Guinée : quand la corruption et l’injustice deviennent la règle du clan Doumbouya et que le silence nourrit la stagnation.

En Guinée, la corruption et la mauvaise gouvernance ne relèvent plus seulement de dérives individuelles : elles apparaissent comme les rouages d’un système profondément enraciné. Dans cette tribune, Aïssatou Chérif Baldé interroge les responsabilités croisées du pouvoir, de l’opposition et de la société face à ce qu’elle décrit comme une confiscation des richesses nationales et une crise morale qui menace l’avenir du pays.

Par Aïssatou Chérif Baldé


Guinée : la corruption comme mode de gouvernance

L’injustice et la corruption ont toujours fragilisé l’État guinéen. Mais leur persistance est aussi rendue possible par une forme de résignation collective. À force de ne pas agir ensemble contre les pratiques prédatrices de certains responsables publics, tels que Mamadi Doumbouya, Dansa Kourouma, Djiba Diakite, Amara Camara, Aboubacar Sidiki Camara, Balla Samoura, pour ne citer que ceux-là, une partie de la société contribue, malgré elle, à la perpétuation d’un système qui condamne le pays à la stagnation.

La Guinée n’aurait, selon de nombreux observateurs critiques, jamais connu un niveau de corruption aussi profondément intégré à l’exercice du pouvoir. Au sommet de l’État, le clan hégémonique des Doumbouyas aurait progressivement consolidé son influence à travers un réseau d’intérêts particuliers, transformant les institutions en instruments de captation des ressources nationales.

En l’espace d’un cinq ans, les richesses minières et énergétiques du pays auraient été largement exploitées, tandis que l’environnement se dégrade avec des déchets industriels liés à la bauxite et qui proviennent principalement de l’extraction minière et du raffinage du minerai en alumine. Ces résidus posent des défis environnementaux pour le pays dus à une exploitation intensive incontrôlable, avec un ministère de l’environnement inefficace. 

Pourtant, les bénéfices attendus pour la population demeurent difficilement perceptibles. Dans le même temps, des acteurs venus de multiples horizons se seraient vu ouvrir les portes d’un patrimoine national dont les retombées profitent peu aux citoyens ordinaires des régions de Boké, de Kindia, de la Beyla avec le projet Simandou et de la ville de Siguiri, dont la l’environnement reste très hautement souillé à cause de l’exploitation sauvage de l’or. 

Les prédateurs de l’intérieur sont autour de Mamadi Doumbouya 

Mais les plus redoutables de ces « loups » ne viendraient pas nécessairement de l’extérieur. Ils seraient aussi guinéens. Des femmes et des hommes issus du clan Mamadi Doumbouya dont les choix seraient guidés par l’ambition personnelle, l’avidité, la colère, l’ego ou encore le sentiment d’impunité.

Pour ces acteurs, l’intérêt général ne constituerait plus une priorité. Dès lors, un partage équitable des richesses devient impossible. La pauvreté qui frappe une large partie de la population est souvent présentée comme une fatalité. 

Pourtant, elle serait avant tout le résultat de décisions politiques et économiques prises au bénéfice d’une minorité.

Une opposition en quête de place plutôt que de rupture

L’un des constats les plus sévères concerne l’opposition politique. Face à cette évolution jugée dramatique, nombre de ses responsables détourneraient le regard, davantage préoccupés par leur intégration au sein du système qu’ils dénoncent publiquement.

Cette attitude traduirait une incapacité à proposer une véritable alternative. Faute de courage politique et de vision, les discours se multiplient, mais les actes susceptibles de transformer durablement la société se font attendre. Pendant ce temps, les attentes populaires demeurent sans réponse.

La jeunesse face à ses responsabilité

La jeunesse guinéenne n’échappe pas à cette critique. Porteuse potentielle de renouveau, elle serait pourtant tentée, elle aussi, par l’acceptation d’un ordre politique fondé sur le clientélisme, le népotisme et les loyautés partisanes.

Dans cette logique, les institutions se retrouvent progressivement infestées par des mécanismes de favoritisme qui écartent les compétences au profit de l’allégeance. De nombreux citoyens qualifiés se voient ainsi privés des responsabilités qu’ils pourraient assumer, non pas en raison de leurs capacités, mais parce qu’ils refusent de se soumettre aux codes informels du pouvoir. 

La révolte des consciences comme horizon

Dès lors, quelle issue envisager lorsque la corruption et l’injustice semblent avoir pénétré jusqu’au cœur même de la vie politique ?

La réponse ne peut venir que d’un sursaut collectif. Une révolte de l’esprit et du cœur, fondée sur la conscience citoyenne, apparaît comme la condition première d’une possible guérison nationale.

Cette transformation supposerait un effort durable de la population pour écarter des centres de décision une élite qu’elle considère comme subalterne à une nouvelle forme de tyrannie. Une élite insérée dans des mécanismes économiques internationaux perçus comme néocoloniaux, où la quête du pouvoir et de l’enrichissement nourrit une logique de prédation permanente.

La question demeure alors entière : le peuple guinéen trouvera-t-il en lui-même les ressources nécessaires pour rompre avec ce cycle et réinventer un projet collectif fondé sur la justice, la responsabilité et le partage équitable des richesses ?

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