GUINÉE | CATASTROPHE DE DAR-ES-SALAM

Guinée : après le drame de Dar-es-Salam, les déguerpissements déclenchent la polémique et indignent. 

Quelques jours après l’éboulement meurtrier de la décharge de Dar-es-Salam à Conakry, les autorités ont lancé des opérations de déguerpissement dans les zones à risque. Une décision justifiée au nom de la sécurité publique, mais vivement contestée par des acteurs de la société civile et de l’opposition qui dénoncent l’absence de mesures de relogement et d’indemnisation pour les familles touchées.

Vue de la zone de Dar-es-Salam après l’éboulement]

Légende : Des habitations situées à proximité de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, où un éboulement meurtrier a fait plus d’une trentaine de victimes selon les premiers bilans. Les opérations de déguerpissement engagées après le drame suscitent une vive controverse.

Quelques jours après l’éboulement meurtrier survenu à la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Matoto à Conakry, les autorités guinéennes ont engagé des opérations de déguerpissement dans les zones considérées comme à risque. Présentée comme une mesure de sécurité destinée à prévenir de nouvelles pertes humaines, la décision provoque cependant une vive controverse au sein de l’opinion publique et de la société civile.

Le drame, qui a coûté la vie à plus d’une trentaine de personnes selon les premiers bilans, a remis en lumière les dangers liés à l’occupation de secteurs exposés autour de la plus grande décharge de la capitale. Dans la foulée, les autorités ont ordonné l’évacuation et la démolition de plusieurs habitations situées sur le site concerné ou à proximité.

Des expulsions contestées

Si la nécessité de sécuriser les lieux fait largement consensus, les conditions de mise en œuvre des déguerpissements suscitent de nombreuses interrogations. Plusieurs acteurs de la société civile, de l’opposition et observateurs dénoncent l’absence de mesures d’accompagnement pour les familles concernées. Selon eux, aucune solution de relogement durable ni aucun mécanisme clair d’indemnisation n’ont été annoncés à ce stade.

Pour les critiques, la question dépasse le seul impératif de sécurité. Ils estiment que les populations touchées, déjà éprouvées par la catastrophe, risquent désormais de se retrouver sans abri et sans soutien suffisant.

« Protéger les habitants ne peut pas signifier les laisser sans solution », résume un acteur associatif impliqué dans le suivi de la situation, mais qui a préféré garder l’anonymat pour se protéger d’éventuelles représailles.

La question des responsabilités

La gestion du dossier alimente également un autre débat : celui des responsabilités. Alors que les opérations de déguerpissement occupent le devant de la scène, le mouvement politique Alliance du Peuple pour le Changement exige l’ouverture d’enquêtes approfondies afin de déterminer les éventuelles défaillances ayant contribué au drame.

Le mouvement demande que les responsabilités pénales, civiles, administratives, techniques ou politiques soient établies, dans un souci de transparence et de prévention.

Une crise révélatrice de difficultés structurelles

Au-delà de l’événement, l’affaire met en évidence les fragilités persistantes de l’urbanisation à Conakry. La pression démographique, l’occupation progressive de zones dangereuses, l’insuffisance de la planification urbaine et le déficit de logements accessibles constituent depuis longtemps des défis majeurs pour les pouvoirs publics.

Les opposants au pouvoir, parmi lesquels la présidente de l’Alliance du Peuple pour le Changement, Aissatou Chérif Baldé, rappellent que les autorités de transition avaient annoncé plusieurs projets de réforme dans le secteur de l’habitat, notamment des programmes de logements sociaux destinés aux ménages à faibles revenus. Ils estiment que les avancées concrètes restent limitées face à l’ampleur des besoins.

Relogement, indemnisation et accompagnement social

Dans l’immédiat, la priorité demeure le sort des familles concernées par les expulsions. Le mouvement politique Alliance du Peuple pour le Changement, ainsi que plusieurs autres acteurs de la société civile, plaident pour la mise en place rapide d’un dispositif associant relogement, assistance sociale et indemnisation avant toute poursuite des opérations.

Selon eux, la réponse à la catastrophe ne peut se limiter à l’évacuation des zones à risque ; elle doit également garantir la protection des droits et de la dignité des populations affectées.

Le dossier de Dar-es-Salam place ainsi les autorités face à un défi complexe : assurer la sécurité des habitants tout en apportant une réponse sociale à la hauteur d’une tragédie qui a frappé parmi les populations les plus vulnérables de la capitale guinéenne.

Pour plusieurs observateurs critiques du pouvoir, les mesures annoncées jusqu’à présent restent insuffisantes au regard de l’ampleur de la crise, alimentant les doutes sur la capacité des autorités à répondre durablement aux défis mis en lumière par cette catastrophe.

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