Sénégal: quand la stigmatisation communautaire devient une menace pour la cohésion nationale. 

Par Mbissane Tina

Les propos condamnables de Noura Ba, qui lui ont valu la prison, ne sauraient justifier le harcèlement dont elle a été victime. Au Sénégal, les attaques fondées sur le nom, l’apparence physique ou l’appartenance communautaire soulèvent une question préoccupante : qui peut se permettre de remettre en cause la sénégalité d’un autre citoyen ? À travers plusieurs cas, Mbissane Tina, journaliste, dénonce ces dérives et appelle à une réaction ferme dans le respect de la loi.

Noura Ba a été envoyée en prison à la suite de propos condamnables. Ses déclarations sont regrettables et rien ne saurait les justifier. Mais l’honnêteté intellectuelle commande aussi de reconnaître qu’elles ne sont pas apparues sans cause. Si ses propos sont condamnables, rien ne peut non plus excuser le déchaînement de haine et le harcèlement dont elle a été victime pendant plusieurs mois.

Au Sénégal, certains individus s’arrogent le droit de distribuer des certificats de « sénégalité ». Née au Sénégal et de père sénégalais, Noura Ba s’est sentie acculée avant de tenir des propos condamnables. Je répète, comprendre les ressorts de sa réaction ne signifie pas la justifier.

Des Sénégalais pris pour cible en raison de leur identité

Mais, au nom de quoi ces sombres individus avec leurs réseaux sociaux transformés en « radio mille collines », se permettent-ils d’injurier les gens en raison de leur appartenance communautaire ? Pourquoi certains pensent-ils pouvoir remettre en cause la nationalité d’autres Sénégalais sur la seule base de leur nom de famille ou de leur apparence physique ?

Ces dérives nombreuses et préoccupantes ont fait quelques victimes.

Baba Abdoulaye Diop, alias Guelwar Venom, a ainsi été tué en France par un individu qui, pendant des mois, l’avait insulté et lui avait dénié sa nationalité sénégalaise. Excédé par ce harcèlement, Baba Abdoulaye Diop avait décidé de rencontrer son harceleur pour s’expliquer avec lui. Cette confrontation s’est terminée tragiquement : son interlocuteur l’a tué.

Boubacar Amadou Diallo, médaillé d’or et victime d’injures

Le jeune patineur Boubacar Amadou Diallo, de l’écurie Casa Roller, n’a pas non plus été épargné. Après avoir dignement représenté le Sénégal en remportant un titre mondial dans sa discipline, il a essuyé une vague d’injures visant sa personne et ses trois médailles d’or. Certains sont même allés jusqu’à lui demander de « rentrer chez lui », lui le natif de la Casamance qui a porté haut les couleurs nationales.

Amadou Oury Baïlo Diallo également visé

Amadou Oury Baïlo Diallo, maire de Vélingara, dont les ancêtres étaient établis dans ce pays bien avant la naissance de la République du Sénégal, subit lui aussi, depuis quelque temps, un déferlement d’attaques sur les réseaux sociaux. Dans leur propagande, certains de ces délinquants cherchent à le présenter comme le futur candidat des « Peuls Fouta guinéen » à la prochaine présidentielle. Une manière, là encore, de mettre en doute son appartenance nationale en instrumentalisant son identité communautaire.

La stigmatisation communautaire, un risque pour la cohésion nationale

Derrière ces cas, combien de Sénégalais anonymes subissent quotidiennement des insultes et du harcèlement pour leur nom ou leur apparence ? Au nom de quoi ces individus, qui agissent souvent à visage découvert, se permettent-ils de stigmatiser une communauté, d’appeler à des agressions physiques ou au saccage de commerces ?

L’histoire africaine nous enseigne que les tragédies commencent souvent par la stigmatisation, se poursuivent par les insultes et la déshumanisation, avant de déboucher sur des violences physiques. Croire que ces agissements sont sans conséquence serait une grave erreur. Il est temps d’agir avec fermeté, dans le respect de la loi, pour mettre fin à ces dérives.

Auteur : Mbissane Tina, journaliste

Source:Senegal7

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