Édito de Aissatou Cherif Baldé-Diallo.
Depuis quatre ans, la Guinée semble enfermée dans une spirale de crise profonde, où l’espoir d’un avenir démocratique s’éloigne chaque jour davantage. Depuis le coup d’État du 21 septembre 2021, le pays vit au rythme d’une instabilité politique, économique et sociale qui nourrit inquiétude et colère au sein de la population.
Le pouvoir en place est accusé par ses détracteurs d’avoir progressivement instauré un climat de peur : arrestations arbitraires, disparitions forcées, restrictions des libertés publiques et contrôle accru des canaux d’information, y compris l’accès à Internet. Dans ce contexte tendu, chaque nouvelle disparition ou interpellation d’opposants alimente un peu plus le sentiment d’insécurité et d’injustice.
La mort tragique du commandant Aboubacar Diakité, dit « Toumba », ce mardi 25 mars 2026, vient ainsi raviver les inquiétudes. Pour une partie de l’opinion, elle s’inscrit dans une série d’événements perçus comme une volonté d’écarter toute voix jugée dissidente ou menaçante pour le pouvoir.
Une grande majorité du peuple de Guinée estime que le Commandant Aboubacar Diakité dit Toumba a été, tout comme Sadyba Koulibaly, assassiné par le pouvoir militaire.
Elle ne croit pas à la version officielle du régime militaire sur les causes réelles de la mort du commandant Aboubacar Diakité, extrait récemment de façon violente par l’unité des forces spéciales de Mamadi Doumbouya de la maison d’arrêt de Coronthie sans motifs valables.
Au-delà de la question sécuritaire, la gouvernance actuelle est également critiquée pour sa gestion économique. La crise de liquidités, les difficultés du quotidien et le sentiment d’un État déconnecté des réalités sociales pèsent lourdement sur les citoyens.
Parallèlement, des accusations de corruption à grande échelle et de collusion avec des multinationales étrangères renforcent la défiance envers les institutions.
Sur le plan politique, la démocratie guinéenne est depuis enterrée et vidée de sa substance. Des partis d’opposition sont fragilisés, certains de leurs cadres arrêtés ou portés disparus, tandis que d’autres sont accusés d’avoir été cooptés par le pouvoir. Les poursuites judiciaires engagées contre plusieurs responsables politiques, souvent sur des chefs d’accusation graves, interrogent sur l’indépendance de la justice.
Dans ce climat, toute mobilisation citoyenne paraît difficile. Le pays est fortement militarisé, les manifestations sont rares, et une grande partie de la population, épuisée, se concentre désormais sur sa survie quotidienne.
Face à cette situation, le rôle des organisations régionales et internationales suscite également des interrogations. Leur position, jugée timide ou ambiguë par certains observateurs, alimente un sentiment d’abandon chez une grande partie des Guinéens.
Pour beaucoup, la Guinée traverse aujourd’hui une période charnière. Entre résignation et espoir, une question demeure : jusqu’à quand cette situation pourra-t-elle perdurer sans provoquer un sursaut collectif ?
Car l’histoire l’a souvent montré : lorsque les aspirations à la liberté, à la justice et à la dignité deviennent trop longtemps étouffées, elles finissent par ressurgir avec force. Reste à savoir sous quelle forme, et à quel prix.
