Par Aissatou Cherif Baldé
Ancien opposant reconnu pour son courage face à l’injustice, Amadou Oury Bah suscite aujourd’hui la déception de ceux qui voyaient en lui une voix différente dans le paysage politique guinéen. Alors que les disparitions forcées se multiplient et que les violations des droits humains s’aggravent, le Premier ministre semble s’accommoder aux dérives du pouvoir. Entre renoncement politique, silence face aux abus et impuissance gouvernementale, la question de sa responsabilité se pose avec une acuité particulière.
Il y a des signes qui ne trompent pas, même lorsqu’ils sont écrits de travers, avec une encre de couleur et d’odeur douteuses. En Guinée, le gouvernement dirigé par Bah Oury, ancien opposant et fervent défenseur des droits de l’homme, l’État guinéen et les « élites » qui le représentent s’enfoncent chaque jour un peu plus dans une indifférence inquiétante face à la recrudescence des disparitions forcées.
Amadou Oury Bah, Premier ministre de figuration, téléguidé par le tout-puissant ministre secrétaire général à la présidence, figure parmi les responsables de cette dérive dictatoriale dans laquelle la Guinée est plongée depuis plus de cinq ans. Il ne cesse de décevoir ceux qui, hier encore, admiraient son courage et son audace face à l’injustice.
Il faisait la différence. On l’appréciait pour ce qu’il était, parce que, jusqu’à son entrée au sein du gouvernement du CNRD, il se distinguait de ces énarques carriéristes qui cumulent les fonctions et les rémunérations généreuses, sans être capables de comprendre les aspirations du peuple guinéen : vivre dans la prospérité et la dignité, jouir de ses droits et exercer librement ses libertés.
Mais aujourd’hui, Bah Oury a, lui aussi, rejoint les rangs de ceux qui, avant lui, n’ont pas voulu libérer notre pays des maux qui l’accablent inexorablement : la division, l’antidémocratie, la médiocrité, l’ethnicité, l’autoritarisme et leurs conséquences, notamment les violations des droits de l’homme, la violence, la corruption, l’impunité persistante et l’injustice.
Les graves violations des droits humains enregistrées ces dernières années, qui ne cessent de s’amplifier, démontrent que Bah Oury a, comme tant d’autres cadres guinéens, fait le choix de rester solidaire des défaillances du système politique guinéen. En adepte du béni-oui-ouisme, il demeure indifférent face à une politique de nomination de la junte militaire qui favorise l’arrivée, aux postes clés, d’une noria de nullités corrompues. Celles-ci ont transformé la Guinée en une sorte d’État privé, où la politique n’est plus qu’un type d’affaires parmi tant d’autres.
La situation actuelle du pays nous conduit à une évidence amère : le ciel guinéen fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut. Il semble plutôt être une fabrique de dictature de médiocres, où la politique est devenue une véritable usine de production d’incompétents et d’assassins au pouvoir pathologique.
Ces hommes, par leur conception du pouvoir, semblent incapables de comprendre la force de la masse. À leurs yeux, le nombre serait synonyme d’idiotie ; il faudrait donc le minimiser, le déconsidérer et le sous-estimer. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait leur stupéfaction face aux manifestations organisées par les Guinéens à New York au mois de septembre dernier.
Pourtant, cette situation peut aussi constituer une opportunité pour un peuple conscient de sa force. Car la masse, aussi inepte ou résignée qu’elle puisse paraître, contient des germes d’une fécondité incalculable.
Pour l’heure, Mamadi Doumbouya et son Premier ministre, Amadou Oury Bah, semblent pris au piège de forces nuisibles, parmi lesquelles Amara Camara, Dansa Kourouma et Djiba Diakité, Balla Samoura devenus, selon cette lecture critique du pouvoir, particulièrement riches et puissants. Tous semblent incapables de mesurer les conséquences de cette confiscation du pouvoir et de cette gouvernance éloignée des aspirations populaires.
Et pourtant, comme le disait l’autre : « L’État est sacré, c’est le culte du travail, de l’action, c’est l’efficacité. Ce n’est pas l’arrogance ni le bavardage, le voyeurisme, qui a tendance à s’installer au cœur de la République. »
En attendant le réveil, les forces nuisibles continuent de tromper le chef de la junte militaire, Mamadi Doumbouya, avec des programmes vides de contenu, concoctés par un gouvernement sans véritable feuille de route.
Elles font tout leur possible pour empêcher la prise des mesures nécessaires à la correction des dérapages de la gouvernance actuelle, qui se traduisent par une violence et une brutalité incessantes.
Face à cette situation, une question demeure : jusqu’à quand la Guinée devra-t-elle subir cette gouvernance, tandis que ceux qui avaient suscité l’espoir semblent désormais se résigner à l’indifférence et à l’insouciance ?
