Guinée : Doumbouya face à l’échec de sa gouvernance.

Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo

Pénurie persistante de liquidités, dysfonctionnements portuaires, décisions gouvernementales contestées et répression des opposants : la Guinée accumule les signes d’une gouvernance en difficulté. Entre absence de réponses convaincantes aux problèmes quotidiens et dérives autoritaires, Mamadi Doumbouya doit désormais répondre d’une question essentielle : qui dirige réellement le pays et dans quel intérêt ?


Un pouvoir qui peine à répondre aux urgences

La Guinée traverse une période préoccupante. La pénurie de billets complique les transactions quotidiennes, fragilise les commerçants et pénalise les ménages. En août 2025, la Banque centrale estimait qu’environ 94 % des billets en circulation restaient hors du circuit bancaire. En mars 2026, son gouverneur évoquait une proportion proche de 96 %. La thésaurisation, les difficultés logistiques et les faiblesses du système de paiement contribuent à cette crise.

Mais au-delà de ses causes techniques, une question politique demeure : pourquoi les autorités peinent-elles à apporter une réponse durable à un problème qui affecte directement le pouvoir d’achat et l’activité économique ?

Les difficultés du port de Conakry aggravent encore la situation. Retards de déchargement, frais supplémentaires et contraintes logistiques ralentissent l’approvisionnement du marché. Les entreprises et les consommateurs en supportent les conséquences, tandis que la compétitivité du pays se trouve fragilisée.

Face à ces urgences, le gouvernement donne trop souvent l’impression de subir les événements plutôt que de les anticiper.

Des décisions qui révèlent les faiblesses du pouvoir

L’affaire des sachets d’eau illustre ce manque d’anticipation. Après l’interdiction des plastiques à usage unique, entrée en vigueur le 21 septembre 2026, les autorités ont dû accorder, le 7 octobre, un moratoire de six mois pour la production des sachets d’eau.

Comment prendre une décision touchant à un produit largement consommé par les populations modestes sans mesurer suffisamment ses conséquences sociales et sans prévoir des solutions accessibles ?

Ce revirement pose la question de la compétence de l’équipe dirigeante, mais aussi de la capacité du président à contrôler et à corriger l’action de son gouvernement.

Mamadi Doumbouya ne peut indéfiniment se retrancher derrière son entourage. Il lui appartient de fixer un cap, d’exiger des résultats et de sanctionner les défaillances. Un président qui ne parvient pas à garantir la cohérence des décisions prises sous son autorité expose sa propre crédibilité.

L’incompétence éventuelle de ses collaborateurs ne saurait exonérer le chef de l’État de ses responsabilités.

La révocation des passeports, nouvelle source d’inquiétude

La révocation du passeport de Cellou Dalein Diallo, rapportée en septembre 2026, constitue un autre signal préoccupant. Selon les informations publiées sur ce dossier, cette décision l’aurait empêché de se rendre à New York pour participer à des rencontres organisées en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

En l’absence d’explication officielle détaillée sur les motifs de cette mesure, le contexte politique soulève de légitimes interrogations sur la révocation du passeport de Cellou Dalein Diallo.

Car si un document de voyage est utilisé pour entraver les déplacements d’un opposant en raison de ses activités politiques, il devient un instrument de pression plutôt qu’un simple document administratif.

Un pouvoir sûr de sa légitimité doit pouvoir affronter la contradiction sans chercher à restreindre les moyens d’action de ses adversaires. La révocation des passeports, les restrictions politiques, les enlèvements forcés et les pressions contre les voix critiques ne peuvent tenir lieu de programme de gouvernement.

La force d’un État ne se mesure pas à sa capacité à réprimer, enlever ou tuer ses opposants, mais à celle de garantir les droits de tous ses citoyens.

Une asphyxie économique délibérée ?

L’accumulation des difficultés alimente les soupçons et nourrit une question particulièrement grave : l’entourage de Mamadi Doumbouya cherche-t-il à provoquer une révolte populaire en laissant l’économie se dégrader ?

Aucun élément vérifié ne permet, à ce stade, d’établir l’existence d’une telle stratégie. Mais cette réserve ne doit pas empêcher de dénoncer les conséquences d’une gouvernance inefficace.

Lorsqu’un gouvernement tarde à résoudre une crise de liquidités, laisse perdurer les obstacles qui pénalisent les entreprises et multiplie les décisions mal préparées, il contribue à alimenter la frustration sociale.

L’absence de stratégie délibérée ne signifie pas l’absence de responsabilité des gouvernants dans la situation actuelle du pays. Mieux, un pouvoir peut fragiliser un pays par ses erreurs, son manque d’anticipation et son incapacité à corriger ses propres défaillances.

Le véritable danger dans lequel se trouve le pays actuellement est le fait que Mamadi Doumbouya et son entourage continuent de privilégier le contrôle politique, la répression au détriment des urgences économiques et sociales.

La Guinée a besoin de liquidités accessibles, d’infrastructures commerciales efficaces, d’un port compétitif et des frais de douanes raisonnables, d’un accès abordable à l’eau potable, à l’électricité et d’institutions respectueuses des libertés fondamentales. Elle n’a pas besoin d’une gouvernance qui confond autorité et intimidation, pouvoir et dérive.


Depuis cinq ans, Mamadi Doumbouya ne cesse de démontrer qu’il ne peut pas diriger le pays, qu’il ne maîtrise pas son entourage et qu’il ne peut pas placer l’intérêt général au-dessus des calculs politiques.

C’est pourquoi, les difficultés économiques, politiques et sociales risquent bientôt de se transformer en une crise de confiance plus profonde. Car lorsqu’un pouvoir ne répond plus aux besoins de la population tout en restreignant les espaces de contestation, il prend le risque d’aggraver lui-même l’instabilité qu’il prétend combattre.


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