Guinée : les « idiots utiles » du CNRD, ces faux opposants qui servent la junte.

Par Aissatou Cherif Baldé 

Alors que le CNRD de Mamadi Doumbouya multiplie les manœuvres pour consolider son emprise sur le pouvoir, une catégorie d’acteurs se distingue sur les réseaux sociaux : ceux qui se présentent comme des opposants mais dont les discours et les actions profitent davantage à la junte qu’à la démocratie. Entre opportunisme politique, règlements de comptes personnels et absence de convictions, ces « idiots utiles » participent, consciemment ou non, à la stratégie de pérennisation du régime militaire.

Le terme « idiots utiles », souvent attribué à Lénine, désigne ces personnes qui, par naïveté, intérêt ou aveuglement, servent les objectifs d’un pouvoir sans toujours en mesurer les conséquences. Cette expression trouve aujourd’hui un écho particulier dans la Guinée de Mamadi Doumbouya.

Sur les réseaux sociaux, une poignée d’individus se réclamant de l’opposition se distinguent moins par leur combat contre la junte que par leur hostilité obsessionnelle envers l’opposition elle-même. Derrière une posture contestataire de façade, ils apparaissent davantage comme des relais objectifs du pouvoir, des taupes politiques dont l’utilité réside précisément dans leur capacité à brouiller les lignes et à semer la confusion.

Face aux critiques croissantes de sa gouvernance et aux inquiétudes suscitées par un pouvoir dévot, le CNRD semble chercher des soutiens là où il peut en trouver. Ces acteurs marginaux deviennent alors des instruments commodes pour alimenter le récit officiel et affaiblir les voix véritablement critiques.

Mais cette stratégie n’est pas sans limites. Car à force de vouloir jouer les opposants à l’opposition, ces personnages finissent par révéler leur véritable rôle. Le ver est dans le fruit, et les contradictions apparaissent au grand jour.

Des « idiots utiles » recyclés par le CNRD

Beaucoup de ces figures ne sont pas nouvelles dans le paysage politique guinéen. Tombées en disgrâce auprès de l’ancien président Alpha Condé ou marginalisées au sein de l’opposition, elles ont trouvé dans le contexte actuel une nouvelle occasion d’exister politiquement.

Pour autant, leur capacité de nuisance reste limitée. Ils s’agitent, occupent l’espace numérique et médiatique, mais peinent à convaincre au-delà de cercles restreints. Leur trajectoire rappelle celle de ces professionnels du repositionnement politique qui changent de camp au gré des circonstances et des opportunités.

Dans les couloirs du pouvoir, leur présence répond davantage à une logique de survie et d’intérêt personnel qu’à un quelconque engagement idéologique. Ils rejoignent ainsi la longue liste des transhumants politiques qui, depuis des décennies, naviguent entre opposition et pouvoir selon le sens du vent.

Le drame est que la politique guinéenne s’est progressivement transformée en une vaste scène où l’apparence l’emporte souvent sur la cohérence.

Dans ce théâtre permanent, les acteurs les plus médiocres, les plus calculateurs ou les plus opportunistes parviennent parfois à attirer davantage l’attention de ceux qui portent de véritables convictions.

Comment s’en étonner dans un pays où l’on érige régulièrement en héros des individus sans parcours professionnel notable, des gestionnaires contestés, des prédateurs économiques ou des responsables de graves dérives publiques?

Dès lors, faut-il réellement s’indigner du comportement de ces parasites politiques, dépourvus d’éducation civique, de principes et de convictions? 

Leur existence n’est peut-être que le symptôme d’un mal plus profond : celui d’un système où le mérite peine encore à s’imposer face aux réseaux, aux calculs et aux allégeances.

C’est sans doute là que réside le véritable défi de la Guinée : reconstruire une culture politique fondée sur la responsabilité, l’éthique et la compétence, plutôt que sur l’opportunisme et la transhumance.

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