Le 03 avril 1984 marque un tournant décisif dans l’histoire de la Guinée, avec la fin du régime du PDG-RDA dirigé par le premier président Ahmed Sékou Touré. Depuis lors, l’héritage de cette période continue de susciter débats, tensions et lectures divergentes au sein de la société guinéenne.
Et l’héritage du premier régime guinéen qui fait encore l’objet de discussion reste profondément marqué par une tension entre reconnaissance et déni.
S’il est indéniable que tout régime, aussi totalitaire soit-il, peut compter des bénéficiaires et produire certains effets perçus comme positifs, cela ne saurait occulter la nature fondamentalement autoritaire du système de gouvernance mis en place à l’aube de l’indépendance de la Guinée en 1958.
En tant qu’intellectuels, il apparaît essentiel de faire preuve de lucidité et de responsabilité en reconnaissant que ce premier régime reposait sur des pratiques arbitraires et autoritaires. Il s’agissait d’un système profondément injuste, en contradiction avec les idéaux panafricanistes et les principes fondateurs de la Première République : travail, justice et solidarité.
Pourtant, une partie de la société persiste à minimiser, voire à nier cette réalité. Cette posture s’apparente à une forme de déni, c’est-à-dire un refus conscient ou inconscient de reconnaître des faits historiques dérangeants. Cet aveuglement, souvent observé chez certains anciens bénéficiaires du système, obsédés par une idéologie réactionnaire, dégradée fondée sur un système excessif, hégémonique, ethniciste dominant traduit une difficulté à affronter une vérité perçue comme menaçante.
Dans ce contexte, toute tentative de remise en question du récit dominant suscite de vives réactions. Ceux qui portent un regard critique sur cette période sont parfois accusés de trahison ou de victimisation.
Une posture qui tend à ignorer une réalité fondamentale : sans bourreaux ni instruments de répression, il ne peut y avoir de victimes.
Ce phénomène s’inscrit dans une continuité historique plus large. Depuis plusieurs décennies, des acteurs liés aux différents régimes successifs en Guinée semblent s’inscrire dans une logique de préservation d’un système dont ils ont tiré profit.
Entre discours justificatifs et affirmations contestables, certains s’emploient à défendre les mérites d’un ordre politique pourtant marqué par des dérives autoritaires.
Car ils ont selon le contexte et la position, la rageuse nécessité de démontrer les mérites et qualités exceptionnelles d’un système autoritaire. Ils sont donc obstinés à aller vers le déni de l’histoire.
D’où l’obstination rageuse à l’auto-justification : l’affirmation des bienfaits d’un régime despotique permettant de légitimer l’inhumanité.
Cette dynamique s’accompagne souvent d’une volonté de transmission qui consiste à maintenir une proximité avec le pouvoir, assurer la continuité des privilèges et, ce faisant, perpétuer un système contesté. Une telle posture contribue à entretenir une forme d’immobilisme politique et social.
Or, l’histoire rappelle une évidence : ignorer le passé expose au risque de le répéter.
La construction d’un avenir plus juste repose nécessairement sur une lecture honnête et contextualisée des événements passés.
Dans la Guinée contemporaine, cette exigence se heurte à de nombreux obstacles : confusions, récits divergents, et parfois désinformation. Pour les bénéficiaires du système en place depuis plusieurs décennies, reconnaître ces contradictions peut s’avérer particulièrement difficile.
Le décalage entre les idéaux proclamés — liberté, justice, solidarité, développement — et la réalité vécue par les populations demeure au cœur du débat. Cette fracture historique continue d’alimenter les tensions autour de la mémoire collective et du récit national sous le régime autoritaire du président Ahmed Sékou Touré.
Une chose est certaine: »être intellectuel, c’est aussi apprendre à expliquer aux plus jeunes l’importance du contexte, garder les faits dans leur contexte et respecter, au nom de la société de demain, la valeur du contexte ».
Et être intellectuel, aujourd’hui, implique aussi une responsabilité, celle de transmettre aux générations futures une compréhension rigoureuse des faits, en respectant leur contexte. Car c’est dans cette exigence de vérité que se construit la société de demain.
