La naissance d’une fille chez Mamadi Doumbouya ravive le débat sur les disparus en Guinée.
Par Aïssatou Chérif Baldé
Alors que le président de la transition guinéenne, Mamadi Doumbouya, annonce la naissance d’une petite fille au sein de son foyer, cette heureuse nouvelle intervient dans un contexte marqué par les inquiétudes persistantes autour du sort de plusieurs opposants, journalistes et acteurs de la société civile portés disparus. Entre joie familiale et douleur des familles en attente, l’événement remet au premier plan une question sensible : celle des enfants privés de leurs pères depuis plusieurs mois.
Dans la nuit du mercredi 2 septembre 2026, vers 2 heures du matin, le foyer de Mamadi Doumbouya s’est agrandi avec la naissance d’une petite fille.
Dans un message empreint de reconnaissance religieuse et de joie familiale, le chef de la transition guinéenne a annoncé que son épouse et l’enfant se portent bien. Il a rendu grâce à Dieu pour cette naissance et exprimé sa gratitude envers les personnes qui ont accompagné la mère et le nouveau-né.
« À mon peuple, dont les prières ne nous ont jamais quittés, je dis simplement merci », écrit-il, avant de souhaiter que Dieu bénisse les foyers guinéens.
Cette annonce, qui relève d’abord de la vie privée du couple présidentiel, a toutefois suscité une autre lecture dans une partie de l’opinion guinéenne. Elle intervient alors que plusieurs familles continuent de réclamer des informations sur leurs proches portés disparus.
Parmi les cas les plus médiatisés figurent ceux du journaliste Habib Marouane Camara, ainsi que de Bilo Bah et Foniké Menguè Sylla, dont les familles et les défenseurs des droits humains demandent toujours que la lumière soit faite sur leur sort.
Pour leurs proches, l’absence ne se résume pas à une affaire politique ou judiciaire. Elle se traduit aussi, au quotidien, par des enfants qui grandissent sans leur père, sans explication claire et sans certitude sur ce que celui-ci est devenu.
C’est précisément ce contraste qui nourrit les critiques adressées au pouvoir. D’un côté, un président qui célèbre la naissance d’un enfant et peut vivre pleinement les premiers moments de cette nouvelle vie familiale. De l’autre, des familles qui, depuis des mois, voire des années vivent dans l’attente et l’incertitude.
La comparaison est d’autant plus forte lorsqu’elle est rapportée à la situation des enfants de personnes disparues. Pour eux, la naissance d’un enfant dans une famille présidentielle peut apparaître comme le rappel brutal d’une joie familiale dont ils sont eux-mêmes privés.
Certes, certains diront de distinguer la célébration d’un événement familial, qui relève de la vie personnelle du chef de l’État, des responsabilités politiques et judiciaires liées aux disparitions dénoncées par les familles et les organisations de défense des droits humains. Mais la véritable question est de rappeler que les enfants des personnes enlevées ont aussi le droit de connaître la vérité sur le sort de leurs parents.
Et au-delà des appartenances politiques, ces situations posent une question profondément humaine : combien d’enfants guinéens continueront-ils à grandir dans l’attente d’un père dont ils ne savent même pas s’il reviendra un jour ?
La joie d’une naissance ne devrait pas faire oublier cette autre réalité. Dans une Guinée marquée par les tensions politiques et les accusations de violations des droits humains, le bonheur du foyer de Mamadi Doumbouya rappelle, la souffrance silencieuse des familles de ses victimes dont la liste ne cesse d’être longue.
Néné Ousmane Diallo en passant par Habib Marouane Camara, Bilo Bah, Foniké Menge Sylla, sont aussi des parents avant d’être journalistes, politiciens ou acteurs de la société civile. Ils ont surtout droit à la vie, tout comme Mamadi Doumbouya et sa famille.
