Edito/Quand une Guinéo-Allemande traitée d’ennemie de la République parle du putschiste françafricain Mamadi Doumbouya.

Par Aïssatou Chérif Baldé

Il était une fois un putschiste, ancien légionnaire, formé par une armée étrangère, époux d’une gendarme française.
Un homme qui, un matin de septembre 2021, s’est hissé à l’olympe de nos ancêtres sous les acclamations d’un peuple en quête de libération. On a dansé pour l’accueillir. On l’a célébré comme un sauveur.

Cet homme, c’est Mamady Doumbouya.

Très vite pourtant, le masque est tombé. Le libérateur s’est mué en despote. Le héros en gouverneur satrapique. Ceux-là mêmes qui l’avaient accueilli à bras ouverts sont aujourd’hui stigmatisés, marginalisés, qualifiés « d’éternels insatisfaits ». Un retournement cynique, brutal, révélateur d’un pouvoir fondé sur la défiance, le profilage ethnique et la peur.

L’enlèvement de Hadja Asmaou Diallo, octogénaire et mère de Tibou Kamara, ancien ministre du président Alpha Condé, marque un seuil de gravité supplémentaire. Son seul crime ? Avoir mis au monde un fils qui ose encore utiliser sa plume pour dénoncer l’asphyxie politique imposée par le régime militaire. Cette énième disparition arbitraire expose sans fard la face hideuse du pouvoir actuel.

Comme un lion blessé mais toujours dangereux, le régime justifie ses excès au nom de l’ordre public. Un ordre public instrumentalisé, brandi comme un bouclier pour masquer l’arbitraire et l’injustice.

Car il s’agit bien d’un pouvoir de clan. Un pouvoir facho-ethniciste convaincu que l’olympe de nos ancêtres n’appartiendra qu’à une minorité élue. Le reste du peuple ? Condamné au rôle de béni-oui-oui, à l’image d’un Premier ministre réduit à l’obéissance, Amadou Oury Bah.

Pendant que le peuple suffoque, une élite prédatrice s’empresse de se servir. Des entrepôts pleins, des banques gavées, une horde de loups affamés perchés sur les hauteurs de l’État. Un gouvernement de figuration, obsédé par l’accumulation plutôt que par le bien commun.

Et pourtant, dans toute la sous-région ouest-africaine, un fait interpelle : Mamady Doumbouya apparaît comme le seul putschiste ouvertement françafricain. Applaudi par le pouvoir d’Emmanuel Macron, adoubé par certains médias français, il incarne cette continuité néocoloniale que d’autres régimes militaires prétendent combattre.

C’est dans ce contexte qu’une Constitution sans garanties réelles a été imposée au peuple : un texte formel, vidé de toute portée juridique, incapable de protéger les libertés fondamentales.

Le paradoxe est cruel. Celui qui a été façonné par le système françafricain bénéficie aujourd’hui du soutien de certains héritiers du sékoutouréisme, alors même que Ahmed Sékou Touré, père de cette idéologie, n’a jamais cru au messianisme français ni à son prétendu rôle salvateur en Afrique.

Plus de soixante ans après l’indépendance, l’emprise du « maître » demeure. Spectrale, insidieuse, profondément enracinée dans les esprits. Même quand on croit la combattre, elle continue de structurer nos schémas de pensée. Et le pouvoir actuel entend bien s’installer durablement dans cette logique.

Alors, que faire ?

Nous sommes aujourd’hui qualifiés d’ennemis de la République. Pourtant, hier encore, nous dansions pour celui qui a trahi son serment. Mais aucune fatalité ne pèse sur nous. Notre destin nous appartient.

Si nous avons accueilli l’ancien légionnaire sans crainte, ce n’était pas par naïveté. C’était par humanisme. Par dignité. Par cette foi profonde en la liberté, le partage, la solidarité, l’intelligence collective.

Notre seul « défaut » a toujours été de refuser l’injustice.

Qualifiés d’ennemis de la République et parfois même d’étranger sur la terre de nos aïeux, nous n’avons qu’une issue : croire en nous-mêmes. Suivre des leaders audacieux, désintéressés, capables d’élever la vision collective plutôt que de se servir du peuple. Faire émerger des intellectuels libres, des consciences éclairantes, pour rompre avec la décérébration programmée.

Car continuer à nous jeter à la figure des inepties ne changera rien. Nous avons atteint une maturité politique irréversible.

Qu’il le sache : il ne nous offrira plus de canards dansants pour justifier la trahison. Mamady Doumbouya ne peut être l’interlocuteur crédible de notre destin commun. Un homme qui récompense aujourd’hui l’insulte, la menace et la violence verbale sur les réseaux sociaux ne peut prétendre incarner l’avenir.

Son objectif est clair : diviser, opposer, semer la défiance entre les composantes de la société. Il dispose pour cela de quelques commis zélés et d’aliénés diplômés à sa solde.

Mais l’histoire est têtue.
Et les peuples finissent toujours par se réveiller.

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