer ses relations commerciales avec l’Europe.
Mais ces ressources ne garantissent pas, à elles seules, la prospérité. Sans institutions crédibles, sans administration efficace et sans règles prévisibles, le potentiel économique risque de rester largement inexploité au profit d’une croissance peu diversifiée.
Avant de multiplier les forums économiques en Allemagne et ailleurs en Europe, les autorités guinéennes devraient donc établir un programme de réformes précis, assorti d’objectifs publics et de résultats vérifiables.
Cela suppose notamment de renforcer la lutte contre la corruption, de sécuriser les investissements, de simplifier les procédures administratives, d’améliorer l’accès à l’électricité et aux infrastructures, et de garantir une gestion transparente des ressources publiques.
Les organisateurs des forums devraient également publier les dépenses engagées, les entreprises participantes, les accords conclus et les investissements effectivement réalisés. Cette transparence permettrait de distinguer les opérations de communication des initiatives ayant un véritable impact économique.
L’objectif ne doit pas être simplement d’attirer des investisseurs allemands, mais de créer les conditions pour qu’ils puissent investir durablement en Guinée, dans des secteurs créateurs de valeur ajoutée et d’emplois.
Conclusion : l’attractivité économique se construit à Conakry, pas dans les salles de conférence en Allemagne
L’Allemagne n’a aucune obligation d’investir en Guinée au seul motif que le pays dispose de ressources naturelles abondantes. Les investisseurs prennent leurs décisions en fonction des perspectives de rentabilité, des risques et de la qualité de l’environnement économique.
Les forums organisés en Europe peuvent contribuer à rapprocher les entreprises, mais ils ne sauraient compenser les faiblesses structurelles de l’État guinéen.
Le Ghana, le Rwanda et la Côte d’Ivoire offrent des expériences dont la Guinée peut tirer des enseignements, sans pour autant ignorer leurs propres difficultés.
La réussite du Forum économique Allemagne-Ghana qui se tient annuellement en Allemagne en est un exemple illustratif.
La priorité est désormais de renforcer les institutions, de sécuriser les investissements et de créer un environnement dans lequel les entreprises peuvent travailler sans craindre l’arbitraire administratif ou l’instabilité politique.
Si la Guinée veut convaincre davantage d’investisseurs allemands, elle doit commencer par donner des garanties crédibles chez elle. La confiance des investisseurs ne se décrète pas lors d’un forum : elle se construit par des réformes, des actes et des résultats. Rendre cet article prêt pour la publication sans toucher le contenu #humaine
