Guinée : la traque aux faux diplômes secoue les coulisses du futur gouvernement.

Par Aïssatou Chérif Baldé
Journaliste d’investigation et analyste politique

Alors que la Guinée attend toujours son nouveau gouvernement, une vaste opération de vérification des diplômes et des parcours professionnels de hauts cadres de l’administration serait en cours. Derrière les retards observés dans la recomposition de l’exécutif, se dessine un enjeu majeur : la lutte contre les faux diplômes et la restauration de la crédibilité de l’État.

« Un menteur ne prévoit point le travail qu’il entreprend ; car il faudra qu’il en invente mille autres pour soutenir le premier. » Cette maxime trouve aujourd’hui un écho particulier dans le débat public guinéen, où la question des faux diplômes et des curriculum vitae falsifiés revient avec insistance au cœur des institutions.

Un phénomène déjà documenté par l’État

Le sujet est loin d’être nouveau. En juin 2022, l’Inspection générale d’État (IGE) avait rendu public un rapport sur l’état de la gouvernance et la reddition des comptes en Guinée.

Les chiffres révélés à l’époque avaient suscité de nombreuses interrogations : sur 1 004 diplômes examinés, 614 avaient été déclarés conformes, tandis que 346 présentaient des irrégularités et 44 demeuraient non identifiés.

Au-delà des statistiques, ce rapport mettait en lumière une problématique structurelle : la fragilité des mécanismes de contrôle dans l’administration publique et les conséquences directes de cette situation sur la qualité de la gouvernance.

La compétence face aux réseaux d’influence

Malgré ces alertes, les nominations aux plus hautes fonctions de l’État se sont poursuivies au cours des dernières années.

Aujourd’hui encore, plusieurs observateurs dénoncent la présence de responsables dont les qualifications académiques ou les expériences professionnelles font l’objet de questionnements. Une situation qui alimente les critiques sur l’efficacité de l’administration publique et sa capacité à répondre aux attentes des citoyens.

Pour de nombreux analystes, le problème dépasse la simple question des diplômes. Il touche à la promotion du mérite, à la transparence des recrutements et à la valorisation des compétences réelles dans l’appareil d’État.

Une opération de vérification en cours

Selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, aurait engagé un processus plus approfondi de vérification des profils appelés à occuper des fonctions stratégiques.

Toujours selon ces sources, un cabinet étranger spécialisé aurait été sollicité afin d’accompagner les autorités dans l’authentification des diplômes, des parcours universitaires et des expériences professionnelles de plusieurs hauts responsables.

L’objectif affiché serait double : identifier d’éventuelles irrégularités et renforcer les mécanismes de contrôle afin d’éviter de nouvelles nominations fondées sur des informations inexactes.

Le retard du gouvernement nourrit les spéculations

Cette campagne de vérification pourrait également contribuer à expliquer les délais observés dans la formation du futur gouvernement.

Aucune communication officielle ne permet toutefois d’établir un lien direct entre ces contrôles et le calendrier politique. Mais plusieurs sources évoquent l’existence de discussions et d’arbitrages encore en cours au sein des cercles du pouvoir.

Parmi les sujets sensibles figure notamment la future mise en place du Sénat prévue par la nouvelle architecture institutionnelle.

Des divergences existeraient autour de l’éventuelle nomination du Premier ministre Amadou Oury Bah à la tête de cette institution. Certains acteurs estimeraient qu’une telle fonction lui conférerait une influence importante dans le futur équilibre politique du pays. D’autres considèrent au contraire que son expérience pourrait constituer un atout dans le processus de transition.

Une question qui dépasse Conakry

La problématique des faux diplômes ne se limite pas aux administrations centrales.

Plusieurs observateurs plaident pour un élargissement des vérifications aux représentations diplomatiques guinéennes à l’étranger, où des interrogations persistent sur certains recrutements et sur la gestion administrative de plusieurs chancelleries.

Dans certains postes diplomatiques, des difficultés financières et organisationnelles régulièrement signalées alimentent les critiques concernant l’efficacité de la gestion publique et le niveau de qualification de certains responsables.

Le test de crédibilité de la transition

Au fond, l’enjeu dépasse largement la simple authenticité d’un diplôme.

Il concerne la capacité de l’État à restaurer la confiance des citoyens, à promouvoir une culture de responsabilité et à garantir que les fonctions publiques soient occupées sur la base de compétences vérifiées plutôt que de relations ou de privilèges.

Une administration performante repose avant tout sur l’expertise, l’intégrité et l’obligation de rendre compte. Sans ces fondements, les réformes annoncées risquent de demeurer des promesses sans effets concrets.

Pour Mamadi Doumbouya, qui a placé la refondation de l’État au cœur de son projet politique, la lutte contre les faux diplômes apparaît désormais comme un véritable test de crédibilité.

Si cette volonté d’assainissement se confirme et s’applique à tous, sans distinction de statut ou d’influence, elle pourrait constituer une étape importante dans la modernisation de l’administration guinéenne.

Dans le cas contraire, le risque demeure celui de voir perdurer un système où les apparences continuent de primer sur les compétences réelles, au détriment de l’efficacité de l’action publique, de la confiance citoyenne et des aspirations légitimes du peuple guinéen à davantage de justice, de transparence et de bonne gouvernance.

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