Conférence sur le Soudan en Allemagne: une initiative controversée sans participation soudanaise.

 Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo

Réunie à Berlin ce 15 avril, une conférence internationale sur le Soudan suscite de vives critiques de Khartoum, I’approche jugée biaisée et héritée d’une logique occidentale dominante.

Conférence sur le Soudan en Allemagne sans les soudanais.

L’Allemagne accueille ce mercredi 15 avril une conférence internationale sur le Soudan, réunissant l’Union africaine, l’UE, les États-Unis et la France, pour tenter de répondre à une crise humanitaire et politique majeure dans ce pays de l’Afrique en proie à un conflit armé depuis trois ans.

Cette rencontre réunit donc aujourd’hui à Berlin des gouvernements occidentaux, des agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut le Soudan notamment les deux belligérants, l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) pour dit-on réunir des fonds afin de mettre fin à la crise humanitaire .

Une situation qui a fait réagir le gouvernement soudanais, car il faut retenir que malgré la guerre qui ronge ce pays depuis trois ans, il a tout de même un gouvernement qui se bat contre un groupe paramilitaire soutenu par les Émirats Arabes Unis.

Et dans un communiqué officiel, le ministère soudanais des Affaires étrangères a estimé que l’organisation de cette rencontre sans coordination avec Khartoum ni invitation officielle du gouvernement traduisait un « mépris des visions présentées par l’État soudanais et ses institutions officielles ».

Selon Khartoum, cette initiative « reflète une approche de tutelle coloniale encore pratiquée par certains pays occidentaux », accusés de tenter d’imposer leur vision à des « États et des peuples libres».

Les autorités soudanaises ont également mis en garde contre toute « mise sur un pied d’égalité du gouvernement et de son armée nationale avec une milice terroriste criminelle et multinationale », estimant qu’une telle approche porterait atteinte aux « fondements de la sécurité régionale et internationale.

Le ministère a en outre critiqué la manière dont le conflit est présenté lors de la conférence, la jugeant « inexacte et partiale », estimant qu’elle « ne favorise pas la paix mais accentue la polarisation », et dénonçant une représentation du Soudan confiée à « des groupes limités et restreints ».

On voit ici un remake, car depuis que l’Allemagne a travers la conférence qu’elle avait convoqué à Berlin en 1884 pour diviser l’Afrique entre les pays européens colonisateurs et officialiser la mise sous tutelle du continent africain aux conséquences destructrices et crimes graves comme le génocide des allemands sur les Hereros et Namas en Namibie, l’Occident n’arrive pas à accepter que le destin de ce continent ne se dessine pas dans ses capitales.

Il n’a pas la voix au chapitre dans l’Afrique d’aujourd’hui. Car il n’a rien fait quand il le pouvait. Compte tenu de son refus d’accepter récemment à l’ONU que la colonisation reste un crime contre l’humanité, nous savons qu’il ne s’est jamais converti à d’autres sentiments !

Par ailleurs, qu’est-ce qui aurait changé dans la psychologie du dominant depuis Patrice Lumumba pour que nous pensions à lui comme Messie, interlocuteur indispensable pour notre destin ? Dans quelle page de l’histoire ou des mythologies, avons-nous vu le dominant panser les plaies du dominé?

Plus loin, les anciens maîtres que sont les occidentaux doivent comprendre qu’il ne leur appartient de guérir l’Afrique de son trauma postcolonial, de ses conflits. Ils n’ont plus de moyens pour cela que n’en aurait le lion à devenir le guide des antilopes.

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