Guinée : pourquoi la lutte contre la corruption exige d’abord l’exemplarité de Mamadi Doumbouya?

Par Aïssatou Chérif Baldé

En réaffirmant, le 21 août 2026, que « personne n’est au-dessus de la rigueur républicaine », le président Mamadi Doumbouya a une nouvelle fois promis une lutte sans concession contre la corruption. Mais après près de cinq années de transition, de nombreux Guinéens sont las de ces déclarations. Pour être crédible, ce combat doit d’abord se traduire par une exigence d’exemplarité au sommet de l’État et au sein de l’entourage présidentiel.

La lutte contre la corruption ne peut être crédible sans que ceux qui l’incarnent fassent eux-mêmes preuve d’exemplarité. C’est cette principale leçon que l’on arrive pas à tirer du message publié hier sur la page officielle Facebook du président Mamadi Doumbouya, à l’occasion de son retour au pays et dans la foulée du limogeage de deux ministres, Mory Condé et Mourana Soumah. En affirmant que sa main « ne tremblera pas » face à la corruption et que « l’exigence d’exemplarité s’applique à tous », le chef de l’État reprend un engagement qu’il répète depuis son accession au pouvoir le 5 septembre 2021.

Le problème se situe surtout au niveau du caractère répétitif du discours. Car depuis cinq ans, Mamadi Doumbouya ne fait que se répéter et on a comme l’impression qu’il prêche dans le désert, puisque les détournements qui se chiffrent en des millions de dollars continuent. Les Guinéens entendent les mêmes promesses de fermeté, les mêmes déclarations de tolérance zéro et les mêmes appels à la moralisation de la gestion publique. Pourtant, une partie importante de l’opinion peine encore à voir les résultats concrets de cette volonté affichée sur le terrain.

La lutte contre la corruption est certes présentée comme l’un des piliers de la Refondation. Mais dans le même temps, plusieurs affaires de détournement présumé de deniers publics ont éclaté sous la transition.

L’affaire des plus de 700 milliards de francs guinéens présumés détournés à la Direction générale des douanes, les accusations visant l’ancien receveur communal de Matoto ou encore le dossier du Patrimoine bâti public ont alimenté les interrogations sur l’efficacité réelle des mécanismes de contrôle et de répression. À chaque révélation, la même question revient avec insistance : comment combattre durablement la corruption lorsque des scandales financiers continuent d’émerger au cœur même de l’appareil d’État ?

C’est précisément à ce niveau que se pose la question de l’exemplarité. Aucun combat contre la corruption ne peut prospérer si l’opinion publique a le sentiment que certains responsables ou certains opérateurs économiques bénéficient d’une forme de protection politique ou administrative. La crédibilité d’une telle lutte repose d’abord sur la capacité du pouvoir à appliquer les mêmes règles à tous, sans distinction, y compris à ses proches collaborateurs et à ceux qui gravitent autour du sommet de l’État.

Dans plusieurs de ses analyses consacrées à la gouvernance publique en Guinée, la journaliste Aïssatou Chérif Baldé a souligné l’importance de la cohérence entre les discours officiels et les actes. Car la lutte contre la corruption ne se mesure pas à la force des déclarations. Elle se mesure au nombre des poursuites engagées, aux condamnations obtenues, à la récupération effective des fonds détournés et à la capacité des institutions à agir sans interférence.

Après près de cinq années de transition, le discours présidentiel sur la corruption reste inchangé : fermeté, tolérance zéro et exigence de moralisation des services publics. Ces principes sont difficilement contestables. Mais leur répétition ne suffit plus à convaincre une population confrontée à des révélations récurrentes sur la mauvaise gestion des ressources publiques.

Aujourd’hui, l’attente des citoyens est simple. Si Mamadi Doumbouya veut faire de la lutte contre la corruption l’un des principaux résultats de son passage à la tête de l’État, il lui revient de commencer par lui-même et par son entourage politique, économique et administratif. L’exemplarité doit être visible, constante et appliquée sans exception. Elle doit également se traduire par une réelle liberté d’action laissée aux institutions chargées de lutter contre les infractions économiques et financières, notamment la CRIEF.

Le défi n’est donc plus de multiplier les déclarations de principe. Les Guinéens ont entendu ce discours à plusieurs reprises depuis 2021. Ce qu’ils attendent désormais, ce sont des actes. Des actes qui démontrent que la lutte contre la corruption n’est pas un slogan politique mais une réalité institutionnelle. Des actes qui prouvent que nul n’est au-dessus de la loi. Des actes, enfin, capables de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

Car en matière de gouvernance publique, l’exemplarité ne se proclame pas. Elle se vit.

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