Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo
Dans cette tribune, l’auteure dresse un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle en Guinée, dénonçant une justice instrumentalisée, une élite politique décriée et ce qu’elle considère comme une disparition de l’État depuis le coup d’État de 2021.
C’est un pays où tout semble permis, même ce qui est interdit. Dans ce contexte, le retour de l’ancien ministre de la Justice, Charles Wright, au sein de l’administration guinéenne ne doit pas nous surprendre.
Décrit par de nombreux observateurs comme hargneux, imbu de sa personne et agressif envers les journalistes comme envers ses collaborateurs — « grossier, arrogant, imbu de ses privilèges » — il est souvent perçu comme un bourgeois hautain, convaincu d’une supériorité intellectuelle qu’il n’a pas.
Cet homme connu pour ses excès multiples s’appelle Charles Wright et il occupe désormais la tête de la CRIEF, un tribunal spécial censé lutter contre la criminalité financière, mais dont les résultats restent jugés peu fiables.
Son prédécesseur, le procureur spécial Alya Touré, était pourtant réputé être informé des mécanismes de corruption dans le pays, mais il a fait le choix d’être avec ceux qui volent, détournent les fonds publics.
Plus grave encore, Mamadi Doumbouya est présenté comme le principal auteur de crimes financiers, mais aussi comme le premier protecteur des plus grands criminels du pays.
Dans ces conditions, Charles Wright apparaît comme un « clown politique » au sein d’un cirque savamment orchestré pour distraire l’opinion publique. Il joue ainsi le rôle d’un pion d’une gouvernance qualifiée de chaotique, fondée sur la théâtralisation et la démagogie, sous la direction d’un chef de junte militaire accusé de se jouer du peuple.
Dès lors, la République peut continuer d’être à terre, couchée, et elle n’est pas prête de se relever de sitôt.
Car lorsque dans un pays on se targue de se situer sous l’empire d’une loi fondamentale abrogée, que le symbole de la République use et abuse de méthodes falsificatrices.
Et que la justice se couvre d’un fétichisme juridique de mauvais aloi, et enfin aboutir à un coup d’État militaire, couronné d’un braquage électoral, c’est admettre et reconnaître que l’Etat n’est plus.
On s’en sert à titre d’adjuvant; on l’invoque pour donner une bonne fausse conscience à autrui qui assiste passivement avec une complicité effarante au chant du cygne.
Dans ce contexte, l’État guinéen n’existerait plus sous Mamadi Doumbouya.
A-t-il d’ailleurs jamais réellement existé, au regard des souffrances infligées au peuple depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, qui a suscité tant de désillusions, souvent marquées par le sang?
La réponse est sans équivoque : non.
Il faut donc espérer et croire qu’il est encore possible de se relever: La conscience citoyenne ne peut être statique ; elle constitue un souffle intemporel et universel qui finit toujours par s’incruster après avoir emporté, bien souvent par rafales, ceux qui n’ont jamais cessé de se croire éternels.
L’Etat, certainement, n’a jamais été en Guinée ; mais il sera, irréversiblement, car demain il fera jour pour les despotes, faux opposants, fausses élites et autocrates latents qui ne pourront échapper d’être engloutis par les flots de la marée montante qu’ils n’ont cessé de narguer ad nauseam.
Ce sera le prix de l’incurie et de la gabegie — un prix qui ne sera pas excessif s’il permet le retour de l’État, pilier fondamental de la Nation.
D’ici là, une seule voie demeure: poursuivre la résistance.
