Par Aissatou Chérif Baldé
En Guinée, la transhumance politique s’est imposée comme une pratique qui interroge la sincérité des engagements politiques et fragilise les fondements de la démocratie. D’anciens soutiens d’Alpha Condé ou de Cellou Dalein Diallo se retrouvent aujourd’hui dans les rangs du pouvoir militaire dirigé par Mamadi Doumbouya. Pour Aissatou Chérif Baldé, ces changements de camp, souvent dictés par des intérêts personnels, illustrent les dérives d’une classe politique en quête d’avantages matériels et de promotion.
Et dans ce pays, les imposteurs ont la vie dure : ils peuvent faire illusion et bluffer en toute impunité.
Les imposteurs sont plus que jamais déterminés à contrôler les couloirs du pouvoir militaire.
Si hier ils adulaient Alpha Condé, ou encore Cellou Dalein Diallo, aujourd’hui, ils les dénigrent et les invectivent publiquement sans gêne.
Grâce à la prolifération de la transhumance politique pendant ces dernières années, ils ont eu le temps d’occuper toute la sphère politique guinéenne.
L’administration publique est devenue leur nid. Ils ont souvent des visages doux et prétendent être quelque chose qu’ils ne sont pas. Or, au fond, les défauts d’esprit se couvrent de leur grâce et de beaux semblants cachent des âmes basses.
Les plus dangereux parmi eux sont ceux qui écrivent pour avoir un point de chute. Il faut s’en méfier, car ils sont avec tout le monde et pourtant nulle part ailleurs.
Ce genre d’imposteurs encense lorsqu’il obtient sa part du gâteau et invective lorsqu’il ne l’a pas. Et il s’y trouve même des femmes parmi eux et, de surcroît, des journaleux.
Mais cette façon de faire de la politique en Guinée est très appréciée par les petits gourmands nomades politiques. Cela s’appelle la transhumance politique, ou encore le nomadisme politique.
Il faut surtout éviter de la confondre avec le principe de libre choix en démocratie.
Car la transhumance politique est répréhensible et pose à la fois des problèmes d’ordre moral, éthique et juridique.
Elle révèle des limites et entrave sans relâche l’enracinement démocratique.
Même si les politiciens guinéens, sans exception, s’en servent, notamment ceux issus des deux grands partis politiques, le RPG et l’UFDG, cette pratique leur permet d’instrumentaliser les élus en quête de quelques avantages matériels et les imposteurs en quête de promotion politique. Pour la junte au pouvoir, c’était une façon d’affaiblir les partis d’opposition, dont les élus sont à la merci des majorités au pouvoir.
L’une des victimes de cette politique en Guinée sous l’ère du CNRD est l’UFDG, tout comme le RPG Arc-en-ciel, puisque beaucoup de cadres de ces deux formations politiques ont très vite déposé leurs valises de l’autre côté.
Aujourd’hui encore, les girouettes politiques du RPG ou encore de l’UFDG continuent de déposer leurs valises dans le camp du CNRD.
Cet instrument politique fragilise pourtant les équilibres et les contrepoids nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie. Il cultive et entretient l’immoralisme en politique.
C’est pourquoi les politologues le qualifient de nuisible à l’enracinement de la démocratie dans les pays en phase de transition démocratique.
Transposé au cas guinéen, le nomadisme politique démontre que les hommes et les femmes politiques en Guinée ne font pas de la politique par conviction.
L’exercice du pouvoir et les considérations économiques personnelles liées au contrôle des ressources de l’État constituent, en effet, pour nombre de ces personnes, l’un des principaux enjeux de l’engagement politique.
C’est pourquoi, parmi les proches de Mamadi Doumbouya, figurent d’anciens proches du président Alpha Condé, de Cellou Dalein Diallo et de Sidya Touré.
En bons imposteurs, ils ne se gênent pas pour qualifier Mamadi Doumbouya, qu’ils traitaient hier de tous les noms d’oiseaux, aujourd’hui d’homme providentiel et de sauveur des Guinéens.
Pathétique, aberrant !
N’eût été le manque de culture politique et citoyenne des Guinéens, ces imposteurs ne pourraient pas être considérés comme des modèles de société.
Considérer un imposteur, un transhumant politique, un voleur, un délinquant injurieux sur les réseaux sociaux, un corrupteur ou un corrompu comme un modèle de société, dans l’espoir d’obtenir des miettes en tant que journaliste, c’est travestir le métier de journaliste. Et le faire en tant que citoyen guinéen, c’est de participer à l’effondrement de nos valeurs sociétales.
Alors, de qui se moque-t-on dans ce pays ?
Vous êtes certes nombreux aujourd’hui autour de Mamadi Doumbouya, mais il n’y a pas que des imposteurs et des usurpateurs en Guinée.
Tôt ou tard, une autre élite consciente verra le jour en Guinée pour redonner un sens à la politique dans ce pays.
« Je préfère un futur imprévisible à un futur imposteur. »
