Tribune – Par Aïssatou Chérif Baldé
Dans une Guinée traversée par les tensions politiques, les accusations de répression et une profonde crise de confiance entre les autorités de transition et une partie de l’opposition, cette tribune d’Aïssatou Chérif Baldé dénonce les dérives autoritaires du pouvoir conduit par Mamadi Doumbouya. L’auteure y appelle à la libération des prisonniers politiques, à la restauration de l’État de droit et à une refondation du dialogue national.
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Le clan despotique de Conakry, à la solde de pouvoirs obscurs et occultes, piloté par Mamadi Doumbouya — cet autre dévot du système-monde dominant — doit libérer les prisonniers politiques.
Libérez Habib Marouane Camara, Billo Bah, Foniké Menge Sylla, Aliou Bah, Néné Ousmane Diallo, les enfants de l’artiste guinéen Elie Kamano, le père du journaliste Babila Keita, ainsi que l’enfant de l’influenceur Damaro Camara, enlevés par vos sbires.
Au lieu de poursuivre l’humiliation, la criminalisation et la répression des opposants à un pouvoir exsangue, en bloquant toute perspective de paix et en encourageant le divisionnisme, vous devriez faire preuve de réalisme et de courage politique afin de construire une relation de confiance avec l’opposition guinéenne. La première étape serait, tout simplement, de libérer les prisonniers politiques.
À force d’opposer à vos adversaires la démagogie, la déconsidération de l’intelligence, la haine, l’ethnocentrisme politique, le divisionnisme, l’injustice, la cruauté, la corruption systématique autour des ressources minières et le populisme, dans l’espoir que de cette confrontation surgissent quelques étincelles de légitimité, vous vous heurterez tôt ou tard à l’impasse.
Car ces pratiques constituent des recours dangereux au service d’idéologies fallacieuses.
Votre politique actuelle apparaît ainsi comme le reflet d’un pouvoir cynique et brutal, engagé dans un jeu sinistre qui avilit et ruine le peuple de Guinée.
Les agissements de votre entourage et de votre gouvernement dans la gestion du dossier de la multinationale GAC — devenu un fiasco —, la banalisation de la corruption, ou encore le projet d’accord portant sur la vente de données sanitaires sensibles aux États-Unis, traduisent une même logique : celle de l’incompétence, de l’irresponsabilité et d’une absence de conscience politique héritée du coup d’État militaire du 5 septembre 2021, qui révéla aux Guinéens la face la plus inquiétante de votre pouvoir.
À travers votre projet de braquage électoral du 28 décembre 2025, vous avez introduit dans le pays l’anarchie, le désordre économique et une crise de liquidités sans fin. L’ordre institutionnel a été dérangé au point que tout semble désormais livré à la brutalité et au chaos.
Quel paradoxe pour celui qui prétendait être un libérateur.
Vous dépassez aujourd’hui l’anarchie elle-même en instaurant la loi du plus fort : celle de la violence et de la barbarie.
Or cette anarchie n’est rien d’autre qu’un aveu direct de votre incapacité à gouverner l’État guinéen. Au lieu de vous attaquer aux opposants, il vous faudrait d’abord affronter les insuffisances de votre gouvernance et les fragilités d’un État devenu défaillant.
Avec vous, ce qu’il restait de l’État guinéen s’effrite progressivement. Depuis quatre ans, vous êtes dans l’incapacité de garantir le fonctionnement normal des institutions, le maintien de l’ordre public et le respect de l’État de droit.
Cette situation favorise l’émergence d’entités gravitant autour du pouvoir et prétendant se substituer aux autorités nationales. D’où la gravité des troubles intérieurs et l’action d’une criminalité organisée portée par des réseaux militarisés.
Dès lors que les lois ne protègent plus l’État de droit contre les menaces, les violences et l’injustice, l’alternative qui demeure est celle de l’anarchie.
Face à cette dérive, l’opposition de tous les Guinéens attachés à l’unité nationale doit être profonde et déterminée.
Toutes les victimes de cette barbarie exercée par des loups désemparés d’une République sans État doivent trouver la force et le courage de résister à ces ténèbres du pouvoir destructeur guinéen.
En attendant, Mamadi Doumbouya, pris dans son propre piège politique, semble incapable de faire preuve d’humanisme.

La tribune de Aïssatou Chérif Baldé traduit le sentiment d’une partie importante de l’opposition guinéenne face à la gouvernance actuelle de Mamadi Doumbouya. Beaucoup de citoyens considèrent aujourd’hui que la transition, qui avait suscité l’espoir d’un renouveau politique après le coup d’État de 2021, s’éloigne progressivement des engagements de justice, de rassemblement national et de respect des libertés publiques.
En tant qu’opposant à cette gouvernance, on peut voir dans ce texte un appel courageux à la vigilance citoyenne et à la défense des principes fondamentaux de la démocratie. La dénonciation des arrestations arbitraires, des intimidations contre les journalistes, les activistes et les acteurs politiques, ainsi que l’affaiblissement du dialogue national, reflète une inquiétude profonde concernant l’avenir de Guinée.
La question évoquée autour d’un éventuel transfert de données sanitaires sensibles vers les États-Unis renforce également les préoccupations sur la souveraineté nationale et la protection des informations stratégiques des citoyens. Plusieurs pays africains ont déjà exprimé leur prudence ou leur refus face à certains accords internationaux jugés contraires à leurs intérêts souverains. Dans ce contexte, beaucoup de Guinéens estiment qu’aucune décision engageant les données sensibles du pays ne devrait être prise sans transparence, sans débat public et sans garanties juridiques solides pour protéger la population.
Le combat mené par Aïssatou Chérif Baldé apparaît alors, pour ses soutiens, comme une démarche de résistance démocratique et de défense des libertés fondamentales. Malgré les pressions et les tensions politiques, elle continue d’interpeller les autorités sur les dérives du pouvoir, le respect des droits humains, la justice et la nécessité d’un véritable État de droit.
Dans une démocratie, les voix critiques jouent un rôle essentiel. Elles rappellent aux gouvernants que l’autorité doit rester au service du peuple, et non devenir un instrument de peur ou de division. Beaucoup espèrent aujourd’hui que la Guinée retrouvera un climat politique apaisé, fondé sur le dialogue, la transparence, la liberté d’expression et le respect des institutions républicaines.