Expulsions de Guinéens d’Allemagne: les révélations issues des réponses du gouvernement fédéral.

Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo 

Dans un contexte de durcissement de la politique migratoire allemande, la question des expulsions de ressortissants guinéens suscite de vives inquiétudes. Une série de questions adressées au gouvernement fédéral par la députée allemande Clara Bünger apporte aujourd’hui des éléments de réponse inédits.

Une initiative portée par la gauche parlementaire à l’assemblée nationale allemande 

Cette démarche s’inscrit dans une mobilisation de la gauche parlementaire allemande, en collaboration avec l’organisation Guinée-Solidaire-Organisation e.V. et le mouvement parti-politique Alliance du Peuple pour le changement, contre ce qu’ils dénoncent comme des expulsions arbitraires de Guinéens déboutés dans leur procédure de demande d’asile en Allemagne. 

En février 2026, Clara Bünger a ainsi adressé quatorze questions écrites au gouvernement fédéral, en s’appuyant sur un communiqué publié par l’ONG Guinée-Solidaire-Organisation e. V. I ên november 2025. L’objectif de ces questions est de faire la lumière sur les conditions, les procédures et les chiffres réels des Guinéens expulsés. 

Pour rappel, conformément aux règles parlementaires allemandes, le gouvernement est tenu de répondre à ce type de demande venant des parlementaires du Bundestag. Le document de réponse, long de 20 pages, a été transmis le 13 mars 2026 à la présidente du Bundestag, Julia Klöckner, avant d’être communiqué à la députée Carla Bünger, puis à l’ONG.


Des chiffres officiels  sur les expulsions depuis 2020 

Parmi les questions posées, la huitième portait sur le nombre exact de Guinéens expulsés depuis 2020.

Le ministère fédéral de l’Intérieur précise toutefois ne comptabiliser que les expulsions effectuées par vols charter, excluant celles réalisées via des vols commerciaux.

Selon ces données :

  • Du 8 janvier 2020 au 28 juin 2021 : 117 Guinéens expulsés
  • Après le coup d’État du 5 septembre 2021 en Guinée :
    • 2022 : 14 expulsions
    • 2023 : 37 expulsions
    • 2024 : 16 expulsions
    • 2025 : 169 expulsions
    • Janvier 2026 : 30 expulsions

Au total, 266 Guinéens ont été expulsés vers Conakry depuis le putsch militaire de 2021.

Un chiffre qui contredit celui avancé récemment par les autorités guinéennes, lesquelles évoquaient 139 expulsions seulement.


Identification des migrants :une coopération étroite entre Berlin et Conakry

La neuvième question portait sur les institutions impliquées dans l’identification des ressortissants guinéens en vue de leur expulsion.

La réponse du gouvernement allemand révèle une collaboration active entre plusieurs services guinéens et allemands, lors de missions organisées dans différentes villes allemandes comme Brême, Essen, Lüneburg, Karlsruhe et Berlin entre 2024 et 2026.

Côté guinéen, plusieurs structures ont été mobilisées:

  • La Direction générale des Guinéens établis à l’étranger
  • La Direction générale des affaires juridiques et consulaires
  • La Direction centrale de la police aux frontières
  • Le Fonds d’assistance des Guinéens rapatriés
  • L’Observatoire guinéen des migrations
  • Service a. i. Associations et groupements
  • Direction Centrale de la Police aux frontières
  • L’ambassade de Guinée à Berlin

Cette multiplicité d’acteurs interroge, d’autant que certaines structures semblent avoir des missions similaires.


Une question majeure : où sont passées les aides à la réinsertion ?

Au-delà des chiffres et des procédures, un point soulève des interrogations: l’absence d’assistance aux personnes expulsées.

Or selon les informations recueillies, chaque Guinéen expulsé serait censé bénéficier d’une aide à la réinsertion pouvant atteindre 3 000 euros.

Or, d’après les témoignages et les recherches menées, aucun des 266 expulsés n’aurait effectivement perçu cette aide.

Une situation jugée incompréhensible, notamment au regard de l’implication d’institutions censées accompagner les rapatriés, telles que le Fonds d’assistance des Guinéens rapatriés ou les services dédiés à la diaspora.

Et c’est pourquoi d’ailleurs, la député Mme Fey que l’ONG Guinée-Solidaire-Organisation e. V a rencontré au mois de février dernier a aussi adressé une demande aux autorités allemandes pour savoir s’il a versé des fonds à la Guinée pour faciliter la réinsertion des Guinéens expulsés. 


Des interrogations sur la responsabilité des autorités guinéennes

La présence récurrente de la Direction générale des Guinéens établis à l’étranger dans ces cas d’identification suscite également des critiques. Cette institution a pourtant pour mission principale de défendre les intérêts des Guinéens de la diaspora.

Face à ces contradictions, plusieurs questions demeurent :

  • Pourquoi les dispositifs d’accueil et de réinsertion ne fonctionnent-ils pas ?
  • Où sont passés les fonds destinés aux expulsés ?
  • Qui est responsable de cette situation ?

Pour de nombreux observateurs, cette affaire met en jeu la crédibilité des autorités guinéennes, notamment du ministère des Affaires étrangères et de l’ambassade de Guinée à Berlin.


Un dossier sensible qui appelle des réponses

Alors que les expulsions se poursuivent et que l’inquiétude grandit au sein de la communauté guinéenne en Allemagne, ces révélations pourraient accentuer la pression sur les autorités de Conakry.

Plus que jamais, la transparence est attendue pour faire la lumière sur la gestion des rapatriements et sur l’utilisation des fonds destinés à la réinsertion.

Car l’immigration n’est ni un péril, ni une gêne, et aucun Guinéen ne mérite d’être enchaîné et expulsé vers la Guinée. 

C’est une question de respect de la dignité humaine. 

2 commentaires

  1. La situation des Guinéens en Allemagne est très préoccupante. Au lieu de défendre leurs ressortissants, les autorités guinéennes, en particulier le ministère des Affaires étrangères, semblent jouer un rôle qui va à l’encontre des intérêts de leur propre population.

    Le manque de transparence autour de l’aide à la réinsertion annoncée renforce le sentiment d’abandon et soulève de sérieuses questions sur la gestion de ces fonds.

    Il est urgent que les autorités assument leurs responsabilités et placent enfin la protection de leurs citoyens au cœur de leurs priorités.

    Soutien aux organisations engagées comme l’APC e.V. et à sa leader Mme Bah Aïssatou Chérif pour leur mobilisation.

  2. C’est littéralement dommage que des pauvres innocents ayant chèrement leur traversée pour être en soient expulsés comme des vulgaires sans aucun accompagnement.Et pourtant l’immigration n’est pas une fatalité ou propre qu’à la Guinée. C’est sûrement une bonne affaire pour les gros bonnets du département affaires étrangères et de Guinéens établits à l’étranger.Ils se nourrissent du malheur des autres. Sinon c’est inadmissible que cela se passe ainsi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *