Le mercredi 28 octobre 2026, à Diari, dans la préfecture de Labé, l’enseignant contractuel Alpha Boubacar Baldé a été suspendu de ses fonctions. Selon les informations rapportées par les médias locaux, cette suspension intervient après qu’il a lancé un appel à la solidarité en faveur de ses élèves et dénoncé leurs conditions d’apprentissage. Seul face à plus d’une centaine d’écoliers réunis dans une même salle de classe, il avait alerté sur le manque de salles de classe, de moyens et de fournitures scolaires. Son initiative, qui a suscité un élan de solidarité, aurait finalement conduit à sa révocation.
Un enseignant seul face à plus d’une centaine d’élèves
L’affaire suscite l’indignation dans la ville de Labé et au-delà. À Diari, dans la commune urbaine de Labé, Alpha Boubacar Baldé, enseignant contractuel, a été révoqué de ses fonctions le mercredi 28 octobre 2026. Les motifs de cette révocation seraient liés à ses appels à la solidarité en faveur de ses élèves et à ses dénonciations répétées, sur les réseaux sociaux, des conditions difficiles dans lesquelles se déroulent les apprentissages.
La situation à laquelle cet enseignant était confronté illustre les difficultés rencontrées dans son établissement et, d’ailleurs, dans la plupart des établissements scolaires publics du pays. Il assurait seul l’encadrement de plus d’une centaine d’élèves, entassés dans une même salle de classe, rendant ainsi l’apprentissage presque impossible. Des enfants de première, deuxième et troisième années partageaient un espace unique, dans un contexte marqué par un manque criant de moyens matériels et d’infrastructures scolaires.
Alpha Boubacar Baldé n’en était pourtant pas à sa première alerte. Malgré ses dénonciations, les autorités préfectorales de Labé seraient restées indifférentes face à ses appels.
La solidarité envers les élèves à l’origine de la sanction ?
Face à l’insuffisance des fournitures scolaires, l’enseignant a fini par prendre les choses en main. Il a publié des vidéos sur les réseaux sociaux afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la situation de son établissement et les besoins urgents de ses élèves.
Son initiative a porté ses fruits. Des personnes de bonne volonté ont répondu favorablement à son appel et apporté aux enfants l’aide dont ils avaient besoin.
Mais cette mobilisation aurait été suivie d’une décision lourde de conséquences : la suspension de l’enseignant. Selon les faits rapportés par les médias locaux, c’est après avoir exposé publiquement les difficultés de son établissement et permis à ses élèves de bénéficier de cet élan de solidarité qu’il a été écarté de ses fonctions.
Une situation difficile à comprendre, alors que les problèmes dénoncés concernent des besoins aussi cruciaux tels que les fournitures scolaires, l’augmentation de salles de classe et les conditions d’encadrement des enfants.
Le ministère de l’Éducation interpellé
Face à cette situation, le ministère de l’Éducation nationale est directement interpellé. Il lui revient de faire la lumière sur les circonstances de cette décision administrative et de se pencher sur les conditions d’apprentissage à Diari.
Car malgré que les difficultés de l’établissement soient connues des autorités de Labé, une réponse concrète n’a pas été obtenue. Le silence des autorités compétentes, tel que dénoncé dans cette affaire, soulève des interrogations. L’urgence est pourtant manifeste. Nous avons des élèves de plusieurs niveaux regroupés dans une seule salle, avec un enseignant dévoué, mais submergé par la situation.
Au-delà du sort d’Alpha Boubacar Baldé, cette affaire pose une question essentielle : comment justifier qu’un enseignant qui alerte sur les difficultés de ses élèves et cherche à mobiliser des soutiens pour leur venir en aide se retrouve lui-même sanctionné ?
Et où partent les fonds destinés à la construction et à l’entretien des établissements scolaires publics ?
Le courage de dénoncer, un risque pour les enseignants ?
Pour l’auteur de cette dénonciation, cette affaire révèle un paradoxe préoccupant dans la gestion des affaires publiques en Guinée. Le mérite, le courage, l’abnégation et le dévouement, au lieu d’être reconnus, seraient parfois criminalisés, même lorsqu’ils se traduisent par des résultats concrets au bénéfice de la communauté et de l’intérêt général.
Cette situation nourrit également une critique plus large du fonctionnement des institutions et des critères qui semblent, aux yeux de nombreux citoyens, déterminer l’accès aux responsabilités et la reconnaissance du travail accompli.
Dans un pays où les besoins éducatifs restent considérables, l’engagement d’un enseignant auprès de ses élèves devrait pouvoir susciter le soutien des responsables concernés, plutôt que devenir un motif d’exclusion.
L’affaire Alpha Boubacar Baldé pose ainsi la question de la place accordée à l’engagement citoyen, au mérite et à la liberté de dénoncer les dysfonctionnements dans le système éducatif guinéen. Elle met surtout en lumière un paradoxe difficile à ignorer : alors que les élèves ont besoin de meilleures conditions d’apprentissage, celui qui a tenté de mobiliser des ressources en leur faveur se retrouve privé de ses fonctions.
Reste à savoir si les autorités éducatives apporteront des explications sur cette suspension et prendront les mesures nécessaires pour répondre aux difficultés des élèves de Diari.
