Par Aïssatou Chérif Baldé
Menaces, misogynie et intimidation : pourquoi je refuse de me taire face au pouvoir militaire guinéen
Aissatou Chérif Baldé dénonce des menaces, des intimidations et des attaques qu’elle estime liées à son opposition au pouvoir militaire guinéen. Dans cette tribune, elle dénonce également la persistance de la misogynie dans les sphères de pouvoir et affirme sa détermination à poursuivre son engagement en faveur des droits humains et des libertés fondamentales.
Dans la Guinée d’aujourd’hui, la contradiction politique semble être devenue un délit aux yeux du pouvoir. Plus encore lorsqu’elle est portée par une femme. Car si la vie politique est souvent rude, elle peut se révéler particulièrement brutale à l’égard de celles qui refusent de se soumettre aux injonctions du silence.
J’en fais l’expérience presque quotidiennement. En tant que femme politique et voix critique du régime militaire dirigé par le général Mamadi Doumbouya, je suis devenue la cible d’attaques récurrentes, d’injures, d’intimidations et de menaces relayées par des individus que je considère comme les exécutants zélés d’intérêts qui les dépassent.
Cette situation révèle une réalité persistante : les sphères du pouvoir, qu’elles soient politiques, économiques, syndicales ou associatives, demeurent profondément marquées par des réflexes misogynes. Une femme peut être compétente, expérimentée, diplômée et engagée ; cela ne lui garantit ni le respect ni l’égalité de traitement. Au contraire, son indépendance et sa liberté de parole peuvent devenir des motifs d’hostilité.
Mon engagement contre les injustices, les violations graves des droits humains, les atteintes aux libertés fondamentales et les abus que j’attribue à l’appareil d’État m’a placée dans la ligne de mire de ceux qui considèrent la critique comme une menace. Plutôt que de répondre aux arguments, certains préfèrent mobiliser des relais chargés de m’insulter, de me diffamer ou de me menacer, souvent sur fond de misogynie assumée.
Ces méthodes ne m’impressionnent pas. Elles témoignent, à mes yeux, du malaise d’un pouvoir qui peine à accepter la pluralité des opinions et la liberté d’expression. Elles révèlent aussi l’incapacité de certains responsables à affronter le débat politique autrement que par l’intimidation.
Je tiens donc à être claire : je ne céderai ni à la peur ni aux pressions. Je continuerai à dénoncer ce que je considère comme des injustices et des atteintes aux droits fondamentaux, quel qu’en soit le coût personnel ou politique.
J’adresse également un avertissement à ceux qui, tapis dans l’ombre, pensent pouvoir agir en toute impunité. Les responsables de ces agissements, y compris ceux qui disposent d’une nationalité européenne et qui pensent pouvoir échapper aux conséquences de leurs actes au-delà des frontières guinéennes, doivent savoir que toutes les voies judiciaires demeurent ouvertes.
L’engagement de leur responsabilité pourra notamment être envisagé devant les juridictions compétentes en Europe.
Une chose est sûre, l’histoire nous a appris que les menaces peuvent retarder un combat, mais qu’elles ne suffisent jamais à faire taire durablement une conviction.
Pour ma part, je demeure fidèle à mes engagements.
Je ne fléchirai pas.
