L’interdiction de France 24 en Guinée par la Haute Autorité de la Communication (HAC) ravive une controverse politique sensible : celle de la qualification du pouvoir de Mamadi Doumbouya. Alors que les autorités dénoncent des propos jugés offensants à l’égard du chef de l’État, certains observateurs estiment que l’ancien chef du Groupement des forces spéciales ne peut échapper à une réalité historique et politique qui continue de nourrir le débat sur sa légitimité.
Par Aïssatou Chérif Baldé
La Haute Autorité de la Communication (HAC) a décidé, ce jeudi 17 septembre 2026, d’interdire avec effet immédiat la diffusion de la chaîne de télévision internationale France 24 sur l’ensemble du territoire guinéen. Cette mesure intervient au lendemain d’une mise en demeure adressée à la chaîne, à laquelle l’organe de régulation reproche notamment le maintien de propos jugés attentatoires à la dignité du chef de l’État, Mamadi Doumbouya.
Dans la même décision, la HAC ordonne le retrait des accréditations des correspondants et collaborateurs de France 24 en Guinée. Elle demande également à l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) de bloquer les accès numériques à la chaîne, tandis que Canal+ Guinée est sommé de suspendre sa diffusion.
Cette réaction a conduit France 24 à réclamer des excuses officielles aux autorités guinéennes. Une demande qui, visiblement, n’a fait qu’accentuer la colère du pouvoir.
Pourtant, lorsqu’on se réfère aux principes et aux règles du jeu démocratique, une question demeure : pourquoi Mamadi Doumbouya semble-t-il si choqué par l’utilisation du terme « putschiste » à son endroit ?
Les faits historiques sont connus. Le 5 septembre 2021, il accède au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire qui renverse le président Alpha Condé. À ce titre, il demeure, pour nombre d’analystes et d’acteurs politiques, un dirigeant issu d’un putsch militaire.
Mais la controverse ne s’arrête pas là. Depuis le 28 décembre 2025, ses détracteurs considèrent qu’il aurait également opéré ce qu’ils qualifient de « un coup d’État civill », en conservant le pouvoir malgré des engagements antérieurs devant à un retour à l’ordre constitutionnel et à une transition limitée dans le temps qui allait aboutir par son départ.
Pour ces critiques, il ne s’agit plus seulement d’un coup de force militaire initial, mais d’une confiscation du pouvoir à travers un processus politique et institutionnel qui aurait dévoyé l’esprit de la transition.
Dans cette lecture des événements, la démocratie se trouve progressivement réduite à une mise en scène du pouvoir. La politique se transforme en spectacle visuel où l’image du dirigeant occupe une place centrale, tandis que les citoyens sont relégués au rôle de simples spectateurs. Le vote, lui, perdrait sa fonction d’expression souveraine pour se rapprocher d’un plébiscite centré sur la personne du chef de l’État.
Dès lors, une interrogation persiste dans le débat public : si l’accession au pouvoir s’est faite par un coup d’État militaire et si la transition est perçue par certains comme ayant débouché sur une prolongation contestée de l’exercice du pouvoir, pourquoi l’appellation de « putschiste » suscite-t-elle une telle indignation au sommet de l’État guinéen ?
