Le Ghana refuse un accord sanitaire controversé avec les États-Unis, la Guinée fait le choix inverse.

Par Aïssatou Chérif Baldé

Alors que plusieurs pays africains expriment des réserves face à des accords sanitaires proposés par les États-Unis, la Guinée a récemment accepté un partenariat controversé impliquant le partage de données sensibles. À l’inverse, le Ghana, comme le Zimbabwe et le Kenya avant lui, a préféré se retirer des négociations, invoquant des inquiétudes liées à la souveraineté sanitaire et à l’accès équitable aux innovations médicales.

Il y a de cela quelques semaines la nouvelle ministre de la santé Mme Salle acceptait de signer un accord de santé très controversé avec les États-Unis moyennant une aide financière avoisinant les 142,6 millions de dollars pour dit-on renforcer le système sanitaire guinéen.  

Or, en acceptant cet accord la Guinée met donc à la disposition des États-Unis des données sanitaires sensibles et de précieux échantillons d’agents pathogènes (parfois pendant une période pouvant aller jusqu’à 25 ans) du peuple de Guinée.

Dans une interview accordée à The Conversation Africa le mois de mars 2026, le professeur de virologie Oyewale Tomori ancien cadre de l’organisation mondiale de la santé (OMS) disait ceci sur ces accords : « La condition la plus controversée est sans doute l’obligation pour les pays de partager rapidement avec les États-Unis des données sanitaires sensibles et de précieux échantillons d’agents pathogènes (parfois pendant une période pouvant aller jusqu’à 25 ans). Les échantillons d’agents pathogènes sont des atouts inestimables pour la santé publique, la gestion clinique et la recherche. Ils sont utiles pour identifier les maladies et mettre au point des vaccins et des traitements.

Cela sans garantie correspondante d’accès aux innovations médicales qui en résultent, telles que les vaccins et autres thérapies ».

Il avertissait que « Les pays africains ne doivent pas céder leurs données sanitaires ni divulguer sans compter leurs précieux agents pathogènes en échange d’un financement des donateurs. Il faudrait plutôt mobiliser des fonds locaux afin de créer et de maintenir un environnement propice permettant aux professionnels de santé africains de gérer les données localement, au lieu de partager les données brutes à l’échelle mondiale. En outre, les fonds de contrepartie provenant de sources locales devraient être utilisés pour créer un environnement favorable au soutien et au renforcement des capacités des scientifiques et chercheurs locaux à développer des innovations à partir d’agents pathogènes indigènes, dans l’intérêt de tous ».

C’est sans doute ces avertissements qui ont conduit les autorités ghanéennes à rompre, le 24 avril dernier, les discussions entamées en novembre 2025 avec les États-Unis.

Selon les médias ghanéens, le gouvernement du Président John Dramani Mahama aurait refusé les conditions exigeant le partage de données sanitaires sensibles.

Pourtant, l’offre américaine s’élevait à 109 millions de dollars sur 5 ans. Ces fonds devaient servir à lutter contre le VIH, le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies infectieuses.

Précédemment, le Zimbabwe avait refusé un accord de plus de 300 millions de dollars, notamment parce qu’il prévoyait un accès immédiat aux données sur les maladies, sans garanties de partage des bénéfices.

Et au Kenya, la justice avait suspendu un accord similaire après une plainte d’une association de consommateurs.

Pendant ce temps en Guinée, les autorités à travers la nouvelle ministre de la santé signent cet accord et jubilent.

Ce qui dénote un manque de patriotisme, de connaissance, de capacité intellectuelle des autorités guinéennes qui ne se soucient pas des conséquences graves de ce genre d’accord sur l’avenir du pays.

Le plus important pour les autorités militaires de Conakry, c’est comment se maintenir au pouvoir avec l’appui des puissances occidentales.

Étant mal élus, ils sont tenus obligés d’accepter ce genre d’accord quitte à mettre en péril la santé publique du pays déjà fragilisée par la corruption et l’incapacité à répondre aux besoins essentiels des populations dans ce domaine.

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