Journée internationale de la femme : avons-nous vraiment quelque chose à fêter en Guinée ?

Par Aïssatou Chérif Baldé

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la célébration du 8 mars interroge en Guinée. Si certains pays africains ont enregistré des avancées notables en matière de droits et de représentation des femmes, la réalité guinéenne reste marquée par une faible visibilité politique, des inégalités persistantes et un manque de volonté publique pour faire de l’épanouissement des femmes une véritable priorité nationale.

Chaque 8 mars, la Journée internationale de la femme est célébrée à travers le monde. Cette journée trouve son origine dans les luttes menées par les femmes européennes au début du XXᵉ siècle, notamment pour l’obtention du droit de vote dont elles étaient privées dans la plupart des pays d’Europe. La première célébration remonte à 1914.

Au fil des décennies, ce combat s’est progressivement internationalisé. Mais il a parfois conservé une lecture fortement eurocentrée, voire teintée d’une vision néo-impériale des luttes pour les droits des femmes. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’au lendemain des indépendances, les femmes africaines ont instauré leur propre rendez-vous : la Journée internationale de la femme africaine, célébrée chaque année au mois de juillet.

Pour autant, cela n’empêche pas les sociétés africaines de prendre part aux célébrations du 8 mars. Mais une question mérite d’être posée : avons-nous réellement quelque chose à fêter en Afrique, et plus particulièrement en Guinée ?

En tant que citoyenne engagée contre l’injustice, les inégalités sociales et pour l’épanouissement et l’indépendance des femmes, la réponse ne peut être que nuancée.

Dans plusieurs pays africains, les conditions de vie des femmes ont connu des avancées significatives. Des États comme le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Ghana ou encore le Sénégal ont enregistré des progrès notables en matière de représentation politique et de participation des femmes à la vie publique.

Mais la réalité est bien différente en Guinée.

Dans ce pays, l’épanouissement de la femme guinéenne n’a jamais véritablement constitué une priorité de l’État. Et la junte militaire arrivée au pouvoir le 5 septembre 2021 n’a pas non plus fait de cette question un axe majeur de son action.

Aujourd’hui, la visibilité des femmes dans les institutions demeure très limitée. Aucune femme ne dirige une institution majeure de la République et leur représentation reste faible au sein du Conseil national de la transition.

Dans les faits, la junte militaire guinéenne semble poursuivre une tradition politique ancienne qui marginalise la femme dans les sphères de décision, perpétuant ainsi des pratiques qui freinent son épanouissement.

Paradoxalement, c’est avec l’avènement du multipartisme que l’instrumentalisation politique des femmes est devenue plus visible. Les partis politiques ont compris qu’elles pouvaient constituer une importante force de mobilisation lors des campagnes électorales. Mais dans les faits, les responsabilités qui leur sont confiées au sein des formations politiques restent souvent symboliques, voire récréatives.

Le parti au pouvoir ne déroge pas à cette logique. Les femmes y sont régulièrement mobilisées pour soutenir ou promouvoir l’action gouvernementale, sans que leur rôle ne se traduise par une réelle influence sur les décisions politiques.

Dans ces conditions, des journées comme celle du 8 mars, qui devraient être des moments de réflexion et de travail sur l’amélioration des conditions de vie des femmes, se transforment parfois en simples opérations de communication politique.

Pourtant, les sujets urgents ne manquent pas.

  • La promotion de la santé des femmes demeure une priorité, dans un pays où trop de femmes continuent encore de perdre la vie en donnant naissance.
  • Il est également nécessaire d’intervenir davantage dans les politiques publiques afin d’obtenir un engagement politique clair en faveur de la justice sociale.
  • Il faut aussi dénoncer les pratiques qui entretiennent les inégalités, mais également lutter contre les conditions de vie malsaines, l’exposition à certains produits dangereux ou encore la malnutrition qui affecte les mères et les enfants.

Car au-delà des discours, la femme guinéenne demeure l’un des piliers du développement économique et social de la société. Mais pour que ce rôle soit pleinement reconnu, il doit être soutenu par l’État.

Cette implication des pouvoirs publics est d’autant plus indispensable que les femmes sont parmi les premières victimes des inégalités sociales.

L’exemple de certains pays montre que les progrès sont possibles lorsque les institutions s’engagent réellement. En Allemagne, par exemple, les femmes ont obtenu le droit de vote dès 1919. Malgré les avancées considérables réalisées depuis, les luttes pour l’égalité se poursuivent encore aujourd’hui, notamment sur la question des écarts de salaires entre hommes et femmes pour un travail équivalent.

Mais dans ce pays, l’État joue un rôle actif pour promouvoir l’équité et créer des conditions permettant aux femmes de concilier vie familiale et carrière professionnelle.

Autrement dit, le combat pour l’égalité y est porté et accompagné par les institutions publiques.

En Guinée, au contraire, les initiatives restent souvent superficielles et les réformes structurelles tardent à voir le jour. Il devient pourtant urgent de créer un environnement favorable à l’émancipation des femmes et de lutter contre les pesanteurs socioculturelles qui freinent leur indépendance.

Cela passe notamment par la promotion de la scolarisation des filles, l’amélioration des conditions de travail des femmes, l’allègement de la pénibilité de leur vie quotidienne et la reconnaissance de leur dignité en tant que mères, citoyennes et actrices du développement.

Mais cette évolution ne dépend pas uniquement de l’État. La femme guinéenne elle-même doit aussi continuer à porter ce combat.

Car l’indépendance ne s’acquiert pas sur un plateau doré : elle se conquiert.

Comme le rappelle une maxime, « pour qu’une femme puisse tendre la main avec dignité, elle doit d’abord pouvoir se passer de soutien ».

Finalement, le développement de la Guinée passera nécessairement par l’épanouissement de ses femmes. Mais cela suppose qu’elles puissent accéder à une véritable autonomie, dans le respect des valeurs de la société.

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