Guinée : le poison de l’exclusion et l’urgence du partage du pouvoir. 

Aïssatou Chérif Baldé 

En Guinée comme ailleurs en Afrique, l’exclusion politique et sociale nourrit les crises à répétition. Fondée sur des logiques ethniques et des représentations fallacieuses, elle fragilise les États et empêche toute stabilité durable. Il est temps de repenser le pouvoir comme un bien commun, inclusif et partagé.

Pour la stabilité de la Guinée et de l’Afrique, il est impératif de bannir le pouvoir des exclus.

Compte tenu du contexte historique et politique des États africains, une question essentielle s’impose: on se demande, comment, des dirigeants, dotés de toutes leurs facultés intellectuelles, morales et mentales, peuvent-ils recourir à des méthodes de discrimination et d’exclusion fondées sur des théories aussi fallacieuses que le racisme, la xénophobie ou l’ethnicité, afin de fabriquer des « exclus du pouvoir » ?

Plus grave encore, ces pratiques installent l’idée que l’exclu n’est rien d’autre qu’un être marginal, sans rôle essentiel dans le fonctionnement du système. On lui nie une identité pleine, une vie sociale, des liens, une intelligence stratégique, une culture, et même toute capacité à produire de la richesse. Cette déshumanisation alimente un imaginaire dangereux, où l’exclusion devient presque une norme.

C’est pourquoi, ceux qui contestent cet ordre établi sont souvent caricaturés et stigmatisés par ceux qui tiennent solidement les ficelles du système. Les enfants de l’axe en Guinée, tout comme de nombreux militants africains opposés au système françafricain perçu comme néocolonial, en font régulièrement les frais. On présente leur révolte sous un angle péjoratif, et jamais comme l’expression d’un malaise profond.

Le cas guinéen est particulièrement révélateur. Depuis l’indépendance, une poignée d’élites s’accapare du pouvoir avec virulence, orgueil et complexe de supériorité, sans jamais tirer les leçons du passé. 

Ce pouvoir, pourtant rarement créateur, proactif, rassembleur, ambitieux, est souvent préoccupé par sa pérennisation que par la construction d’un projet collectif avec un modèle de développement réorienté vers la construction d’une société démocratique ,et d’une économie, à la fois productive et inclusive, où chaque guinéen disposera d’un accès à la richesse et à son bien-être.

Dès lors, il ne faut pas s’étonner des conflits, des coups d’État militaires, des violences interethniques et de l’instabilité politique qui secouent la Guinée et tant d’autres pays africains. Car ces crises ne surgissent pas de nulle part : elles sont les symptômes d’un système profondément déséquilibré.

Certes l’histoire coloniale du continent, avec ses frontières arbitraires conçues pour entraver l’épanouissement des peuples africains, a laissé un héritage lourd de conséquence. Mais cet héritage ne peut servir indéfiniment d’alibi. Il impose au contraire une responsabilité : celle de construire des États plus justes, où le pouvoir est partagé et inclusif.

En attendant, espérons que la Guinée pourra se délivrer de ses démons et admettre qu’au-delà de ces invocations, c’est une refondation politique et morale qui s’impose. 

Car sans inclusion réelle, il ne peut y avoir ni paix durable, ni développement véritable.

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