Guinée-Mamadi Doumbouya reprend-il enfin la main sur son pouvoir ?
Limogeages de ministres, visites de chantiers et déplacement sur les lieux du drame de Dar-es-Salam : depuis son retour de Grèce, Mamadi Doumbouya affiche une présence inhabituelle sur le terrain. Cette nouvelle séquence politique nourrit les interrogations sur une possible reprise en main d’un appareil d’État souvent accusé d’avoir échappé au contrôle du sommet du pouvoir.
Par Aissatou Chérif Baldé
La visite effectuée par Mamadi Doumbouya sur le site du sinistre de Dar-es-Salam, hier samedi 29 août à Conakry, où plus de trente personnes ont trouvé la mort, n’est pas passée inaperçue. Au-delà de l’émotion suscitée par le drame, ce déplacement s’inscrit dans une série d’initiatives qui semblent traduire un changement de cap au sommet de l’État.
Depuis son retour de Grèce, le président de la transition Mamadi Doumbouya multiplie des prises de décisions inhabituelles. En l’espace de quelques jours, deux ministres ont été limogés, plusieurs chantiers ont reçu sa visite et son agenda public a considérablement changé.
Un changement qui contraste avec l’attitude observée au cours des cinq dernières années.
Car depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2021, Mamadi Doumbouya a souvent été critiqué pour son indifférence, son silence assourdissant lors des grandes tragédies nationales. L’explosion du dépôt de carburant de Coronthie, le drame du stade de N’Zérékoré ou encore l’éboulement de Maneah ont marqué l’opinion publique autant par leur ampleur que par l’absence remarquée du chef de l’État sur les lieux des événements.
Cette distance et silence absurde ont progressivement nourri l’idée d’un pouvoir exercé à travers des intermédiaires ou géré plutôt par un entourage vorace et incompetent. Dans les milieux politiques comme au sein d’une partie de l’opinion, beaucoup ont estimé que cette situation avait favorisé l’émergence de centres d’influence parallèles autour du pouvoir. Des accusations de favoritisme, de clientélisme et de mauvaise gouvernance se sont alors multipliées, alimentant le sentiment d’un État dont certains rouages échappaient ou échappent encore au contrôle effectif du chef de la junte militaire guinéenne.
C’est dans ce contexte que les récentes initiatives de Mamadi Doumbouya prennent une signification particulière. En affichant davantage sa présence sur le terrain et en sanctionnant certains responsables, le chef de la transition donne l’impression de vouloir rappeler que l’autorité politique demeure concentrée entre ses mains.
Pour autant, la portée réelle de cette inflexion reste à démontrer. Les visites officielles et les décisions ponctuelles peuvent envoyer un signal fort, mais elles ne suffisent pas à elles seules à corriger des pratiques installées depuis plusieurs années. Et surtout lorsque ces initiatives donnent toujours l’impression qu’il agit en fonction des humeurs des réseaux sociaux et que sa préoccupation majeure est de chercher à déconstruire, les accusations et critiques des leaders d’opinion des Guinéens très actifs sur les réseaux sociaux.
La question centrale demeure surtout celle de la capacité du pouvoir à s’attaquer aux réseaux d’intérêts qui prospèrent dans l’administration et qui sont régulièrement dénoncés par les citoyens.
Le déplacement de Dar-es-Salam pourrait ainsi constituer davantage qu’un simple acte de compassion superficielle. Il pourrait marquer le début d’une nouvelle phase politique, caractérisée par une implication plus directe du chef de l’État dans la gestion des affaires publiques.
Mais pour convaincre, cette volonté devra se traduire par des actes durables et des réformes visibles. Car reprendre la main sur le pouvoir implique aussi de s’attaquer aux dysfonctionnements qui se sont développés au sein même de l’entourage présidentiel. Accepter de commencer à assainir autour de lui.
C’est à cette allure que sera jugée la portée du changement observé depuis plusieurs semaines.
