Sommet Russie-Afrique : Alpha Condé serait-il l’initiateur?

Chronique de la rédaction | African Panorama

Alors que la troisième édition du sommet Russie-Afrique s’ouvre à Moscou ce 28 octobre 2026, une question mérite d’être posée : qui est à l’origine de cette initiative diplomatique ? Selon les déclarations de l’ancien président guinéen Alpha Condé et les révélations de son ambassadeur en Russie, l’idée d’organiser ce rendez-vous continental aurait été portée dès 2016 par Conakry. Sept ans après le premier sommet de Sotchi, l’absence du chef de la junte, Mamadi Doumbouya, soulève des interrogations sur la continuité de la politique étrangère guinéenne.

Alpha Condé, à l’origine du sommet Russie-Afrique ?

Le troisième sommet Russie-Afrique débute officiellement ce 28 octobre 2026 à Moscou. Pourtant, derrière ce rendez-vous diplomatique se trouve une histoire que peu de personnes évoquent : celle du rôle qu’aurait joué l’ancien président Alpha Condé dans sa création.

L’idée d’organiser un sommet réunissant la Russie et les pays africains serait née à son initiative, lors de ses échanges avec le président russe Vladimir Poutine en 2016, à Saint-Pétersbourg.

En octobre 2019, dans une interview accordée à la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), l’ambassadeur de Guinée en Russie, Mamady Keita, avait livré des précisions sur les circonstances dans lesquelles cette proposition aurait été formulée.

« En 2016, le Président Alpha Condé a effectué sa première visite dans la ville de Saint-Pétersbourg, où il a été invité par son homologue russe. La réception a été cordiale. Mais avant de se quitter, le professeur Alpha Condé a émis l’idée de la tenue d’un sommet Russie-Afrique pour la première fois. Le président Poutine a pris bonne note.

Et lorsqu’il revint à Conakry au mois de septembre 2017, il a réitéré la même demande. Le Président Poutine lui a dit : “Oui, j’ai compris, on va le faire.” C’est à partir de ce moment que nous, ambassadeurs africains, avons commencé à avoir des réunions avec nos partenaires russes jusqu’à la fixation de cette date historique », a laissé entendre son ancien ambassadeur.

Ces déclarations présentent ainsi le président Alpha Condé comme l’un des acteurs à l’origine du projet qui allait donner naissance au sommet Russie-Afrique. Une initiative diplomatique qui a donc vu le jour grâce à la clairvoyance du président Alpha Condé.

Sotchi 2019 : Alpha Condé revendiquait son rôle

Le 24 octobre 2019, lors de la première édition du sommet Russie-Afrique à Sotchi, en Russie, Alpha Condé avait lui-même évoqué cette démarche devant les chefs d’État et les représentants africains présents.

Dans son allocution, l’ancien président guinéen avait d’abord exprimé sa reconnaissance envers Vladimir Poutine, le gouvernement et le peuple russes pour l’accueil réservé aux délégations africaines.

Il avait ensuite replacé cette rencontre dans le cadre des relations historiques entre l’Afrique et la Russie, en rappelant les solidarités qui avaient marqué leurs rapports, notamment pendant les luttes de libération des peuples opprimés.

Mais c’est surtout le passage dans lequel il revient sur ses visites en Russie qui retient l’attention :

« Lors de nos dernières visites en Russie en 2016 et 2017, nous avons encouragé le Président Poutine à organiser un tel sommet. Nous sommes heureux que ce sommet se tienne aujourd’hui. »

Par cette déclaration publique, Alpha Condé confirmait avoir encouragé Vladimir Poutine à organiser cette rencontre lors de ses visites de 2016 et 2017.

Il appelait ensuite à l’ouverture d’une nouvelle étape dans les relations entre Moscou et les États africains, en plaidant pour une coopération « plus féconde, plus engagée, plus créative », au bénéfice de la Russie comme des pays africains, qu’il décrivait comme « assoiffés d’un partenariat mutuellement avantageux ».

Une initiative africaine dans la continuité des relations avec Moscou

Le sommet Russie-Afrique ne résulte donc pas d’une simple décision prise unilatéralement par le Kremlin. Il s’inscrirait dans une dynamique diplomatique nourrie par les relations entre les pays africains et l’Union soviétique, puis poursuivie après le déclin de cette dernière.

Durant la guerre froide, plusieurs États africains avaient entretenu des relations politiques, militaires, économiques et universitaires avec Moscou. Ces liens ont évolué au fil des décennies, mais ils ont constitué une partie de l’histoire des relations internationales du continent.

La création du sommet Russie-Afrique peut ainsi être interprétée comme une nouvelle étape dans cette histoire de coopération.

Dans cette perspective, le rôle attribué à Alpha Condé mérite d’être mis en avant et de ne pas être relégué aux oubliettes. Il permet de rappeler que les dirigeants africains ont également participé à la définition des cadres diplomatiques dans lesquels leurs pays souhaitent inscrire leurs relations avec les grandes puissances.

Maria Zakharova salue la position des Africains envers la Russie

Le 27 octobre 2026, lors du Forum des médias Russie-Afrique, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, aurait salué la position des Africains qui, selon elle, n’auraient pas abandonné la Russie malgré les pressions occidentales.

Cette déclaration s’inscrit dans le discours diplomatique russe qui met régulièrement en avant les relations historiques avec les pays africains et défend l’idée d’un ordre international moins dominé par les puissances occidentales.

Du point de vue de ceux qui défendent une politique étrangère fondée sur la diversification des partenariats, c’est-à-dire sur le multilatéralisme, ces relations représentent un moyen de renforcer la marge de manœuvre des États africains sur la scène internationale.

Alpha Condé défendait lui aussi une vision dans laquelle la Guinée et, plus largement, l’Afrique devaient pouvoir diversifier leurs alliances et développer des partenariats jugés mutuellement avantageux.

Son ambition, telle qu’elle ressort de ses déclarations de 2019, dépassait le seul cadre des relations bilatérales entre Conakry et Moscou. Il entendait inscrire cette coopération dans une perspective continentale.

Guinée : de l’initiative diplomatique à l’absence remarquée

Si l’on se réfère au rôle précurseur que la Guinée, sous le leadership du président Alpha Condé, a joué dans la mise en place du sommet Russie-Afrique, l’absence remarquée de Mamadi Doumbouya à ce sommet interroge.

Comment expliquer que la Guinée, présentée comme le pays à l’origine de cette initiative, ne soit pas représentée au plus haut niveau lors d’un sommet auquel son ancien président aurait contribué à donner naissance ?

Cette absence mérite d’être interrogée à la lumière des choix diplomatiques opérés depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, qui a renversé Alpha Condé.

Elle illustre surtout une rupture avec une orientation diplomatique qui accordait une place particulière à la diversification des partenariats internationaux.

Certains y voient également le signe d’une persistance de l’influence française dans les choix stratégiques de Conakry. Car la France ne cesse de mettre la pression sur les pays africains comme la Guinée, encore sous tutelle de la Françafrique, pour limiter toute forme de coopération avec la Russie. Cette interprétation alimente le débat sur la nature françafricaine du changement politique intervenu en 2021 et sur ses conséquences pour la souveraineté diplomatique de la Guinée.

Or, la Russie fut l’un des plus grands soutiens de la Guinée dans la sauvegarde de sa souveraineté et de son indépendance.

Avec la diplomatie actuelle de la junte, qui paraît plus que jamais émiettée et sous l’influence du système françafricain, l’on se demande quelle place la Guinée entend désormais occuper dans les grandes rencontres internationales où se discutent les orientations des partenariats entre l’Afrique et les autres puissances mondiales.

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