Pourquoi le couple Doumbouya refuse-t-il aux Guinéens la protection de la vie humaine qu’il a connue en France?

Chronique politique | Entre le maintien de l’ordre en France et la répression des manifestations en Guinée, le contraste soulève une question fondamentale sur le respect des libertés publiques sous le pouvoir de Mamadi Doumbouya.

Par Aïssatou Chérif Baldé 

 FRANCE : plus de 110 000 personnes ont défilé samedi dans les rues de Paris contre la vie chère. Des vols et des pillages ont été signalés dans plusieurs villes françaises. Des vitrines ont été fracturées pour dérober du matériel électronique facilement transportable et revendable, notamment à Paris, Marseille, Lyon et Nice. Plusieurs magasins Monoprix ont également été pillés, tout comme les restaurants McDonald’s. À Marseille, des groupes s’en sont même pris à des commerces vendant des produits de première nécessité, notamment du pain et des gâteaux. Au moins 400 personnes ont été interpellées, dont 195 à Paris.

Un manifestant est également décédé à Paris à la suite d’un arrêt cardiorespiratoire. Il avait fait un malaise à hauteur du boulevard Magenta, dans le 10ᵉ arrondissement. Ce décès rappelle que les circonstances entourant les manifestations doivent être examinées avec rigueur et que la protection de la vie humaine demeure une exigence fondamentale.

Ces événements survenus en France soulèvent une question politique majeure lorsqu’on les transporte sur la situation guinéenne.

Si des manifestations de cette ampleur se déroulaient en Guinée, dans un pays dirigé par un ancien légionnaire français, Mamadi Doumbouya, et son épouse française, qui a servi dans la gendarmerie, quel serait le bilan humain, particulièrement sur l’Axe, considéré comme un fief de l’opposition ?

La question mérite d’être posée au regard des restrictions imposées aux manifestations en Guinée depuis le coup d’État militaire du 5 septembre 2021, mais aussi des enlèvements forcés et des assassinats ciblés d’opposants dénoncés dans le pays.

Le plus troublant est que le couple Doumbouya connaît les institutions françaises et les principes qui encadrent les libertés publiques en France. Tous deux ont servi l’État français et ont ainsi évolué dans un environnement où le droit de manifester et la protection de la vie humaine constituent des enjeux essentiels de l’État de droit.

Pourquoi les principes de protection des citoyens et de respect des libertés publiques qu’ils ont connus en France ne seraient-ils pas également applicables aux Guinéens ?

Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités guinéennes sont confrontées à de graves critiques concernant les restrictions du droit de manifester, les disparitions forcées et les violences visant des opposants politiques.

Le contraste est saisissant : en France, des milliers de personnes peuvent descendre dans la rue pour exprimer leur colère contre la vie chère, tandis qu’en Guinée, l’exercice du droit de manifester demeure fortement entravé.

Il ne s’agit pas de nier les violences commises lors des manifestations françaises ni de minimiser la gravité du décès survenu à Paris. Il s’agit de rappeler que la protection de la vie humaine ne doit dépendre ni de la nationalité des citoyens, ni de leurs opinions politiques, ni de leur appartenance à une zone réputée favorable à l’opposition.

La vie d’un Français aurait-elle plus de valeur que celle d’un Guinéen aux yeux de ceux qui gouvernent la Guinée ?

Une question à laquelle le couple Doumbouya doit répondre par des actes, et non par des discours.

Car les droits fondamentaux ne peuvent être considérés comme des privilèges réservés à certains peuples. Ils sont universels.

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