Guinée : 11 millions d’euros de mouvements financiers au cœur des interrogations autour de la BCRG.

Par la rédaction d’African Panorama
D’après une enquête publiée le 22 septembre 2026 par Africa Intelligence, signée Pierre-Elie de Rohan Chabot et Joan Tilouine.

La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) est au centre de nouvelles interrogations concernant plusieurs mouvements financiers effectués au cours des années 2025 et 2026. Selon une enquête publiée ce 22 septembre par Africa Intelligence, des fonds représentant au total environ 11 millions d’euros ont transité par un compte interne intitulé « Appui institutionnel », dont l’existence ne serait pas mentionnée dans les audits et rapports annuels consacrés à l’institution.

D’après les documents internes consultés par Africa Intelligence, ce compte a enregistré plusieurs opérations importantes. La plus récente mentionnée par le média concerne un retrait d’environ 1,2 million d’euros, soit 12,5 milliards de francs guinéens, effectué en espèces le 8 juin 2026.

Un mois auparavant, en mai, un virement de 80 milliards de francs guinéens, correspondant à environ 7 millions d’euros, aurait été effectué vers un compte dont le destinataire n’est pas identifié dans les documents cités par Africa Intelligence.

Deux autres opérations sont également évoquées. Il s’agit de chèques d’un montant respectif de 27,5 milliards de francs guinéens, soit environ 2,7 millions d’euros, et de 500 millions de francs guinéens, soit près de 50 000 euros, débités en décembre 2025.

Des opérations effectuées sur instruction du gouverneur

Selon les éléments rapportés par Africa Intelligence, plusieurs de ces opérations auraient été réalisées sur instruction du gouverneur de la BCRG, Karamo Kaba.

Dans un courrier daté du 11 mai et consulté par le média, le gouverneur demande notamment au directeur général de l’administration et des services juridiques de la banque, Georges Gbanamou, de faire mettre à disposition 80 milliards de francs guinéens sur le compte « Appui institutionnel ».

Le montant devait provenir d’un autre compte de la BCRG consacré aux « Cotisations, subventions et dons à des tiers ». Dans son courrier, Karamo Kaba précise que l’opération s’inscrit dans le cadre de « l’appui institutionnel de la BCRG prévu dans son budget 2026 ».

Interrogée par Africa Intelligence sur la destination de ces fonds, la BCRG a indiqué qu’ils étaient destinés à financer des œuvres caritatives et des dons. L’institution affirme également que ce mécanisme, approuvé par son conseil d’administration, existe depuis plusieurs années.

Le nom de Kassime Magassouba cité dans plusieurs opérations

Les documents évoqués par Africa Intelligence ne permettraient toutefois pas d’identifier systématiquement les bénéficiaires des sommes transitant par le compte « Appui institutionnel ».

Un nom apparaîtrait néanmoins à plusieurs reprises : Kassime Magassouba, présenté comme un collaborateur de l’actuel ministre guinéen de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, Mory Condé.

Ce dernier, proche du président Mamadi Doumbouya, a notamment été ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation entre 2021 et 2024, après avoir été actif dans la société civile.

Selon Africa Intelligence, Kassime Magassouba n’a pas répondu aux sollicitations du média.

Des tensions croissantes au sein de la Banque centrale

Ces révélations interviennent dans un contexte de tensions sociales au sein de la BCRG.

Le 7 septembre, le gouverneur Karamo Kaba a décidé de mettre à pied pour deux mois douze délégués syndicaux. Les motifs précis de cette décision n’ont pas été rendus publics dans les éléments rapportés par Africa Intelligence.

Cette mesure intervient après plusieurs semaines de tensions entre la direction de la banque et les représentants du personnel. Le 19 août, les salariés avaient notamment observé un mouvement de débrayage après plusieurs préavis de grève.

Les revendications syndicales portent notamment sur l’amélioration de la couverture médicale et sur une plus grande transparence concernant les rémunérations des hauts responsables de l’institution.

Une forte hausse des rémunérations du gouverneur et des vice-gouverneurs

Africa Intelligence rapporte également que les rémunérations des principaux dirigeants de la BCRG ont connu une hausse importante en 2025.

Selon un document consulté par le média, le conseil d’administration de la banque a adopté, le 26 septembre 2025, une augmentation des salaires du gouverneur et des vice-gouverneurs.

La rémunération mensuelle brute du gouverneur serait ainsi passée de 6 631 euros, soit environ 67 millions de francs guinéens, à 15 855 euros, correspondant à quelque 160 millions de francs guinéens. Cette évolution représente une hausse de 139 %.

Les vice-gouverneurs bénéficieraient également d’une augmentation substantielle. Leur salaire mensuel brut serait passé de 5 982 euros, environ 60 millions de francs guinéens, à 12 882 euros, soit quelque 130 millions de francs guinéens.

Ces rémunérations ne sont pas publiées officiellement par les autorités guinéennes, souligne Africa Intelligence.

Une affaire qui soulève des questions de transparence

Les mouvements financiers décrits par Africa Intelligence, les tensions sociales au sein de la BCRG et l’évolution des rémunérations de ses principaux dirigeants interviennent ainsi dans une même période et alimentent les interrogations autour de la gouvernance et de la transparence de l’institution monétaire guinéenne.

La BCRG affirme pour sa part que les sommes concernées par le dispositif « Appui institutionnel » servent notamment à financer des actions caritatives et des dons, et que le mécanisme a été approuvé par son conseil d’administration.

Les éléments rapportés dans cet article sont issus de l’enquête publiée le 22 septembre 2026 par Africa Intelligence, signée Pierre-Elie de Rohan Chabot et Joan Tilouine. African Panorama les présente ici sous une forme éditoriale réécrite et contextualisée, avec attribution à leur source originale.

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