Guinée : face à la dérive du pouvoir, l’urgence d’un sursaut collectif (Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo). 

Enlèvements, assassinats, violences d’État, emprisonnements arbitraires d’opposants politiques, persécutions visant leurs familles, fermetures de médias, restrictions des libertés publiques, violations graves des droits humains, crise de liquidités, corruption, blanchiment d’argent… 

À cela s’ajoute une montée inquiétante des discours clivants, alimentant les divisions ethniques et désignant certaines communautés, notamment les opérateurs économiques fulbhès, comme responsables de la crise de liquidité dans le pays. 

Telle est, selon de nombreuses voix critiques, la physionomie actuelle du pouvoir militaire en Guinée. 

Ces tensions visent cependant à instaurer un climat de peur et de contrainte économique.

Face à une telle situation, une question essentielle se pose : que faire ?

Ceux qui sont aujourd’hui qualifiés d’ennemis de la République sont parfois les mêmes qui, hier encore, accueillaient avec espoir celui qui a fini par trahir son serment. 

Mais à présent, nous devons admettre qu’aucune fatalité ne pèse sur nous, et nous avons la puissance de notre destin. 

Si l’accueil réservé autrefois à l’homme fort du moment s’est fait sans crainte, ceci révèle le reflet d’un humanisme profond, d’une dignité et d’une générosité propres à la société guinéenne. Cette même société, animée par un désir de liberté, un esprit de solidarité, une endurance remarquable et une intelligence collective, porte en elle les ressources de son propre salut.

Mais ce salut ne saurait advenir sans un changement de cap

Il devient ainsi impératif de soutenir des leaders porteurs d’audace, d’abnégation et d’une véritable volonté de servir, plutôt que de se servir. Des leaders capables d’élever leur vision au-delà des intérêts personnels et de rassembler autour d’un projet commun.

Parallèlement, la société doit encourager l’émergence d’intellectuels engagés, capables d’éclairer le peuple et de rehausser le niveau du débat public et de guider les consciences. Car le rôle des intellectuels est crucial pour l’épanouissement d’une société. Ils sont, au même titre que les acteurs politiques, comptables de l’état des sociétés qu’ils observent et analysent.

Continuer à répondre aux provocations par des invectives ne fera que renforcer l’impasse actuelle. 

Pourtant, une maturité collective semble émerger, portée par un attachement profond aux valeurs de justice, de partage et de dignité. Une maturité qui refuse toute forme de barbarie et d’injustice.

La politique de diviser pour régner prend le dessus

Dans ce contexte, la défiance entre les différentes composantes de la société apparaît comme une stratégie délibérée de maintien au pouvoir. Diviser pour régner : de la fragmentation sociale naît la consolidation de l’autorité.

Ce mécanisme s’appuie sur des relais, parfois visibles, parfois insidieux : discours haineux, manipulation de l’opinion, instrumentalisation des frustrations. À terme, le risque est celui d’une société appauvrie intellectuellement, privée de repères, d’éducation et d’identité.

Il devient donc urgent d’écouter et de soutenir les voix lucides, celles qui refusent la complaisance et la passivité. 

Celles qui, loin de toute paresse intellectuelle, s’engagent à décrypter les enjeux et à éveiller les consciences.

Car plus que jamais, l’avenir de la Guinée dépendra de sa capacité à se rassembler, à penser par elle-même et à refuser la fatalité.

Un commentaire

  1. La situation actuelle de la Guinée suscite une profonde inquiétude et un sentiment de désillusion chez de nombreux citoyens. Ceux qui incarnaient autrefois l’espoir d’une Guinée émergente, fondée sur la justice, la démocratie et le développement, semblent aujourd’hui s’être éloignés de ces idéaux. Cette rupture entre les promesses d’hier et la réalité d’aujourd’hui nourrit un climat de frustration, d’incertitude et de perte de confiance dans l’avenir du pays.
    Pourtant, malgré ce tableau sombre, certaines voix courageuses continuent de s’élever pour défendre les droits fondamentaux et les libertés publiques. C’est le cas de notre sœur, Mme Baldé Aissatou Cherif, dont l’engagement constant mérite d’être salué avec respect et admiration. Par son combat quotidien, mené aussi bien en Guinée qu’à l’extérieur, elle incarne cette résistance pacifique et déterminée face aux dérives actuelles. Son courage, sa lucidité et sa constance constituent une source d’inspiration pour tous ceux qui refusent la résignation.
    Même si l’espoir semble s’amenuiser, l’histoire nous enseigne que les peuples qui continuent de défendre leurs droits finissent toujours par ouvrir la voie au changement. Le combat pour la liberté, la justice et la dignité est souvent long et difficile, mais il reste indispensable pour construire une Guinée plus juste et plus stable pour les générations futures.

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