Par Youssouf Camara
En Guinée, l’attribution de l’ordre national du mérite et des passeports diplomatiques suscite de plus en plus d’interrogations. Entre perte de valeur des distinctions et usage contesté de privilèges d’État, ces pratiques pourraient fragiliser la crédibilité des institutions et envoyer un signal préoccupant à la société.
Dans toute nation, les distinctions honorifiques et les privilèges d’État sont censés incarner l’excellence, le mérite et le service rendu à la collectivité. Ils ne sont pas de simples accessoires symboliques, mais des marqueurs forts de reconnaissance nationale.
Pourtant, en Guinée, une dérive préoccupante semble s’installer, c’est celle de la banalisation progressive de l’ordre national du mérite et l’octroi de passeports diplomatiques à des profils dont la légitimité interroge.
En effet, l’ordre national du mérite devrait récompenser des parcours exceptionnels, des sacrifices réels ou des contributions majeures au développement du pays.
Or, sa distribution de plus en plus large, parfois perçue comme opportuniste ou clientéliste, lui enlève sa valeur. Car lorsqu’une distinction censée être rare devient fréquente, elle perd son sens.
Mieux, le mérite ne peut être dilué sans conséquence. Sans quoi, il cesse d’être un idéal pour devenir un outil de communication, de propagande ou de récompense circonstancielle.
Parallèlement, l’attribution de passeports diplomatiques à des artistes ou influenceurs soulève des interrogations similaires.
Si certains acteurs culturels contribuent indéniablement au rayonnement du pays, tous ne peuvent prétendre à des privilèges relevant normalement de fonctions étatiques ou diplomatiques. Le passeport diplomatique n’est pas un symbole de notoriété, mais un instrument de représentation officielle.
Le détourner de sa vocation initiale risque de compromettre sa crédibilité sur la scène internationale.
Cette double banalisation n’est pas sans conséquences. Elle envoie un signal ambigu à la population, en particulier à la jeunesse qui consiste à dire que la reconnaissance nationale ne repose plus uniquement sur l’effort, la compétence, le mérite, le patriotisme ou l’intégrité. Elle fragilise également les institutions, en alimentant le sentiment d’injustice, de népotisme et de favoritisme.
Il ne s’agit pas de nier le rôle des artistes et des influenceurs dans la société contemporaine. Leur impact culturel et social est réel. Mais cette reconnaissance doit s’inscrire dans des cadres appropriés, sans empiéter sur des distinctions ou des privilèges qui relèvent d’autres logiques.
Face à cette situation, une réflexion s’impose. Redonner à l’ordre national du mérite sa rigueur et son prestige, encadrer strictement l’attribution des passeports diplomatiques. Voilà des mesures nécessaires pour restaurer la confiance et préserver la valeur des symboles de l’État.
Car lorsqu’un pays banalise ses distinctions, il banalise aussi, d’une certaine manière, l’idée même de mérite, de moralité et d’exemplarité.
Et cela, à long terme, constitue un risque bien plus grand que les décisions ponctuelles qui en sont à l’origine.
Enfin, ces pratiques d’octroi abusif des passeports diplomatiques ont des répercussions concrètes. Elles contribuent à décrédibiliser les documents guinéens à l’international, pénalisant ainsi de nombreux compatriotes dans leurs démarches administratives, notamment en matière de regroupement familial ou de régularisation.
Car beaucoup de citoyens détenteurs de ces passeports diplomatiques sont dans des affaires louches et criminelles.
