Edito-Guinée: un régime militaire qui fabrique des subordonnés inamovibles (Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo).

Avec le régime militaire dirigé par Mamadi Doumbouya, la Guinée semble désormais gouvernée par une caste bénéficiant d’avantages hors du temps. Une caste où chaque membre devient automatiquement inamovible, protégée par un système de recyclage politique qui va jusqu’à créer un véritable « garage présidentiel » destiné à entretenir d’anciens ministres restés loyaux au chef de la junte.

Nous sommes face à un système typique de kakistocratie et de néopatrimonialisme, où l’incompétence s’installe durablement au sommet de l’État. Dans ce type de régime, on ne récompense pas le mérite, le patriotisme ou l’excellence. Promouvoir un homme compétent serait, pour le chef, reconnaître un talent autonome — donc potentiellement dangereux. À l’inverse, on préfère créer une dette politique, en plaçant ses obligés dans l’appareil d’État afin d’assurer leur loyauté sur le long terme.

Les nominations se font ainsi sur la base des relations, des services rendus… et surtout des services à rendre. Le critère n’est plus d’être bon ou utile au pays, mais d’être loyal au chef d’un pouvoir militaire hégémonique. Le système tient par le népotisme, le clientélisme et la dépendance. Les qualités individuelles sont niées au profit de l’intérêt du clan.

Ce qui compte, ce n’est pas la performance globale de l’État, encore moins le développement du pays, mais la survie du dispositif. Voilà pourquoi tant de ministres deviennent inamovibles, tandis que d’autres sont parqués à la Présidence. Dans cette Guinée-là, chaque subordonné inutile est ministrable. Chaque bourreau est recyclable. Même le diable est présidentiable.

C’est un pays où tout est permis — même ce qui est interdit

Avec Mamadi Doumbouya et Bah Oury à ses côtés, l’État semble avoir pour mission d’empêcher les bons citoyens de vivre dignement. On avance à tâtons dans un État inachevé, néopatrimonialiste, où seuls les entrepreneurs politiques ont voix au chapitre. La vie du Guinéen reste alors consubstantielle à l’indignité, à la misère et à l’immobilisme.

On préfère le bricolage à la rigueur, l’improvisation à la vision, le contournement des lois à leur application. Et l’on s’étonne ensuite que la transition ait tourné à l’aigre, que même les avocats violent la loi, et que l’honneur, la parole donnée et la droiture disparaissent de l’espace public.

Tout semble échapper à l’État, dont les dirigeants sont davantage préoccupés par leur survie quotidienne que par une action structurante capable de rendre au peuple sa dignité et la maîtrise de son destin. Le sort de la Guinée paraît dépendre éternellement de l’extérieur — aides économiques et financières dilapidées sans vision ni responsabilité.

Or, personne ne viendra développer ce pays à la place de ses citoyens.

Il est temps que cette génération, objectivement privée d’avenir, travaille à l’effondrement de ce système néopatrimonial et à l’avènement d’une Guinée digne, unie et prospère. À défaut, le pays restera un cul-de-sac politique, un terminus sans mobilité sociale, sans espérance collective, sans avenir.

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