Guinée : la chute d’« Idi Amin », l’ancien homme fort de l’armée.


Écarté du ministère de la Défense et nommé ambassadeur en France, le général Aboubacar Sidiki Camara, surnommé « Idi Amin », voit son influence vaciller après plusieurs années au sommet de l’appareil militaire guinéen. Redouté par de nombreux officiers et accusé par ses détracteurs d’avoir orchestré une politique de répression au sein de l’armée, l’ancien ministre reste toutefois perçu comme une figure capable de rebondir dans les luttes de pouvoir qui traversent la transition guinéenne.

Par Djiba Condé

Aboubacar Sidiki Camara, alias « Idi Amin », n’est plus ministre de la Défense nationale de la République de Guinée.

Ancien officier général de la Gendarmerie nationale, il s’est forgé une réputation de dirigeant redouté au sein des forces armées. Pour ses détracteurs, il demeure l’un des responsables les plus controversés de l’histoire récente du pays, notamment en raison des accusations liées à la disparition de plusieurs militaires depuis l’arrivée du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) au pouvoir en 2021.

Lors de sa prise de fonction à la tête du ministère de la Défense, il avait marqué les esprits par une déclaration restée célèbre : « Dans l’armée, on ne tue pas. On t’envoie à ton Seigneur, ou on te présente à ton Seigneur. » Des propos qui continuent d’alimenter les critiques à son encontre.

Selon plusieurs observateurs, les nombreuses disparitions signalées au sein des rangs militaires depuis 2021 nourrissent encore aujourd’hui les interrogations sur le rôle qu’aurait pu jouer l’ancien ministre dans la gestion des affaires sécuritaires du pays.

Aboubacar Sidiki Camara est également présenté par certains comme l’un des principaux artisans du coup d’État du 5 septembre 2021 qui a renversé le président Alpha Condé. Après avoir été écarté une première fois du ministère de la Défense puis nommé ambassadeur à Cuba par l’ancien chef de l’État, il aurait conservé une profonde rancœur à l’égard du régime déchu.

D’après cette lecture des événements, il aurait contribué à créer les conditions favorables à l’ascension du général Mamadi Doumbouya, alors commandant des forces spéciales. Mais une fois le coup d’État réussi, le nouvel homme fort de Conakry aurait refusé de lui céder la direction du pouvoir de transition.

Au sein de l’armée, plusieurs officiers auraient également été la cible de rivalités internes. Parmi eux, le commandant Alia Camara, dont certains proches estiment qu’il a échappé à des règlements de comptes grâce à l’intervention du général Amara Camara et du président de la transition.

Les tensions entre différentes figures de la hiérarchie militaire trouveraient leur origine dans des divergences de vision sur l’organisation du commandement et la gestion de la justice militaire. Certains observateurs y voient aussi l’expression de luttes d’influence profondes au sein de l’appareil sécuritaire guinéen.

Le général Amara Camara, considéré comme l’un des hommes les plus influents du pouvoir actuel, n’aurait jamais été inquiété. Son parcours militaire, son ancrage institutionnel et son poids politique lui auraient permis de conserver une position solide au sein du régime.

Aujourd’hui, la nomination d’Aboubacar Sidiki Camara au poste d’ambassadeur de Guinée en France apparaît comme une sortie relativement favorable après son départ du ministère de la Défense. Pour certains observateurs, le général Mamadi Doumbouya a choisi de l’éloigner du cœur du pouvoir plutôt que d’engager un affrontement direct avec son ancien allié.

Mais cette nouvelle affectation ne signifie pas nécessairement la fin de ses ambitions. Plusieurs analystes estiment que l’ancien ministre conserve des réseaux et des soutiens susceptibles de lui permettre de continuer à peser sur les équilibres politiques du pays.

Une certitude demeure : malgré son éloignement de Conakry, Aboubacar Sidiki Camara reste un acteur que le pouvoir en place ne peut totalement ignorer. Ses ambitions présidentielles supposées et son expérience des rapports de force militaires continuent d’alimenter les spéculations sur son avenir politique.

Pour le général Mamadi Doumbouya, la mise à l’écart d’« Idi Amin » pourrait ainsi marquer moins la fin d’une influence que l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les rivalités qui traversent la transition guinéenne.

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