Par Aissatou Chérif Baldé
À travers le récent réajustement ministériel de la junte guinéenne, Aissatou Chérif Baldé dénonce ce qu’elle considère comme la consolidation d’un système fondé sur la loyauté clanique plutôt que sur la compétence. Pour l’auteure, cette gouvernance nourrit une kakistocratie qui affaiblit les institutions, compromet les acquis démocratiques et éloigne davantage la Guinée des exigences d’un État moderne.
Une politique-spectacle au service du clan
Les images et les nouvelles que nous livre la junte militaire guinéenne ces derniers jours, à travers son réajustement ministériel mettant une nouvelle fois en avant l’inamovibilité des cadres du clan Doumbouya aux affaires depuis bientôt cinq ans, ressemblent davantage à de la politique-spectacle. Une scène où la bassesse politique rime avec opportunisme politique, même si ces deux notions ne devraient jamais aller ensemble.
Il faut reconnaître qu’avec Mamadi Doumbouya, qui semble avoir du mal à saisir la quintessence de ce qu’est gouverner et qui démontre, à travers ses décisions, qu’il n’est pas apte à diriger un pays, ce ne sont pas les résultats administratifs des personnes qu’il nomme qui comptent réellement.
Ce qui importe avant tout, c’est leur loyauté au système de kakistocratie qu’il a mis en place depuis bientôt cinq ans.
La kakistocratie comme mode de gouvernance
La kakistocratie, ou le pouvoir des pires, désigne une forme de gouvernement dans laquelle les personnes les moins qualifiées exercent le pouvoir. C’est l’oligarchie des médiocres, un système où seuls quelques privilégiés de l’État ont le droit de tenir les rênes du pays.
Ces pratiques comportent souvent des relents autoritaires extrêmes, impliquant certains éléments du totalitarisme. Pourtant, leur pouvoir demeure avant tout le reflet de l’incompétence, de la médiocrité et du pouvoir des pires.
Le « garage présidentiel », symbole d’un système
C’est pourquoi personne ne doit véritablement être limogé. Il suffit d’être rangé au garage présidentiel, même après avoir commis les fautes les plus graves ou les plus immorales dans l’exercice de hautes fonctions. L’exemple de Charles Wright reste révélateur : un homme qui n’a pas hésité à enregistrer des personnes à leur insu avant de remettre ces enregistrements à Doumbouya afin d’assurer son retour.
Ce garage présidentiel fonctionne comme un cercle vicieux qui produit et encourage une médiocrité arrogante, intellectuelle et antidémocratique. Il favorise également l’émergence de fraudeurs intellectuels qui engloutissent les ressources et les richesses du peuple comme un trou béant absorbant tout sur son passage.
Des cadres utiles au clan, nuisibles à la République
Ces cadres, utiles à leur clan mais nuisibles à la République, manipulent aujourd’hui les concepts et les doctrines de la démocratie comme les pires ennemis du peuple de Guinée. Ils s’autorisent ainsi à emprunter des chemins dangereux, à travers des discours tendancieux qui mettent en péril notre nation.
La médiocrité intellectuelle soutenue et entretenue par celui que je considère comme le faussaire de la République, Mamadi Doumbouya, se manifeste également dans ces réajustements. La récente création d’un poste de chef d’état-major particulier auprès de la Présidence, malgré l’existence d’un chef d’état-major général des armées, illustre sa politique du diviser pour régner.
Pendant ce temps, les véritables problèmes de fond sont soigneusement évités. Ces traîtres à la nation ne produisent que des arguments stériles, fondés davantage sur ce qu’ils croient savoir que sur une connaissance réelle des enjeux.
Qui mettra fin à cette hémorragie intellectuelle?
Et qui donc mettra fin à cette hémorragie intellectuelle, à cette manière désastreuse de gérer les affaires publiques et l’État ?
Car si, autrefois, « on aimait l’or qui donnait le pouvoir avec lequel on faisait de grandes choses », aujourd’hui, en Guinée, on aime le pouvoir qui donne l’or avec lequel on fait de petites choses. Selon le temps, la manière, n’est-ce pas ?
Cette médiocrité intellectuelle semble malheureusement se propager telle une pandémie que personne ne paraît en mesure d’arrêter. Elle atteint désormais des responsables politiques de tous bords et de tous rangs, tant elle est devenue un instrument essentiel de la gouvernance en Guinée.
Le peuple guinéen, dernier rempart
Mais fort heureusement, le peuple de Guinée, celui que ces kakistocrates pensent pouvoir manipuler sans humanisme et transformer en électorat docile grâce à leur pouvoir de persuasion, est loin d’être aussi naïf qu’ils voudraient le croire.
Le peuple guinéen comprend, déduit et analyse. Le moment venu, il parlera d’une seule voix. Car, même si cette population apparaît aujourd’hui affaiblie par cette horde de loups affamés et usurpateurs, le temps joue en sa faveur et demeure son meilleur allié.
Refuser la résignation
C’est pourquoi, malgré le sentiment d’impuissance qui m’anime face à ces professionnels de la médiocrité intellectuelle, je refuse de me réfugier dans l’abstention, dans un renoncement amer ou dans le rejet de toute règle commune. Je refuse également une révolte sans objet précis, parce que le bien-être de la population guinéenne et la sauvegarde de nos acquis démocratiques l’exigent davantage.
Je refuse enfin d’apprendre à me mouvoir au milieu de ces médiocres arrogants par peur de les heurter, dès lors que le régime actuel semble avoir fait de la sottise et de la médiocrité sa principale marque de fabrique.
