Par Aïssatou Chérif Baldé, géopolitologue
À la suite des déclarations du général Amara Camara sur la paix et la stabilité comme fondements du développement de la Guinée, Aïssatou Chérif Baldé défend une thèse complémentaire : la stabilité ne peut être durable sans démocratie, justice indépendante, État de droit et bonne gouvernance. Elle estime que la consolidation des institutions républicaines demeure la condition essentielle pour bâtir une paix véritable et un développement inclusif.
Analyse politique
Le texte s’inscrit dans un débat classique de la science politique portant sur le lien entre stabilité politique et gouvernance démocratique. D’un côté, les autorités de transition mettent souvent en avant la nécessité de préserver l’ordre, la sécurité et la stabilité afin de créer les conditions favorables au développement économique. De l’autre, les défenseurs de la démocratie considèrent que la stabilité ne peut être durable lorsqu’elle n’est pas accompagnée de mécanismes institutionnels garantissant les libertés, la justice et la participation citoyenne.
En réagissant aux propos du général Amara Camara, Aïssatou Chérif Baldé ne conteste pas l’importance de la paix et de la stabilité. Elle remet plutôt en question l’idée selon laquelle celles-ci pourraient être obtenues indépendamment de la qualité de la gouvernance. Son argument repose sur le constat que les frustrations politiques, les inégalités, l’absence de transparence et la faiblesse des institutions constituent souvent des facteurs d’instabilité à moyen et long terme.
Le texte accorde une place centrale au retour à l’ordre constitutionnel. Cette référence traduit la conviction que la légitimité politique repose avant tout sur des institutions élues, légitimes et sur le respect des règles constitutionnelles. Dans cette perspective, l’armée est appelée à se recentrer sur ses missions régaliennes de défense du territoire national, tandis que les autorités civiles doivent assumer pleinement la conduite des affaires publiques.
L’analyse proposée insiste également sur la nécessité de renforcer l’unité nationale dans un pays marqué par une forte diversité régionale, ethnique, culturelle et sociale. L’auteure considère que la cohésion sociale ne peut être consolidée que par l’inclusion de toutes les composantes de la société dans le processus politique et dans la répartition des opportunités économiques.
Un autre axe majeur concerne la réforme de l’État. Le texte plaide pour une séparation effective des pouvoirs, le renforcement des organes de contrôle, l’évaluation des performances de l’administration et l’application rigoureuse du principe de reddition des comptes. Ces mesures sont présentées comme des instruments indispensables pour lutter contre les abus, améliorer l’efficacité de l’action publique et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
La question de la justice occupe également une place importante. Aïssatou Chérif Baldé estime qu’une paix durable ne peut exister sans une justice indépendante capable de garantir l’égalité de tous devant la loi. Cette approche rejoint les principes de l’État de droit, selon lesquels les institutions doivent fonctionner selon des règles impartiales plutôt qu’en fonction des rapports de force politiques.
Enfin, le texte développe une vision du développement fondée sur l’inclusion économique et sociale. Il ne s’agit pas seulement de produire davantage de richesses, mais de permettre à chaque citoyen d’accéder aux fruits de la croissance et d’améliorer ses conditions de vie. Dans cette logique, démocratie, bonne gouvernance et développement apparaissent comme des objectifs complémentaires et non comme des priorités concurrentes.
Au-delà de la critique adressée aux autorités, cette tribune constitue donc un plaidoyer en faveur d’une refondation institutionnelle reposant sur la démocratie, la transparence, la justice et la participation citoyenne. Son message principal est que la paix ne se réduit pas à l’absence de conflit ou de contestation. Elle suppose aussi l’existence d’institutions crédibles, d’une gouvernance responsable et d’un contrat social accepté par l’ensemble des citoyens.
