Guinée : agitation au sommet de l’État, le pouvoir sous tension

Tensions diplomatiques, crispations institutionnelles, contrôle accru de l’espace public et polémique autour de la liberté de la presse : plusieurs événements récents nourrissent l’idée d’un pouvoir de plus en plus sur la défensive en Guinée. Pour certains observateurs, ces signaux traduisent une inquiétude et une agitation croissante au sommet de l’État.

Par La Rédaction


Une visite en Côte d’Ivoire sur fond de refroidissement diplomatique

Depuis son intervention récente en Sierra Leone lors du dernier sommet de la CEDEAO, où il aurait exprimé son opposition aux sanctions visant certains régimes militaires et exprimé ses réserves vis-à-vis du projet de monnaie régionale ECO soutenu notamment par Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, les relations entre Mamadi Doumbouya et le président ivoirien semblent s’être refroidies.

La visite effectuée par le chef de la junte en Côte d’Ivoire, le vendredi 11 septembre 2026, apparaît ainsi comme une tentative de décrispation. Mais plusieurs détails protocolaires ont laissé place aux interrogations. Tout portait à croire que l’arrivée de Mamadi Doumbouya ne figurait pas dans l’agenda officiel de la présidence ivoirienne. À sa descente d’avion, il a été accueilli par la présidente du Sénat ivoirien, loin des honneurs habituellement réservés à un chef d’État. Il faudra attendre le dimanche 13 septembre pour qu’une rencontre ait finalement lieu avec Alassane Ouattara, non pas au palais présidentiel, mais dans une autre résidence extérieure.

Ces éléments, mis bout à bout, nourrissent les spéculations sur l’existence de divergences profondes entre les deux dirigeants.


À Conakry, les signes d’un pouvoir en alerte maximale 

À Conakry, d’autres signaux alimentent également le débat. Depuis son retour de Grèce, Mamadi Doumbouya semble évoluer dans un climat marqué par une vigilance accrue. Selon plusieurs sources, la démolition des immeubles situés autour de l’aéroport international de Conakry répondrait à des préoccupations sécuritaires liées à la préservation du pouvoir en place et à la prévention de toute tentative de déstabilisation.

Dans le même temps, la décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC), dirigée par Boubacar Yacine Diallo, de mettre en demeure France 24 après la diffusion d’un journal télévisé le 15 septembre, a suscité de nombreuses réactions. L’autorité reproche à la chaîne française l’usage d’un qualificatif jugé inapproprié pour désigner Mamadi Doumbouya, car selon eux Mamadi Doumbouya ne devrait plus être considéré comme un putschiste.

Pour les partisans de cette décision, il s’agit de défendre l’image et la légitimité des institutions guinéennes. Pour ses détracteurs, elle traduit surtout une nervosité croissante du pouvoir face aux critiques venues de l’étranger.


La transition politique au cœur de la controverse

Au cœur de la controverse demeure la question de la transition politique. Les opposants à Mamadi Doumbouya l’accusent d’avoir renié les engagements initiaux pris au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021. Donc il reste à leurs yeux un putschiste et surtout un président mal élu. Pour l’opposition, après l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’un processus électoral destiné à permettre sa candidature constituent une rupture avec l’esprit même de la transition et permet donc à ce qu’il soit appelé putschiste.

Le chef de la junte a adopté cependant une approche singulière. Plutôt que de modifier la Charte de la transition, il choisit de promouvoir un nouveau texte fondamental soumis au référendum. Une démarche présentée par ses soutiens comme l’expression de la souveraineté populaire.

Mais ses adversaires y voient au contraire une stratégie politique habile destinée à obtenir une légitimité électorale tout en contournant les engagements initiaux. Selon eux, le recours au peuple sert moins à préserver la démocratie qu’à garantir la pérennisation du pouvoir d’un putschiste au pouvoir excessif. 


Un débat qui dépasse la seule question institutionnelle

C’est là que se situe le cœur du débat guinéen. Derrière les discours sur la souveraineté populaire et la légalité institutionnelle se joue une bataille plus profonde : celle de la crédibilité de la transition et de la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Pour l’heure Mamadi Doumbouya reste donc un putschiste, car on ne peut pas défigurer la démocratie sur fond de coup d’État, de violences d’État et violation graves des droits humains et aux libertés individuelles et espérer être appelé autrement.

Les controverses diplomatiques, les mesures sécuritaires et les affrontements autour du traitement médiatique du pouvoir donnent le sentiment d’un régime soucieux de consolider son autorité affaiblie, son image effritée dans un contexte de plus en plus incertain.

Reste une question essentielle : jusqu’où cette stratégie permettra-t-elle de préserver la stabilité politique sans accentuer davantage les fractures déjà visibles au sein de la société guinéenne ?

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