Quand Rudi Garcia refuse de reconnaître la grandeur de l’équipe du Sénégal.


Menée 2-0 pendant plus de 80 minutes, la Belgique a longtemps subi la loi du Sénégal avant de renverser la rencontre dans un final aussi spectaculaire que cruel pour les Lions de la Teranga. Pourtant, au lieu de reconnaître la supériorité sénégalaise affichée durant l’essentiel du match, Rudi Garcia a préféré ressortir un vieux cliché sur les équipes africaines. Une analyse réductrice qui pose la question du respect accordé au football africain.

Il y a des victoires qui grandissent une équipe. Et il y a des déclarations qui la rapetissent.

Au lendemain du succès belge face au Sénégal, les propos de Rudi Garcia ont laissé un goût amer. Le sélectionneur des Diables Rouges a expliqué le retournement de situation par une prétendue tendance des équipes africaines à perdre leur organisation tactique après les 80 premières minutes de jeu.

L’argument a le mérite d’exister. Mais il a surtout le défaut de passer à côté de l’essentiel.

Car avant l’effondrement des dernières minutes, une réalité s’est imposée sur le terrain : pendant plus de 80 minutes, le Sénégal a dominé son sujet. Les Lions de la Teranga menaient 2-0, contrôlaient les débats et faisaient douter une Belgique méconnaissable, incapable de répondre à l’intensité, à l’engagement et à la discipline tactique de son adversaire.

Reconnaître cette évidence n’aurait rien retiré au mérite de la remontée belge. Bien au contraire. Cela aurait donné encore plus de valeur à un succès arraché dans l’adversité.

Mais en ramenant l’analyse à une supposée faiblesse structurelle des équipes africaines, Rudi Garcia a choisi une lecture confortable : celle qui met davantage l’accent sur les erreurs du perdant que sur les qualités de celui qui l’a dominé pendant la majeure partie du match.

Bien sûr, le football africain doit encore régler certaines fragilités. Les scénarios de matchs perdus dans les dernières minutes ne sont pas nouveaux. Le manque de concentration, la gestion émotionnelle des grands rendez-vous et parfois une forme de complexe face aux grandes nations du football mondial continuent de coûter cher aux sélections du continent.

Mais ces lacunes ne peuvent servir de prisme unique pour analyser une rencontre.

Le véritable enseignement de ce Belgique-Sénégal est ailleurs. Il réside dans la capacité du Sénégal à regarder une nation européenne de premier plan dans les yeux et à la faire souffrir pendant plus de quatre-vingts minutes. Il réside dans la qualité du jeu proposé, dans l’audace affichée et dans l’impression laissée sur le terrain bien avant que le score final ne vienne réécrire l’histoire.

Le football africain n’a pas besoin de compassion. Il n’a pas besoin non plus qu’on lui cherche constamment des excuses lorsqu’il échoue. Il a simplement besoin qu’on lui accorde ce que l’on accorde aux autres : une analyse juste, équilibrée et respectueuse.

Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas de savoir pourquoi le Sénégal a craqué dans les dix dernières minutes.

La vraie question est peut-être de comprendre pourquoi certains refusent encore de reconnaître qu’avant cela, c’est bien la Belgique qui avait été mise en difficulté.

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