Guinée : que se cache-t-il derrière les élévations en grade et les décorations?

Par Aïssatou Chérif Baldé

Face à une impopularité grandissante du chef de la junte Mamadi Doumbouya et à des tensions sociales persistantes, le pouvoir militaire en Guinée multiplie promotions et distinctions au sein de l’appareil d’État. Une stratégie qui interroge, entre consolidation des loyautés et signes d’un régime fragilisé.

Dans un climat politique de plus en plus tendu en Guinée, le pouvoir du président Mamadi Doumbouya semble se crisper et son impopularité ne cesse de grandir. 

En toile de fond, des événements récents douloureux, à l’image de la disparition tragique de Toumba Diakité. Ces événements ont profondément marqué l’opinion publique et ravivé les interrogations sur la gouvernance actuelle.

Depuis plusieurs semaines, une stratégie bien rodée se dessine: promotions en cascade, élévations de grades et décorations distribuées à grande échelle, aussi bien au sein de la hiérarchie militaire que du gouvernement. L’objectif apparent semble porter clairement sur la consolidation des loyautés dans un appareil sécuritaire devenu le socle central du régime.

Mais derrière cette politique de récompense, certains signes de fragilité apparaissent tout de même. Le cas de la disparition tragique de Toumba Diakité, en est une illustration troublante. 

Certains observateurs évoquent aussi que le commandant des forces spéciales, Mouctar Kaba alias Spartacus et l’actuel ministre de la Défense nationale Aboubacar Sidiki Camara réputés proches du pouvoir seraient en froid avec le chef de la junte. 

Mamadi Doumbouya est quant à lui attendu à Paris, dans un contexte social particulièrement tendu. En Guinée, les menaces de grève des enseignants est encore d’actualité, tandis que la frustration de la population s’intensifie, alimentée notamment par le manque de liquidités, les scandales financiers, le manque de rigueur dans la gestion des fonds publics et le train de vie de l’entourage présidentiel jugé ostentatoire.

À l’étranger, la diaspora guinéenne s’organise. Des manifestations sont annoncées dans la capitale française pour dénoncer ce qui est perçu comme une dérive autoritaire et un exercice du pouvoir jugé excessif après quatre années de transition.

Cette visite, si elle se confirme, pourrait également inclure une rencontre avec le président français Emmanuel Macron. 

Certains observateurs y voient la volonté de Paris de renforcer son influence en Guinée. 

L’implantation de la multinationale Carrefour à Conakry, avec l’ouverture d’une grande surface aux prix jugés élevés dans un pays où le salaire minimum reste très bas, est citée par certains comme un symbole de cette dynamique.

Reste à savoir si Mamadi Doumbouya répondra effectivement à cette invitation, et dans quelles conditions politiques. 

Entre consolidation interne, tensions sociales latentes, soupçons de scandales financiers, restrictions visant des opposants et repositionnement diplomatique, le pouvoir guinéen semble évoluer sur une ligne de crête. Une stratégie de contrôle qui, à mesure que les contestations s’intensifient, pourrait en révéler les limites.

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