Par Aïssatou Chérif Baldé
Alors que la Guinée continue d’accumuler les crises et les drames humains, le pouvoir militaire donne l’impression d’un État déconnecté des réalités vécues par la population. Derrière Mamadi Doumbouya, des hommes influents auraient installé un système fondé sur l’autocratie, l’opacité et la spoliation des fonds publics, la protection de l’intérêt personnel au détriment de l’intérêt général. Une gouvernance qui, selon ses détracteurs, empêche les citoyens intègres de contribuer au développement du pays et condamne la nation à l’immobilisme.
La mission première d’un État est de protéger ses citoyens, de garantir leurs droits et de créer les conditions de leur épanouissement. En Guinée, cette évidence semble pourtant avoir été renversée. Ce qui, ailleurs, apparaîtrait comme une dérive inacceptable est désormais présenté comme une normalité par certains proches du pouvoir, notamment Djiba Diakité et Amara Camara.
Pour cet entourage influent, l’État semble avoir pour vocation d’empêcher les bons citoyens de vivre dignement, de prospérer et de participer pleinement à la construction nationale. C’est dans cette logique que s’inscrit l’attitude du pouvoir face aux tragédies qui frappent régulièrement le pays. À chaque drame national, Mamadi Doumbouya demeure retranché dans son palais, donnant l’image d’un dirigeant indifférent à la souffrance des victimes. L’éboulement meurtrier survenu à Dar-es-Salam, ce samedi 23 août, en est une illustration parfaite.
Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, l’appareil d’État semble davantage mobilisé à freiner les cadres intègres et patriotes tout en empêchant la valorisation des compétences. Ceux qui portent une vision de développement fondée sur des objectifs clairs à moyen et long terme peinent à trouver leur place dans un système qui privilégie la loyauté clanique à la compétence.
Près de soixante-huit ans après son indépendance, la Guinée continue de tâtonner. Cette situation est alimentée par des responsables qui auraient choisi d’enfermer Mamadi Doumbouya dans une bulle de mensonges et d’illusions. Amara Camara et Djiba Diakité sont régulièrement cités parmi ceux qui contribueraient à l’éloigner des réalités du terrain afin de mieux consolider leur influence sur les rouages du pouvoir.
Le résultat est celui d’un État inachevé, marqué par des pratiques néo-patrimonialistes où les entrepreneurs politiques, les médiocres, les imposteurs et les professionnels du mensonge occupent le devant de la scène.
Dans un tel environnement, la vie du citoyen guinéen demeure intimement liée à la précarité, à l’indignité et à l’absence de perspectives.
La cohérence, la transparence, la rigueur et le respect des règles semblent avoir cédé la place au bricolage permanent, à l’improvisation et au contournement des lois. Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à voir la transition démocratique s’enliser ni à constater que certains responsables publics ou opérateurs économiques considèrent l’État comme une source inépuisable d’enrichissement.
Dans ce contexte, les accusations visant des figures comme Mory Condé, Mourana Soumah, Aboubacar Camara, Djiba Diakité ou Amara Camara trouvent un écho particulier auprès d’une opinion publique lassée par les scandales et les soupçons de prédation. Pour de nombreux observateurs critiques, l’État est progressivement devenu un système d’exploitation organisé au profit d’une minorité privilégiée.
Quant à Mamadi Doumbouya, il apparaît incapable ou peu disposé à rompre avec cet entourage qu’une partie de l’opinion considère comme incompétent, autocratique, antisocial, hostile au développement et porteur de divisions. Tant que cette rupture n’interviendra pas, la Guinée risque de demeurer prisonnière d’un modèle de gouvernance qui étouffe ses forces vives et éloigne chaque jour davantage l’espoir d’un véritable renouveau national.
