Guinée : Kamsar, symbole des contradictions de la croissance minière.

Par Aïssatou Chérif Baldé

KAMSAR (Guinée) — Depuis plusieurs jours, des habitants de Kamsar dénoncent de fréquentes coupures d’électricité. Dans cette ville portuaire de la région de Boké, d’où partent chaque année des millions de tonnes de bauxite vers les marchés internationaux, la pénurie énergétique ravive une question habituelle: pourquoi les populations vivant au cœur de la richesse minière continuent-elles de manquer des services les plus élémentaires ?

À Kamsar, les trains de minerai de bauxite continuent de circuler. Les navires continuent de charger la bauxite destinée à l’exportation. Les installations minières poursuivent leurs activités. Mais dans plusieurs quartiers de la ville de Kamsar et selon de nombreux habitants, l’électricité se fait rare depuis plusieurs jours.

Un contraste et paradoxe frappant

Située dans la région de Boké, Kamsar n’est pas une ville ordinaire. Elle abrite la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), acteur historique du secteur minier national. Depuis des décennies, cette cité est l’une des principales portes de sortie de la bauxite guinéenne, minerai stratégique dont le pays possède certaines des plus importantes réserves mondiales.

Pour de nombreux habitants, la situation actuelle dépasse la simple question des délestages. Elle renvoie à une interrogation plus profonde sur le modèle de développement construit autour de l’exploitation minière et surtout depuis le coup d’État militaire du 05 septembre 2021.

Comment une ville qui contribue depuis l’indépendance du pays en 1958 autant à la création de richesses peut-elle encore être confrontée à des difficultés récurrentes d’accès à l’électricité ?

Cette question revient depuis des années avec insistance dans les discussions locales et débats publics. Car au-delà de Kamsar, c’est toute la région de Boké qui reste confrontée à des insuffisances en matière d’infrastructures publiques, d’accès aux services sociaux de base et d’opportunités économiques pour une grande partie de sa population, terrorisée par le pouvoir militaire préfère le silence.

Pourtant, les revenus générés par le secteur minier sont considérables

Le rapport 2019 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) indiquait que l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM) avait enregistré une hausse de 11 % de ses revenus, atteignant 315 milliards de francs guinéens, soit environ 35 millions de dollars. Des chiffres qui ne représentent qu’une partie des flux financiers liés à l’activité minière dans la région.

Cependant, sur le terrain, beaucoup peinent à percevoir les effets concrets de cette manne.

Dans les localités riveraines des zones d’exploitation, les critiques portent depuis plusieurs années sur l’état des infrastructures, l’accès à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé ou encore à l’emploi. Les habitants évoquent également les conséquences environnementales liées à l’extraction intensive de la bauxite : poussière, dégradation de certains espaces naturels et inquiétudes sanitaires.

Un décalage qui nourrit progressivement un sentiment d’abandon

À mesure que les exportations minières augmentent, les attentes des populations grandissent elles aussi. Mais lorsque les coupures d’électricité se multiplient dans une ville dont le nom est associé à l’une des plus grandes richesses du pays, le symbole que porte cette ville devient difficile à accepter.

Les critiques s’étendent alors bien au-delà de la gestion énergétique. Elles touchent à la gouvernance des ressources naturelles, à la redistribution des revenus miniers et à la capacité des institutions à transformer la croissance économique en amélioration tangible des conditions de vie.

Certains habitants dénoncent les privilèges dont bénéficieraient les élites politiques, administratives ou économiques pendant que les populations locales continuent de faire face à des difficultés quotidiennes. D’autres regrettent le silence de certaines personnalités de la région de Boké, accusées de ne pas porter suffisamment les préoccupations de leurs communautés.

Ces frustrations traduisent une crise de confiance plus large

Car derrière la question de l’électricité se cache celle du contrat social liant l’État au peuple de Guinée.

Que reste-t-il lorsque les territoires qui produisent la richesse ont le sentiment de ne pas bénéficier en retour des fruits de cette richesse ?

Comment convaincre les populations des bienfaits du développement minier lorsque les services essentiels demeurent défaillants ?

À Kamsar, l’obscurité actuelle agit comme un révélateur de ces défaillances structurelles.

Elle rappelle que le défi guinéen n’est pas seulement d’extraire davantage de ressources minières et permettre à une infime partie de la population notamment les acteurs étatiques de profiter des retombées économiques, mais de faire en sorte que celles-ci améliorent concrètement la vie de celles et ceux qui vivent sur les terres d’où elles sont tirées.

En attendant des réponses sur les causes des perturbations électriques signalées ces derniers jours, une certitude demeure chez de nombreux habitants : Mamadi Doumbouya ne peut pas être la solution aux problèmes guinéens.

Un commentaire

  1. La Guinée mérite la justice, pas seulement la richesse

    Combien de temps encore le peuple guinéen devra-t-il contempler les immenses richesses de son sous-sol sans en ressentir les bienfaits dans son quotidien ?

    La Guinée est bénie par la nature. Elle possède l’une des plus grandes réserves de bauxite au monde, ainsi que de l’or, du fer, du diamant et d’autres ressources stratégiques. Pourtant, dans de nombreuses régions, les familles continuent de vivre sans électricité stable, les écoles manquent de moyens, les hôpitaux peinent à répondre aux besoins de la population, les routes restent insuffisantes et des milliers de jeunes cherchent désespérément un avenir.

    Cette contradiction interpelle la conscience nationale. Comment un pays aussi riche peut-il voir une partie de son peuple vivre dans la précarité ? Comment accepter que les ressources naturelles ne se traduisent pas davantage par une amélioration concrète des conditions de vie ?

    Le 5 septembre 2021, de nombreux Guinéens avaient placé leur espoir dans une nouvelle gouvernance. Ils espéraient un État plus juste, plus transparent et plus proche des citoyens. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent : où sont les changements profonds qui devaient transformer la vie quotidienne des populations ?

    Le véritable défi de la Guinée n’est pas seulement de produire davantage de richesses. Il est de faire en sorte que ces richesses deviennent des écoles, des hôpitaux, des routes, de l’électricité, des emplois et des opportunités pour chaque Guinéenne et chaque Guinéen. Une nation ne se mesure pas à la valeur de ses minerais, mais à la dignité qu’elle offre à son peuple.

    C’est dans cet esprit que la vision portée par Madame Aissatou Chérif Baldé trouve un écho auprès de nombreux citoyens. Pour ses partisans, elle incarne une politique fondée sur la justice sociale, la transparence, la compétence et la responsabilité. Une politique où les ressources nationales ne profitent pas à une minorité, mais deviennent le moteur du développement de toute la nation.

    La Guinée n’a pas besoin d’être divisée. Elle a besoin d’unir toutes ses compétences, toutes ses régions et toutes ses forces vives autour d’un projet de société qui place l’être humain au centre des priorités.

    Le peuple guinéen ne demande pas des privilèges. Il demande des droits. Il ne réclame pas la charité. Il réclame une gestion équitable des richesses qui lui appartiennent. Il ne demande pas des promesses sans lendemain. Il demande des résultats, de la justice et de l’espérance.

    L’heure est venue de bâtir une Guinée où chaque enfant peut apprendre, où chaque malade peut être soigné, où chaque jeune peut travailler et où chaque famille peut vivre dans la dignité.

    Parce qu’un peuple qui produit la richesse a le droit d’en récolter les fruits.

    Parce que la véritable grandeur d’une nation ne réside pas dans la quantité de ses ressources naturelles, mais dans sa capacité à transformer ces ressources en progrès, en justice et en prospérité pour tous.

    La Guinée n’a jamais manqué de richesses. Ce qui lui manque encore, c’est une gouvernance capable de transformer ces richesses en bien-être pour son peuple. C’est ce combat pour la justice, la transparence et la dignité qui doit désormais rassembler tous les Guinéens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *