Guinée : Condamnation de Bella Bah, preuve d’une justice à deux vitesses ?

Par AAissatou Cherif Baldé

La condamnation de l’enseignant et activiste Abdourahmane Bella Bah continue de susciter des réactions en Guinée. Pour ses soutiens, cette décision illustre une justice à deux vitesses, marquée par une sévérité envers les voix critiques du pouvoir et une grande tolérance envers certains soutiens du régime.

Finalement, l’enseignant et activiste Abdourahmane Bella Bah, arrêté il y a quelques jours à Conakry, a été condamné à six mois de prison, dont cinq avec sursis, pour injures et diffamation visant l’imam Salif Camara de la Grande Mosquée de Conakry. Il devra également payer une amende de 40 millions de francs guinéens. Son compte Facebook a été supprimé. La défense a annoncé son intention de faire appel.

Pour de nombreux observateurs critiques du pouvoir, cette condamnation constitue une nouvelle preuve que la Guinée fait face à une justice à deux vitesses. Selon eux, il existe une justice empreinte de sentences sévères pour ceux qui sont opposés au pouvoir et une autre justice, beaucoup plus permissive, pour ceux qui soutiennent le régime.

Car si nous sommes d’accord qu’offenser ou injurier les sages, ou toute autre personne d’ailleurs, est condamnable, une question demeure : pourquoi ceux qui vont encore plus loin en insultant toute une communauté semblent-ils échapper à la justice ? Si Bella Bah a été condamné, alors le principe d’équité devrait s’appliquer à tous, sans distinction. La justice ne gagne en crédibilité que lorsqu’elle traite chacun avec la même rigueur.

Pour les défenseurs de cette thèse, cette sentence rappelle que, sous le régime militaire guinéen actuel, ceux qui sont proches du pouvoir bénéficient de la largesse d’une justice sélective et d’un traitement préférentiel. Ils estiment que certaines personnalités profitent d’une forme d’impunité malgré des propos injurieux, diffamatoires ou à caractère ethniciste régulièrement tenus sur les réseaux sociaux.

Selon cette lecture des faits, alors que certains citoyens sont poursuivis et condamnés pour leurs déclarations, d’autres bénéficieraient d’un véritable tapis rouge malgré la gravité des propos qui leur sont reprochés. Les critiques du pouvoir dénoncent également l’influence supposée de certaines personnalités politiques dans ce qu’ils considèrent comme un système de protection accordé à des soutiens du régime.

Au-delà du cas Bella Bah, cette affaire relance ainsi le débat sur l’impartialité de la justice guinéenne. Pour ses détracteurs, la justice actuelle demeure sélective, absurde dans son fonctionnement et éloignée des principes d’égalité devant la loi et de démocratie. Ils estiment que seule une application équitable de la loi à tous les citoyens permettra de restaurer la confiance dans les institutions judiciaires du pays.

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