Guinée :Après la mort de Mamadou Diouma Bah, les candidats condamnés pour fraude au BAC 2026 retrouvent leur liberté.

La Cour d’appel de Conakry a ordonné, ce lundi 27 juillet, la libération des élèves poursuivis dans l’affaire de fraude présumée au Baccalauréat Unique 2026 à Kindia, en les condamnant à une amende de 300 000 GNF chacun. Une décision accueillie avec soulagement par les familles concernées. Mais la mort en détention de Mamadou Diouma Bah, survenue quelques jours auparavant, continue de susciter l’indignation et relance le débat sur la criminalisation des élèves dans le système éducatif guinéen. 

Par Aissatou Chérif Baldé

La Cour d’appel de Conakry a rendu son verdict ce lundi 27 juillet dans l’affaire des candidats poursuivis pour fraude au Baccalauréat Unique 2026 à Kindia. Les élèves concernés ont été condamnés à une amende de 300 000 GNF chacun, une décision qui ouvre la voie à leur libération.

Si ces jeunes adolescents, codétenus de feu Mamadou Diouma Bah, ont pu retrouver la liberté, c’est en grande partie grâce à la forte mobilisation de l’opinion publique guinéenne. L’émotion et l’indignation ont gagné le pays après l’annonce, la semaine dernière, de la mort en détention de Mamadou Diouma Bah, lui aussi poursuivi dans le cadre de cette affaire et condamné en première instance à Kindia.

Cette affaire soulève de nombreuses interrogations juridiques et institutionnelles. Selon les critiques formulées par plusieurs observateurs, aucune disposition légale en Guinée ne prévoit l’incarcération d’adolescents pour des faits de fraude lors des examens scolaires. Dès lors, la détention de ces élèves apparaît comme une mesure disproportionnée au regard de la nature des faits reprochés.

Pour les familles des jeunes désormais libérés, la décision de la Cour d’appel constitue un soulagement. Pour la famille de Mamadou Diouma Bah, en revanche, ce dénouement intervient trop tard. La disparition du jeune adolescent en détention demeure une blessure ouverte et c’est pourquoi, selon ses soutiens,  l’engagement de la responsabilité civile et pénale des personnes impliquées dans cette tragédie est d’une impérieuse nécessité. 

C’est dans ce contexte que des voix s’élèvent pour demander aux autorités guinéennes d’ouvrir une enquête pour situer la responsabilité  de toutes les personnes impliquées dans les circonstances ayant conduit à la mort carcérale de Mamadou Diouma Bah. L’objectif affiché est de faire toute la lumière sur les faits et de garantir que de tels événements ne puissent se reproduire, dans le milieu scolaire guinéen. 

Au-delà de ce drame, l’affaire relance un débat plus large sur la manière dont le ministère de l’Éducation traite les cas de fraude aux examens. Pour de nombreux acteurs de la société civile, l’éducation nationale ne doit pas devenir un espace de criminalisation des élèves. Les sanctions prévues par les règlements scolaires et les lois existent déjà et devraient constituer le cadre principal de réponse à ce type d’infraction.

Une approche fondée sur la dissuasion, la prévention et les sanctions disciplinaires apparaît, aux yeux de ces observateurs, plus adaptée que le recours à l’incarcération d’adolescents. Cette orientation permettrait de préserver la vocation éducative de l’école tout en sanctionnant les comportements contraires aux règles des examens.

La triche est généralement définie comme l’acte par lequel une personne obtient un avantage ou une récompense sans respecter les règles qui s’imposent aux autres. Une pratique qui, selon certains critiques de l’administration guinéenne, reste très répandue, car la grande majorité des cadres guinéens sont dans la tricherie, la corruption, le vol et pillage organisé des deniers publics. Des pratiques qui freinent la moralisation de la fonction publique et qui biaise donc le rôle moralisateur et criminalisant de l’éducation guinéenne par les autorités du pays. 

Car on ne peut pas vouloir lutter contre la tricherie en milieu scolaire, lorsqu’on ne fait pas preuve d’exemplarité dans le domaine de  lutte contre la corruption, le vol et pillage organisé des derniers publics. 

Dans cette perspective, plusieurs organisations et citoyens estiment que l’exigence de responsabilité ne doit pas s’arrêter aux seuls élèves. Ils demandent que les cadres et responsables dont les décisions ou les actes auraient contribué à la mort de Mamadou Diouma Bah répondent individuellement de leurs responsabilités devant la justice, conformément aux principes de l’État de droit.

« Libérer les élèves était nécessaire. Rendre justice à Mamadou Diouma Bah est désormais une obligation. »

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