Soixante-sept ans après l’indépendance, la Guinée continue de s’enfoncer dans les contradictions d’un système où l’incompétence prospère, où les bourreaux deviennent fréquentables et où les citoyens intègres sont marginalisés. Entre dérive autoritaire, néopatrimonialisme et faillite des services essentiels, le pays semble condamné à l’immobilisme pendant qu’une junte militaire recycle les mêmes pratiques qui étouffent toute espérance démocratique et sociale.
Par Aïssatou Chérif Baldé
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Il existe des pays où l’excellence ouvre les portes de l’État. La Guinée, elle, semble avoir fait le choix inverse : chaque subordonné inutile y devient ministrable, chaque bourreau recyclable, et même le diable paraît présidentiable.
Dans cette République des paradoxes, tout semble permis, y compris ce qui devrait être interdit. L’État, au lieu d’être le garant du bien commun, paraît avoir fait de l’entrave à la dignité citoyenne sa principale mission.
Depuis des décennies, il s’emploie méthodiquement à invisibiliser les cadres compétents, les patriotes sincères, les hommes et femmes attachés à la rigueur, à la transparence et au sens de l’intérêt général.
Le constat est brutal : après 67 ans d’indépendance, obtenir de l’électricité ou de l’eau potable reste, pour des millions de Guinéens, une épreuve presque aussi difficile que l’ascension du mont Nimba. Pendant que le monde avance, la Guinée tâtonne encore dans les couloirs d’un État inachevé, prisonnier d’un système néopatrimonialiste où seuls les entrepreneurs politiques ont voix au chapitre.
Dans cet univers verrouillé, la misère devient une norme, l’indignité un mode de vie, et l’immobilisme une fatalité politique. Le plus inquiétant reste peut-être cette banalisation collective de l’échec. Car beaucoup continuent de soutenir des responsables qui méprisent la cohérence, la droiture et le respect des règles. Des dirigeants qui préfèrent le bricolage à la méthode, l’improvisation à la vision, le contournement des lois à leur application.
Dès lors, fallait-il vraiment s’étonner de voir la transition politique menée par Mamadi Doumbouya tourner à l’aigre ?
De voir l’État guinéen glisser vers des pratiques de voyous institutionnels, pendant que les droits humains sont piétinés et que la démocratie est progressivement enterrée ?
Plus troublant encore est le rôle joué par Amadou Oury Bah, ancien défenseur des droits humains devenu Premier ministre d’un pouvoir militaire oscillant entre démagogie populiste, excès d’autorité et absence de pédagogie politique.
Celui qui incarnait autrefois l’espoir d’une Guinée fondée sur la justice sociale et l’égalité des chances semble désormais symboliser, pour beaucoup, le renoncement et le recyclage des convictions au profit du pouvoir.
Mais cette métamorphose n’étonne plus grand monde. Dans la Guinée actuelle, certains préfèrent prospérer dans l’infamie plutôt que défendre l’honneur ou respecter la parole donnée. Les principes se négocient, les convictions se monnayent, et l’État paraît chaque jour un peu plus dépassé par ses propres contradictions.
Pendant ce temps, les acteurs politiques, les institutions et le régime militaire semblent absorbés par la gestion chaotique du quotidien, incapables de porter une véritable vision nationale. Comme si la Guinée était condamnée à dépendre éternellement des financements extérieurs et des interventions étrangères, aussitôt obtenus, aussitôt dilapidés.
Pourtant, aucune nation ne se développe par procuration. Aucun peuple ne construit son avenir dans la dépendance, le clientélisme et l’improvisation permanente.
La réalité est donc implacable : une génération entière, objectivement privée d’avenir, doit désormais choisir entre la résignation et la rupture. Car sans un effondrement de ce système néopatrimonial qui étouffe les énergies, la Guinée restera ce cul-de-sac politique et social où toute mobilité ascendante semble interdite.
L’urgence n’est plus seulement de dénoncer. Elle est de refonder. Refonder l’État, réhabiliter la compétence, restaurer la dignité citoyenne et reconstruire une vision nationale capable de rendre enfin possible l’avènement d’une Guinée unie, juste et prospère.

Le 5 septembre 2021, au lendemain du coup d’État, une grande partie du peuple guinéen nourrissait un immense espoir. Beaucoup pensaient assister à la naissance d’une nouvelle ère politique, fondée sur la justice, la transparence et le redressement national. Après des années de tensions politiques, de crises sociales et de méfiance envers les institutions, cette transition apparaissait pour certains comme une opportunité historique de refonder l’État et de réconcilier la nation avec elle-même.
Mais plusieurs années plus tard, le constat qui s’impose à de nombreux citoyens est empreint de désillusion. Les attentes populaires demeurent largement insatisfaites : le coût de la vie augmente, le chômage des jeunes reste alarmant, les libertés publiques suscitent des inquiétudes et les divisions politiques continuent d’affaiblir le climat national. Beaucoup de Guinéens ont aujourd’hui le sentiment que les promesses de changement tardent à se concrétiser, tandis que l’incertitude politique continue de peser sur l’avenir du pays.
Face à cette situation, il devient essentiel de promouvoir une autre vision de la gouvernance : une vision fondée sur la justice sociale, le respect des principes démocratiques, la compétence et la dignité citoyenne. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le programme de société de l’Alliance pour le Peuple et le Changement (APC), dirigée par Aissatou Cherif Bah.
L’APC met en avant des valeurs fondamentales dont la Guinée a profondément besoin aujourd’hui :
la justice sociale pour réduire les inégalités ;
le respect des principes démocratiques et de l’État de droit ;
une éducation de qualité pour préparer l’avenir de la jeunesse ;
un système de santé accessible et digne ;
la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption ;
ainsi que la défense des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression.
Dans une Guinée confrontée à de nombreux défis, ces priorités apparaissent comme des leviers indispensables pour reconstruire la confiance entre l’État et les citoyens. Car aucun développement durable ne peut être possible sans institutions fortes, sans justice équitable et sans participation réelle du peuple à la vie démocratique.
Aujourd’hui plus que jamais, la Guinée a besoin d’un projet national capable de dépasser les clivages ethniques, politiques et régionaux pour remettre le citoyen au centre des décisions publiques. L’avenir du pays dépendra de sa capacité à promouvoir une gouvernance responsable, à valoriser les compétences et à offrir à la jeunesse autre chose que l’exil, le chômage ou la résignation.
Le peuple guinéen mérite une nation unie, stable, libre et prospère. Et cette ambition ne pourra devenir réalité qu’à travers l’engagement collectif, le respect des valeurs démocratiques et l’émergence d’un leadership véritablement tourné vers l’intérêt général.