Guinée : quand la transition devient un modèle de confiscation du pouvoir d’un clan sans scrupules (Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo). 

Plus de quatre ans après le coup d’État de septembre 2021, la transition guinéenne apparaît comme un processus confisqué par un pouvoir militaire de plus en plus autoritaire. L’élection du 28 décembre 2025, largement contestée, a confirmé l’enlisement politique du pays et la marginalisation des voix critiques, y compris au sein de la diaspora. À travers le cas guinéen, c’est toute la question des transitions militaires en Afrique francophone qui se pose.

Le 28 décembre 2025 restera comme une date charnière dans l’histoire politique récente de la Guinée. Ce jour-là, la transition, déjà fragilisée, a été définitivement vidée de sa substance. L’élection organisée n’a convaincu ni par sa crédibilité ni par son inclusivité. 

Car elle a confirmé ce que beaucoup redoutaient : le processus de transition s’est transformé en un mécanisme de légitimation d’un pouvoir personnel.

Ce scénario n’est pas propre à la Guinée. Il s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs pays d’Afrique francophone, où les transitions issues de coups d’État militaires glissent progressivement vers des formes de gouvernance autoritaire, sous couvert de refondation nationale. Le cas guinéen en est aujourd’hui une illustration emblématique.

Depuis quatre ans, le pouvoir dirigé par Mamadi Doumbouya avance sans vision politique clairement assumée. Les discours sont rares, les orientations floues, et les décisions majeures échappent au débat public. La gouvernance repose sur une centralisation extrême, transformant l’État en une boîte noire où les arbitrages se font sans transparence ni redevabilité.

Et cette dérive autoritaire s’est récemment manifestée à travers le traitement réservé à la diaspora guinéenne, notamment en Allemagne. Le 29 janvier 2026, près de 85 ressortissants guinéens ont été déportés, avec d’autres expulsions annoncées pour le 10 février. Ces actes, perçus comme une criminalisation politique de la diaspora, traduisent une volonté de réduire au silence des voix critiques pourtant essentielles à la vitalité démocratique.

Le pouvoir guinéen donne ainsi le sentiment de confondre opposition, diaspora et menace sécuritaire. Cette logique, déjà observée ailleurs sur le continent, affaiblit le lien national et alimente une fracture durable entre l’État et ses citoyens, y compris ceux vivant hors du territoire.

Le système mis en place repose sur un exécutif omnipotent entouré d’un appareil civil et militaire largement aligné. Les figures autrefois porteuses de discours réformateurs semblent désormais absorbées par la logique de conservation du pouvoir. L’intérêt général cède la place aux calculs politiques, tandis que les institutions peinent à jouer leur rôle de contrepoids.

Après quatre années de transition, le constat est préoccupant : loin de préparer un retour à l’ordre constitutionnel, le processus a consacré un despotisme personnalisé. Présentée comme un acquis collectif, la transition bénéficie essentiellement à une minorité, pendant que les populations affrontent l’incertitude politique, économique et sociale.

La Guinée rejoint ainsi la liste des pays où la promesse de rupture s’est muée en continuité autoritaire. Ce qui devait être un espoir est devenu un brouillon de l’avenir, un projet sans horizon clair. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse le seul cas guinéen : il interroge la capacité du continent à transformer les transitions militaires en véritables refondations démocratiques, et non en simples changements de visages du pouvoir.

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