Sidya Touré, une mort en exil qui ravive les blessures de la Guinée. 

Aissatou Cherif Baldé

L’ancien Premier ministre guinéen Sidya Touré est décédé à Paris le 25 septembre 2026 des suites d’une maladie. Figure majeure de l’opposition et ancien chef du gouvernement sous Lansana Conté, il s’est éteint loin de son pays natal, après plusieurs années d’exil. Pour ses proches et ses partisans, sa disparition symbolise le destin tragique d’un homme d’État qui, après avoir servi la Guinée au plus haut niveau, a terminé sa vie loin de sa terre, dans un contexte de profond conflit avec les autorités de transition dirigées par Mamadi Doumbouya.

Le destin réserve parfois aux hommes politiques guinéens les fins les plus cruelles. Pour Sidya Touré, l’histoire s’est achevée à plusieurs milliers de kilomètres de Conakry, dans une chambre d’hôpital parisienne, loin de la ville qu’il avait administrée, loin du pays dont il avait dirigé le gouvernement, loin de cette Guinée dont il n’avait jamais cessé de revendiquer l’avenir.

Le 25 septembre 2026, l’ancien Premier ministre guinéen a rendu son dernier souffle des suites d’une maladie. La nouvelle s’est répandue rapidement au sein de la diaspora guinéenne et des cercles politiques africains, provoquant une vague d’émotion chez ses soutiens, mais aussi chez ceux qui voyaient en lui l’une des dernières grandes figures de la génération politique ayant marqué les décennies post-indépendance.

Pour beaucoup, la disparition de Sidya Touré ne constitue pas seulement la mort d’un ancien chef de gouvernement. Elle représente la fin d’un parcours politique singulier, celui d’un technocrate devenu opposant, puis exilé.

Lorsque Sidya Touré accède à la Primature en 1996 sous le régime du président Lansana Conté, la Guinée traverse une période économique particulièrement difficile. Son passage à la tête du gouvernement reste associé, dans l’esprit de ses partisans, et du peuple de Guinée, à une volonté de réformes et à la remise en fonctionnement de services essentiels dans la capitale, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité.

Ingénieur de formation, reconnu pour sa maîtrise des dossiers économiques, il s’impose rapidement comme l’une des personnalités les plus influentes de la scène politique nationale. Son expérience dépasse les frontières guinéennes. Avant son retour au pays, il avait également exercé d’importantes responsabilités en Côte d’Ivoire aux côtés d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre du président Félix Houphouët-Boigny.

Mais les années de pouvoir laisseront progressivement place à celles d’un opposant politique lucide, rigoureux, compétent et animé par une aspiration au changement sans relâche. 

À la tête de l’Union des Forces Républicaines (UFR), Sidya Touré devient l’un des principaux adversaires des différents régimes qui se succèdent à Conakry. Son engagement politique, sa sérénité, son sens élevé de discernement lui valent une place centrale dans les débats nationaux, mais aussi de nombreuses confrontations avec les autorités.

L’arrivée au pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), à la suite du coup d’État françafricain du 5 septembre 2021, marque un tournant décisif dans son parcours politique 

Contraint de quitter la Guinée, l’ancien Premier ministre s’installe principalement en Côte d’Ivoire, puis effectue de fréquents séjours en France pour des raisons personnelles et médicales. Ses soutiens affirment qu’il avait trouvé à Abidjan un environnement plus serein, bénéficiant du respect et de la considération de nombreuses personnalités politiques ivoiriennes.

Cependant, les tensions avec les nouvelles autorités guinéennes ne cesseront de s’aggraver.

Dans l’entourage de Sidya Touré, plusieurs décisions prises sous le régime du CNRD sont perçues comme des mesures d’acharnement politique. Ses proches évoquent notamment la confiscation puis la destruction de sa résidence en Guinée, la dissolution de l’UFR ainsi que la révocation de son passeport guinéen.

Pour ses partisans, ces événements ont constitué bien davantage que des sanctions administratives ou politiques. Ils y voient une atteinte à la dignité d’un homme ayant consacré plusieurs décennies au service de l’État.

Cette blessure, disent-ils, ne s’est jamais refermée.

Au fil des années, Sidya Touré apparaît de plus en plus éloigné de la scène politique nationale. L’ancien Premier ministre suit pourtant avec attention l’évolution de la transition. Ses prises de position restent relayées par ses collaborateurs et par les cadres de son parti.

Selon plusieurs sources proches de l’opposant, l’exil a été vécu comme une profonde injustice. Loin des siens, privé de la possibilité de participer pleinement à la vie politique de son pays, il aurait souffert moralement de cette situation jusqu’à ses derniers jours.

Sa disparition intervient dans un climat particulièrement tendu. Quelques jours auparavant, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, participait à New York à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Des membres de la diaspora guinéenne avaient alors organisé des rassemblements de protestation pour dénoncer la gestion politique du pays.

Pour les soutiens de Sidya Touré, la coïncidence des événements renforce encore la portée symbolique de cette disparition.

Aujourd’hui, au-delà des hommages et des réactions politiques, une question demeure : celle du lieu où reposera définitivement l’ancien Premier ministre.

Selon des sources proches de sa famille politique, Sidya Touré aurait exprimé le souhait de ne pas être enterré dans la Guinée actuelle de Mamadi Doumbouya où la terreur demeure la norme qui régit le mode de fonctionnement du pouvoir. Une décision qui, si elle se confirmait, constituerait l’ultime illustration de la rupture profonde qui s’était installée entre l’ancien chef du gouvernement et les autorités de transition.

Avec sa disparition, c’est une page importante de l’histoire politique contemporaine de la Guinée qui se tourne. Une page faite de conquête de pouvoir, de réformes, d’opposition, d’exil et de controverses. Une page qui continuera sans doute d’alimenter les débats sur l’héritage de Sidya Touré et sur l’état de la démocratie guinéenne dans les années à venir.

Car la Guinée sous Mamadi Doumbouya  ne cesse de surprendre dans ses travers :un putschiste qui fait un coup d’État militaire, mais devient en cinq ans le plus grand despote de la sous-région ouest-africaine, des opposants qui se coalisent longtemps pour contester toute atteinte à la Constitution en 2020 et qui, finalement acceptent de se coaliser à un putschiste, pour enterrer carrément la transition démocratique en Guinée ; pire ils soutiennent son parjure, ses enlèvements, l’humiliation des opposants politiques. 

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