Par Aissatou cherif Balde
Longtemps reléguée au second plan de l’actualité internationale, la Guinée fait désormais l’objet d’une attention particulière de plusieurs grands médias européens. L’article de Mondafrique intitulé « Guinée, un pays qui navigue à la godille », publié le 25 août 2026, s’inscrit dans une série d’analyses critiques des médias Mainstreams occidentaux consacrées au pouvoir du général Mamadi Doumbouya. Entre tensions au sommet de l’État, radiation des militaires, disparitions forcées, corruption et limogeage des proches, inquiétudes sur la stabilité de l’armée et restrictions de l’espace politique, cette couverture médiatique traduit une évolution du regard occidental sur la transition guinéenne.
D’une bienveillance prudente à une critique assumée
Après le coup d’État du 5 septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, une partie de la presse occidentale avait observé avec prudence l’arrivée au pouvoir du colonel Mamadi Doumbouya. Le discours de rupture avec les pratiques de l’ancien régime, la promesse d’une transition apaisée avec un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la lutte affichée contre la corruption avaient alors suscité une certaine attente et beaucoup d’espoir.
Cinq ans plus tard, le ton a changé. Les médias français, allemands et britanniques mettent davantage l’accent sur les dérives autoritaires du régime, les restrictions des libertés publiques, l’exil de plusieurs opposants ainsi que les interrogations concernant la concentration du pouvoir autour du chef de l’État.
L’article de Mondafrique, preuve d’un changement de regard
Dans son analyse du 25 août 2026, Mondafrique dresse le portrait d’un État fragilisé par plusieurs crises simultanées. Le média revient notamment sur le drame de la décharge de Dar-es-Salam à Conakry, dont l’effondrement a causé plusieurs dizaines de morts, en soulignant l’inaction des autorités malgré des alertes anciennes. L’article évoque également des limogeages inattendus au sein du gouvernement, des tensions dans l’appareil militaire et les interrogations entourant l’état de santé du président Doumbouya et ses relations avec les pays voisins et la CEDEAO, dans le dossier de la reconversion de la monnaie coloniale FCFA en une autre monnaie dénommée toujours sous tutelle de la France.
Le texte ne se limite pas à relater des événements. Il fait une lecture politique profonde de la situation actuelle du pays où l’accumulation de crises apparaît comme le signe d’un affaiblissement progressif du pouvoir militaire et d’une gouvernance jugée de plus en plus imprévisible.
Les inquiétudes autour de la stabilité du régime
Cette analyse rejoint d’autres publications récentes. Le Monde a consacré plusieurs enquêtes aux tensions internes de l’armée guinéenne, aux rumeurs concernant la santé du président et aux rivalités au sein des forces spéciales qui constituent le principal socle du pouvoir actuel.
De son côté, la Deutsche Welle a relevé les spéculations persistantes autour de l’absence temporaire du chef de l’État lors de ses vacances à l’étranger ainsi que les déclarations inhabituelles de loyauté émises par l’armée, perçues comme le signe d’un climat politique tendu.
Des enjeux géopolitiques plus larges
L’intérêt croissant des médias occidentaux ne s’explique pas uniquement par la situation interne du pays. La Guinée occupe une place stratégique en Afrique de l’Ouest grâce à ses immenses ressources minières, notamment la bauxite indispensable à l’industrie mondiale de l’aluminium.
Dans un contexte marqué par les bouleversements géopolitiques au Sahel, les tensions entre la CEDEAO et les régimes militaires de la région, ainsi que la concurrence croissante entre puissances occidentales, chinoises et russes, l’évolution politique en Guinée est observée avec une attention particulière.
Entre vigilance démocratique et lecture politique
Pour les défenseurs du régime, cette multiplication des critiques médiatiques traduit parfois une forme de sélectivité médiatique des médias occidentaux en Afrique. Certains estiment que les succès économiques ou les investissements massifs dans les infrastructures sont moins relayés que les controverses politiques.
À l’inverse, les observateurs critiques considèrent que la couverture actuelle reflète simplement l’accumulation de signaux préoccupants : rétrécissement de l’espace politique, disparition ou exil de figures de l’opposition, tensions sécuritaires et personnalisation du pouvoir.
Une bataille de récits
Au-delà des faits, la Guinée est désormais au cœur d’une bataille médiatique internationale. Le pouvoir met en avant la stabilité, les grands projets et la souveraineté nationale. Une partie de la presse internationale insiste davantage sur les fragilités institutionnelles et les risques de dérive autoritaire.
L’article de Mondafrique illustre cette évolution du regard médiatique occidental sur la junte militaire guinéenne. Il marque le passage d’une phase d’observation prudente à une phase d’interrogation critique sur la capacité du régime de Mamadi Doumbouya à garantir durablement la stabilité politique, institutionnelle et démocratique du pays.
Sources :
- Mondafrique – « Guinée, un pays qui navigue à la godille »
- Le Monde – « En Guinée, le retour de vacances de Mamadi Doumbouya ne suffit pas à faire taire les doutes sur sa capacité à tenir le pouvoir »
- Le Monde – « En Guinée, le retour de vacances de Mamadi Doumbouya ne suffit pas à faire taire les doutes sur sa capacité à tenir le pouvoir »
- Der Spiegel – « Guinea: Mindestens 30 Tote nach Erdrutsch auf Müllkippe in Conakry »
- BBC News – « Guinea landfill collapse: dozens killed after dump site gives way in Conakry »
